En Finlande, le chauffage urbain se fait grâce à la chaleur des serveurs

En Finlande, le chauffage urbain se fait grâce à la chaleur des serveurs credit : lemorning.ca (image IA)

Un chantier d’ampleur en terre finlandaise

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À Kirkkonummi, à peine une demi-heure de route du centre d’Helsinki, ça grouille d’activité. Imaginez environ 700 personnes qui s’affairent sur un chantier gigantesque de 21 hectares. C’est là, dans le froid finlandais, que Microsoft construit un immense centre de données pour y loger ses serveurs, ces fameuses machines qui font tourner nos données et nos services infonuagiques.

Le truc, c’est qu’un centre de données, ça consomme une énergie monstre, en particulier pour refroidir les serveurs qui chauffent sans cesse. Mais voilà, Microsoft a un atout dans sa manche, ou plutôt dans ses tuyaux. Leur partenaire, la compagnie d’électricité Fortum, dévoile peu à peu un système qui va changer la donne : récupérer cette chaleur produite pour chauffer les maisons.

La Finlande, avec ses 5 millions d’habitants, attire justement ces entreprises de haute technologie et leurs centres de données. Ces installations sont terriblement énergivores, c’est un fait, mais elles produisent aussi une chaleur qui pourrait bien servir à quelque chose.

Je trouve cette idée plutôt astucieuse, personnellement. Au lieu de laisser toute cette énergie se perdre dans l’air, pourquoi ne pas la canaliser ? C’est le genre de projet qui montre qu’on peut parfois marier haute technologie et développement durable, même si les défis sont immenses.

Comment ça marche : De l’air chaud des serveurs au chauffage des foyers

Le principe expliqué par Eoin Doherty, le vice-président chargé de l’innovation des opérations infonuagiques chez Microsoft, est finalement assez simple… en théorie. Ils récupèrent l’air chaud résiduel issu du fonctionnement des serveurs. Cet air passe dans un échangeur thermique pour transférer la chaleur dans un liquide.

Ce liquide, à environ 30 °C, est ensuite envoyé via des tuyaux jusqu’à Fortum. Là-bas, la compagnie utilise des pompes à chaleur électriques pour porter la température de ce liquide entre 50 et 60 °C. Et c’est cette eau chaude qui alimente ensuite le réseau de chauffage urbain pour réchauffer les maisons et les bâtiments.

C’est ce que Doherty appelle un « mariage parfait ». Une belle image, en effet. « Pensez-y, si nous n’utilisons pas cette chaleur, elle serait simplement rejetée dans l’atmosphère », explique-t-il. C’est du bon sens écologique, même si le projet est colossal.

Ce système, présenté comme le plus grand du monde pour un centre de données, va bénéficier à 250 000 personnes. Pour vous donner une idée, ça représente pas moins de 40% de la population de l’agglomération d’Espoo, la deuxième ville du pays ! Une prouesse technique qui a aussi un impact social direct. Et ça permet à Fortum d’abandonner une partie de son activité liée au charbon, ce qui n’est pas rien quand on sait les enjeux climatiques.

Urs Pennanen, vice-président directeur de la clientèle d’entreprise chez Fortum, ne cache pas sa fierté. En dix ans à peine, son entreprise est passée d’une production d’électricité largement basée sur le charbon à une situation « très propre ». Aujourd’hui, Fortum produit 46 térawattheures par an, et 99% de cette énergie provient du nucléaire et de l’hydro-électricité. Une sacrée transition. Il précise même que dans les pays nordiques en général, seuls 3 à 4% de l’électricité provient encore des combustibles fossiles. C’est à méditer.

Les avantages et les défis : Entre satisfaction citoyenne et contraintes régionales

Prenons l’exemple d’Ella Broman, une ingénieure habitant un appartement paisible près de l’eau à Helsinki. Elle est très consciente de son empreinte carbone, surtout dans un pays nordique où le chauffage est crucial. « Avec ma famille, nous aimons aller dans la nature, mais si nous ne faisons rien pour l’environnement, cela ne sera plus aussi facile ni aussi agréable à l’avenir, donc nous devons agir », dit-elle. Son action, c’est d’utiliser l’électricité propre provenant, entre autres, de ces centres de données.

Ses tuyaux de chauffage urbain sont enfouis à 50 mètres sous terre, et même si l’origine de son électricité n’est pas précisée sur la facture, elle a constaté une baisse de ses coûts ces deux dernières années. C’est concret pour elle.

Côté collectivité, Elina Wanne, responsable du développement à la Ville d’Espoo, est fière de ce mégaprojet qui positionne sa région sur le marché de la haute technologie. Mais elle n’est pas naïve et garde un œil critique. Ces centres de données sont des « consommateurs d’énergie constants », pas flexibles, ce qui peut poser des problèmes de gestion du réseau. Elle soulève aussi la question de la pression sur le réseau électrique et la pénurie de terrains.

Oui, parce que ces immenses bâtiments consomment un espace précieux. On pourrait peut-être utiliser ces hectares pour créer d’autres emplois ou générer d’autres recettes fiscales, non ? Elle mentionne aussi les restrictions gouvernementales, comme la suspension de l’octroi de certains permis pour les gros consommateurs d’énergie, qui pourraient freiner d’autres projets.

Heureusement, Urs Pennanen de Fortum se veut rassurant. Il affirme qu’il y a actuellement un excédent de production d’électricité dans les pays nordiques. « Tout ce que nous produisons mais ne consommons pas (…) est ensuite utilisé en Europe centrale. Donc, en gros, nous exportons pour l’instant ». Ça laisse de la marge, selon lui. Même son de cloche chez Microsoft : Eoin Doherty rappelle que les centres de données sont désormais incontournables et qu’il est du devoir de tous d’utiliser leur énergie de manière efficace.

Une vision d’avenir pour l’économie et l’environnement

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La récupération de chaleur, ce n’est pas une idée nouvelle pour tout le monde. Ari Kurvi, consultant chez Hyperco, y travaille depuis 2009, quand il était chez Hewlett Packard. Il participe maintenant au développement de centres de données pour des géants comme Microsoft, Google et Amazon. Pour lui, la Finlande est un choix logique pour ces entreprises : « C’est un choix que nous avons déjà fait, il n’y a donc pas d’alternative pour le moment, car nous ne pouvons pas revenir en arrière », constate-t-il avec pragmatisme.

Il voit cette « tangente de récupération de production de chaleur » comme durable et bénéfique à la fois pour l’économie et l’environnement. Il faut bien une consommation pour pouvoir récupérer la chaleur, mais cela génère aussi des innovations. Son exemple favori ? Les serres. « Si vous voulez avoir des légumes verts ici, vous devez les cultiver ici, et donc, il faut des serres, et au lieu de les importer d’Europe du Sud, par avion ou par bateau, vous pouvez le faire ici grâce à la chaleur excédentaire. » C’est une boucle vertueuse locale.

L’impact sur l’emploi est aussi notable. Jusqu’à 1500 personnes sont mobilisées pour construire ce centre et son système de récupération. Une fois terminé, l’exploitation ne nécessitera que quelques dizaines d’employés pour la surveillance et l’entretien. Microsoft reste discret sur le coût exact facturé à Fortum pour cette chaleur récupérée, mais assure que c’est « très compétitif ».

Doherty rappelle aussi les objectifs ambitieux de sa firme : atteindre la neutralité carbone, le zéro déchet et même devenir « utilisateurs d’eau positifs » d’ici 2030. Ça fait partie de leur stratégie, dit-il. Une nécessité quand on sait que les centres de données pourraient consommer 4,4% de l’électricité mondiale d’ici 2035. S’ils formaient un pays, ils seraient le 4ème plus gros consommateur, juste derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde. Et près d’un tiers de cette énergie sert déjà juste à les refroidir, selon le Forum économique mondial.

Ella Broman, depuis son appartement, résume bien le sentiment : « Pourquoi ne pas investir dans un pays où tout est réuni pour mener à bien une activité commerciale et où les centres de données ont besoin d’être refroidis ? Il est donc logique de les implanter ici, dans le nord. » La tendance est lancée, et avec nos besoins technologiques qui semblent infinis, elle n’est pas près de s’arrêter.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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