Mort de Nooran Rezayi : La mairesse de Longueuil exige une enquête sur la police et son chef
Mathieu Gagnon - 2025-12-12 10:04
credit : lemorning.ca (image IA)
Un chef de police sous le feu des critiques après la mort d’un adolescent

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Vous savez, certaines affaires, elles vous prennent aux tripes et ne vous lâchent pas. L’histoire de la mort du jeune Nooran Rezayi, 15 ans, abattu par la police de Longueuil le 21 septembre dernier, est de celles-là. Et maintenant, elle prend une tournure administrative et politique assez lourde.
Le directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), Patrick Bélanger, se retrouve dans une situation très délicate. Pourquoi ? Eh bien, selon des documents dont Radio-Canada a pris connaissance, il aurait donné des explications erronées sur les agissements de ses troupes après ce drame. C’est ce qui pousse la mairesse Catherine Fournier à demander carrément au ministère de la Sécurité publique d’enquêter sur son propre service de police et sur son chef. Un geste rare, vous en conviendrez, qui montre à quel point la situation est tendue.
La mairesse l’a dit elle-même, avec des mots pesés : « Cette demande fait suite au partage d’informations très sérieuses que j’ai reçues le 19 novembre. » Et elle insiste : « La confiance envers nos institutions est au cœur de mon engagement politique. Cette même transparence doit s’appliquer au SPAL. » On sent que pour elle, c’est une question de principe, presque une question de survie pour la crédibilité des institutions.
Le retard et les enquêtes parallèles : le cœur du litige avec le BEI

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Bon, regardons les faits de plus près. La directrice du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), Me Brigitte Bishop, est remontée. Et on la comprend. Dans une lettre adressée au chef Bélanger, elle lui demande des comptes sur un point crucial : pourquoi son service a-t-il attendu 1 heure et 36 minutes après les coups de feu pour la prévenir ? Vous avez bien lu, plus d’une heure et demie.
L’adolescent a été touché vers 14 h 58, mais le BEI n’a été avisé qu’à 16 h 34. Pendant ce laps de temps, que s’est-il passé ? Des policiers de Longueuil ont mené leur propre petite enquête, en allant rencontrer des témoins sur place entre 15 h 26 et 18 h 22. Le hic, c’est que la loi est claire : quand un policier tire sur quelqu’un, le BEI doit être appelé immédiatement, sans délai. Leur rôle, c’est justement de garantir l’indépendance de l’enquête.
Pourtant, le chef Bélanger a une explication. Il dit que ses agents devaient sécuriser les lieux, parce que l’appel au 911 faisait état de plusieurs personnes « vêtues de noir, cagoulées, masquées et armées ». Il ajoute qu’à 15 h 26, ils ont reçu une info comme quoi un autre jeune armé se trouvait à quelques kilomètres. Donc, pour lui, rencontrer les témoins était une question de sécurité publique avant tout. Il écrit noir sur blanc : « La rencontre de témoins avait donc pour but de s’assurer que les lieux où Nooran Rezayi avait été tué étaient sécuritaires. » C’est son argument.
Mais voilà, Me Bishop n’est pas du tout d’accord. Dans une troisième lettre, elle rétorque vertement. D’abord, pour elle, cette histoire de second jeune armé, c’est du vent. Son équipe n’a aucune preuve de ça. Elle précise que tous les appels au 911 subséquents, entre 15 h 11 et 15 h 26, ont été « rapidement invalidés ». En gros, elle accuse le SPAL d’avoir mené une enquête qui ne lui appartenait pas : rencontre de témoins, prise de déclarations, recherche de vidéos… Des actions qui, selon elle, contaminent la preuve et brisent l’apparence d’indépendance.
Le pire, peut-être, c’est le chiffre qu’elle sort : les policiers de Longueuil ont recueilli 16 déclarations écrites de témoins qu’ils ont interrogés. « Ces entrevues comportaient des questions portant directement sur les événements impliquant votre propre corps policier », écrit-elle, ajoutant qu’ils ont dû par la suite « rassurer certains témoins et reprendre plusieurs de ces entrevues ». Imaginez la confusion pour ces gens.
Réactions et conséquences : famille, avocats et ministre en attente
La famille, bien sûr, est dévastée. Ils ont pris connaissance de cette correspondance jeudi, par un communiqué de leur cabinet d’avocats, Arsenault Dufresne Wee. Leur réaction est sans équivoque : « profondément choquée ». Ils parlent carrément d’« ingérence manifeste du SPAL dans l’enquête du BEI afin de protéger ses collègues, au mépris des lois et des principes fondamentaux de justice. » Leur conclusion est cinglante : « Il est grand temps que ces comportements soient sanctionnés. Le mépris affiché par les agents du SPAL envers l’enquête du BEI ne peut rester impuni. » C’est fort.
Leur avocate, Me Virginie Dufresne-Lemire, va encore plus loin en entrevue. Elle parle d’un « faux prétexte », d’une « enquête parallèle ». « C’est utiliser un mensonge pour justifier des actions qui ne sont pas justifiables », lance-t-elle, ajoutant, lassée : « Ça commence à faire beaucoup. » D’autant que la famille a déjà intenté une poursuite civile de 2,2 millions de dollars contre la Ville et les policiers. Me Dufresne-Lemire a salué la demande de la mairesse et a annoncé qu’elle allait modifier sa poursuite en conséquence.
De son côté, le SPAL a tenté de se défendre jeudi soir. Dans un communiqué, le service affirme que la décision de la mairesse découle… de la transparence du chef Bélanger lui-même ! Ils disent qu’il a communiqué ces allégations de manquements à la Ville dès qu’il en a eu connaissance. Un peu comme s’ils voulaient retourner la situation.
Et le ministre Lafrenière dans tout ça ? Ian Lafrenière, le ministre de la Sécurité publique, a accusé réception de la demande de la mairesse Fournier. Sa réponse est prudente, bureaucratique. Il dit qu’il va « analyser » la demande et y donner suite « le cas échéant », mais seulement après s’être coordonné avec le BEI et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour « ne pas nuire aux enquêtes en cours. » Une façon de dire qu’il ne va pas se précipiter.
Mais l’enjeu est de taille pour Patrick Bélanger. S’il est établi qu’il a été négligent et qu’il a fourni de fausses explications au BEI, il risque tout simplement la destitution. Son poste est en jeu.
Conclusion : Une affaire qui s’ajoute à un drame déjà douloureux

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Au final, cette histoire ajoute une couche de complexité et de douleur à un drame qui est loin d’être réglé. Rappelons les faits bruts de ce jour de septembre : selon des vidéos rendues publiques, un groupe de jeunes était assis au bord de la rue quand les policiers sont arrivés. Les jeunes ont couru alors qu’on leur ordonnait de se coucher. Deux coups de feu ont retenti. Nooran Rezayi, 15 ans, est tombé.
Maintenant, en plus de chercher la vérité sur ces secondes fatidiques, on se retrouve avec une bataille sur la manière dont la police a géré les suites. Une bataille entre la mairesse et son chef de police, entre le BEI et le SPAL, entre la famille et l’institution.
Catherine Fournier a lancé le processus. Elle a dit avoir fait un « vigoureux exercice de validations » juridiques. Elle affirme que la loi ne lui laisse qu’une seule option : demander au ministre d’enquêter. La balle est désormais dans le camp d’Ian Lafrenière. Et tout le monde attend de voir s’il va saisir cette balle au bond, ou s’il va la laisser rouler. L’affaire Rezayi est entrée dans une nouvelle phase, une phase administrative et politique où la confiance du public est l’enjeu ultime.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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