Pourquoi Trump revient-il à la charge pour le Groenland ?

Pourquoi Trump revient-il à la charge pour le Groenland ? credit : lemorning.ca (image IA)

Une ambition qui refait surface

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C’est une idée qui trotte dans la tête de Donald Trump depuis un bon moment déjà, vous savez. Déjà en 2019, lors de son premier mandat, il avait émis l’idée, pour ne pas dire le fantasme, d’acheter le Groenland. À l’époque, on en avait presque souri, comme d’une lubie passagère. Le territoire, qui appartient au Royaume du Danemark, et ses 57 000 habitants avaient poliment mais fermement décliné l’offre, rappelant que l’île n’était tout simplement pas à vendre. Point final.

Mais voilà, les choses ont bien changé depuis. Réélu en janvier 2025 pour un second mandat, l’homme revient à la charge, et cette fois-ci, le ton est radicalement différent. On ne parle plus d’achat, mais carrément d’annexion, potentiellement par la force militaire. Il invoque des raisons de sécurité nationale et internationale, une rhétorique qui, il faut le dire, a fait ses preuves dans d’autres contextes. Après son intervention musclée au Venezuela et la capture de Nicolas Maduro, Trump semble croire que tout lui est permis, y compris de s’attaquer à un allié historique comme le Danemark. Sacrée évolution, n’est-ce pas ?

Une tension diplomatique qui monte d’un cran

Cette volte-face agressive ne passe pas du tout, et c’est le moins qu’on puisse dire, à Copenhague. Le Danemark, pourtant membre de l’OTAN et allié de longue date des États-Unis depuis un accord de défense datant de 1951, est scandalisé. Pensez donc, les deux pays sont liés par des décennies de coopération. Les Américains y possèdent même une base militaire, la base de Pituffik, l’une des plus isolées au monde, perchée à quelque 1200 kilomètres du pôle Nord. Une présence qui, jusque-là, relevait d’une alliance.

La visite en mars 2025 du vice-président J.D. Vance sur cette base avait d’ailleurs déjà mis de l’huile sur le feu. Prévue pour être plus large, elle a dû être écourtée pour éviter un incident diplomatique majeur. Depuis, le sujet était resté relativement silencieux… jusqu’à il y a peu. Quelques jours avant Noël, Trump a nommé le gouverneur de la Louisiane, Jeff Landry, comme représentant spécial pour le Groenland. Ce dernier a aussitôt tweeté, sur le réseau X, qu’il était « honoré de servir bénévolement pour faire du Groenland une partie des États-Unis ». Ça ne rigole plus.

Et le ton s’est encore durci après l’affaire vénézuélienne. « Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale », a lancé Trump aux journalistes à bord d’Air Force One un dimanche de décembre. « C’est un endroit stratégique. Actuellement, le Groenland est sillonné de navires russes et chinois. » Pour enfoncer le clou et moquer son allié danois, il a ajouté, sarcastique : « Vous savez ce que le Danemark a fait récemment pour renforcer sa sécurité ? Ils ont ajouté un traîneau à chiens. » Avant de lâcher cette phrase lourde de menace : « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois. » On est loin, très loin, des discussions cordiales.

Trois trésors qui excitent les convoitises

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Mais au fond, pourquoi tant d’acharnement pour cette île de glace et de roche ? L’analyse pointe trois raisons majeures, toutes liées à la puissance et à l’indépendance américaine.

La première, c’est la position géographique, tout simplement stratégique au plus haut point. Le Groenland, c’est la porte d’entrée de l’Arctique. Regardez une carte : bien que culturellement proche de l’Europe du Nord, l’île est géographiquement accolée à l’Amérique du Nord. À peine 26 kilomètres la séparent de l’île canadienne d’Ellesmere ! L’Islande, le pays européen le plus proche, est à 320 km. Avec le réchauffement climatique, de nouvelles routes maritimes s’ouvrent dans l’Arctique, rendant le contrôle de ce territoire plus crucial que jamais pour surveiller – et contrer – l’influence russe et chinoise dans la région.

Ensuite, il y a les ressources, évidemment. Sous la glace qui fond se cacherait un véritable trésor. On parle de 17,5 milliards de barils de pétrole et de 148 trillions de pieds cubes de gaz naturel potentiels au large des côtes, selon les estimations de l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Une manne que l’administration Trump, obsédée par la sécurité énergétique et son fameux « Drill baby drill », rêve d’exploiter. D’autant que le gouvernement groenlandais a, en 2021, gelé toute exploration pétrolière pour des raisons environnementales. Une subvention annuelle de 680 millions de dollars canadiens du Danemark compense ce manque à gagner, mais Trump, lui, voit surtout l’occasion en or noir de s’emparer de ces réserves, comme il l’a fait au Venezuela.

Troisième pilier de cette convoitise : les terres rares. Le sous-sol groenlandais en regorgerait. Ces minéraux sont indispensables aux technologies de pointe, aux énergies vertes et surtout, à l’industrie militaire. Or, la Chine détient un quasi-monopole sur leur approvisionnement. Dans sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale dévoilée en novembre, Trump a fait de l’accès à ces matériaux critiques une priorité absolue. Le texte est clair : « Les États-Unis ne doivent jamais dépendre d’une puissance extérieure pour les composants essentiels ». Là encore, le Groenland a mis un coup d’arrêt en 2021, interdisant l’extraction d’uranium et enterrant le projet de la mine de Kuannersuit, l’un des plus grands gisements au monde, suite aux craintes des populations locales sur les poussières radioactives. Une décision que Trump n’hésiterait pas à annuler « d’un coup de marqueur Sharpie », comme le suggère l’article, si le drapeau américain venait à flotter sur l’île.

Conclusion : Un pari risqué aux conséquences incertaines

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Alors, que va-t-il se passer ? L’analyse de Rania Massoud, basée sur des informations de l’AFP, du New York Times, de la BBC et d’Euronews, dresse le portrait d’une escalade inquiétante. D’un projet d’achat farfelu, on est passé à une menace d’annexion militaire concrète, portée par l’élan d’une administration qui vient de réussir un coup de force en Amérique du Sud.

Les Groenlandais, eux, ont déjà manifesté leur opposition. On se souvient de cette photo d’une manifestante brandissant une pancarte « Nous ne sommes pas à vendre » devant le consulat américain à Nuuk, en mars 2025. Leur autonomie et leurs choix environnementaux se heurtent de plein fouet aux visées impérialistes de Washington.

Trump joue un jeu dangereux. En bafouant la souveraineté d’un allié de l’OTAN pour des raisons purement opportunistes – position stratégique, pétrole, terres rares – il prend le risque de fracturer profondément les alliances occidentales. Sa politique du « America First » poussée à l’extrême pourrait bien lui coûter cher en crédibilité diplomatique, même si, pour l’instant, elle semble nourrie par une succession de coups d’éclat. Les deux prochains mois, délai qu’il s’est lui-même donné, seront décisifs. Une chose est sûre : les yeux du monde sont désormais braqués sur cette immense île de glace, devenue malgré elle l’épicentre d’une nouvelle lutte de pouvoir planétaire.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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