Le plan de Trump pour débloquer Ormuz face à la flambée pétrolière
Simon Kabbaj - 2026-03-16 11:33
credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)
Un ultimatum lancé à l’OTAN face au blocage maritime
La crise qui embrase le Moyen-Orient prend une dimension maritime sans précédent. L’Iran a mis en garde la communauté internationale contre toute implication dans le conflit, tout en bloquant la quasi-totalité du détroit d’Ormuz. Ce point de passage est névralgique pour l’économie mondiale, puisqu’un cinquième de la production globale de pétrole y transite d’ordinaire.
Dimanche, Donald Trump a décidé de faire monter la pression sur ses alliés afin de garantir la sécurité de ce couloir stratégique. Lors d’une interview accordée au Financial Times, le président américain a tracé une ligne rouge pour ses partenaires occidentaux. Il a prévenu que l’OTAN risquait de connaître un avenir « très mauvais » si ses pays membres refusaient d’aider les États-Unis à rouvrir le détroit.
Le ton s’est voulu particulièrement ferme concernant les engagements attendus de l’Alliance atlantique. « S’il n’y a pas de réponse (à la requête américaine, NDLR), ou si celle-ci est négative, je pense que cela aura des conséquences très mauvaises pour l’avenir de l’OTAN », a affirmé le locataire de la Maison-Blanche, liant directement l’implication militaire de ses alliés à la survie de l’organisation.
La diplomatie mondiale à l’épreuve d’une coalition introuvable
L’exigence américaine ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe. Donald Trump a dit souhaiter la formation rapide d’une coalition de pays capables de sécuriser le détroit d’Ormuz. Dans son viseur se trouvent plusieurs puissances économiques majeures. Il a notamment cité la France, le Japon, le Royaume-Uni, la Corée du Sud, mais également la Chine.
Le dirigeant américain a utilisé la carte diplomatique pour contraindre Pékin à agir. Un sommet bilatéral avec le président chinois Xi Jinping est prévu au début du mois d’avril dans la capitale chinoise. Donald Trump a prévenu que cette rencontre pourrait être purement et simplement reportée si la Chine refusait de mettre la main à la pâte dans cette crise maritime. Pour l’heure, aucun État n’a annoncé son intention de se joindre à l’initiative de Washington.
Les discussions se poursuivent néanmoins en coulisses. Dimanche, un appel téléphonique a eu lieu entre Donald Trump et le premier ministre britannique Keir Starmer. Selon les informations transmises par Downing Street, les deux hommes ont échangé sur « l’importance de rouvrir le détroit d’Ormuz ». Londres précise discuter avec ses alliés « d’un éventail d’options » pour sécuriser le transport maritime, tout en jugeant que l’heure reste prioritairement à une « désescalade ».
Un bilan humain lourd au cœur d’une offensive implacable
Sur le terrain, la guerre au Moyen-Orient ne donne en attendant aucun signe de répit. À travers la région, le conflit a déjà fait plus de 2000 morts, en majorité au Liban et en Iran, selon les données communiquées par les autorités locales. Les opérations militaires s’intensifient de jour en jour sous l’impulsion de l’armée israélienne.
Dimanche, Israël a déclaré disposer encore de « milliers de cibles » à frapper sur le territoire iranien. Le porte-parole de l’armée, Effie Defrin, a assuré devant la presse que la stratégie de pilonnage allait se poursuivre. « Le régime est affaibli et nous allons l’affaiblir encore plus », a-t-il affirmé. Dans la foulée, « Une vague de frappes à grande échelle » a été lancée par Israël lundi à l’aube sur l’Iran, qui vit sous les bombes d’Israël et des États-Unis depuis deux semaines.
Cette escalade provoque des remous jusqu’en Europe. Le président français Emmanuel Macron a pris l’initiative d’échanger dimanche avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian. Lors de cet entretien, le chef de l’État a déclaré qu’il était « inadmissible » que la France soit « ciblée ». Il a profité de cet appel pour réclamer le retour « au plus vite » de deux citoyens français actuellement détenus en Iran.
La riposte massive de Téhéran et l’embrasement régional
La dynamique des affrontements s’inscrit dans un cycle de représailles entamé le 28 février, suite à des frappes israélo-américaines. En réponse, Téhéran continue de cibler méthodiquement le Golfe, une zone qui abrite des intérêts économiques et militaires des États-Unis et d’Israël. Les Gardiens de la révolution, qui constituent l’armée idéologique de l’Iran, ont fourni dimanche un bilan de leurs opérations, indiquant avoir tiré 700 missiles et 3600 drones contre des cibles américaines et israéliennes.
Les ramifications de ces attaques touchent plusieurs pays voisins. D’après l’armée italienne, une attaque de drone a visé une base italo-américaine située au Koweït. Téhéran avait pourtant exhorté le jour même les autres nations du monde à s’abstenir de « toute action » pouvant étendre la guerre. En Irak, les services de sécurité ont annoncé que cinq personnes avaient été blessées dimanche lors de tirs de roquettes sur l’aéroport international de Bagdad, un site qui abrite un centre diplomatique américain.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est intervenu dimanche sur la chaîne américaine CBS. Il a justifié ces offensives par « les nombreuses preuves » montrant que les bases américaines servent à cibler son pays. Il a fermement ajouté : « Nous ne voyons aucune raison de négocier avec les Américains ». Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait assuré que Téhéran souhaitait un accord, mais que lui n’y était pas prêt, estimant que les termes n’étaient « pas encore assez bons ». La tension reste maximale au Liban, où l’armée israélienne a de nouveau bombardé la banlieue sud de Beyrouth dimanche soir, suite à un ordre d’évacuation émis dans la matinée pour plusieurs quartiers.
Onde de choc sur les marchés et déblocage historique des réserves
La guerre au Moyen-Orient fait craindre une perturbation durable de l’approvisionnement en hydrocarbures à l’échelle mondiale. Conséquence directe des hostilités et du blocage en cours, les prix du pétrole ont poursuivi dimanche leur mouvement haussier. Le prix du baril de Brent, qui sert de référence mondiale pour le brut, a augmenté de plus d’un tiers depuis le déclenchement du conflit.
Pour tenter d’amortir cette flambée des cours, une intervention massive a été décidée sur les marchés énergétiques. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a précisé qu’un volume de pétrole issu des réserves stratégiques allait être débloqué. Ce volume colossal s’élève à 400 millions de barils. Le calendrier prévoit une injection immédiate en Asie et en Océanie, tandis que l’Amérique et l’Europe devront attendre la fin du mois de mars. Il s’agira du plus important déblocage de stocks stratégiques de l’histoire de cette institution, qui a été créée il y a plus de 50 ans.
L’administration américaine tente de rassurer face à ce choc économique. Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, s’est exprimé sur cette paralysie du transport maritime. Il a assuré qu’il s’agissait d’une « souffrance passagère », estimant avec confiance que la guerre trouverait sa conclusion « dans les prochaines semaines ».
Selon la source : journaldequebec.com