Trump et l’Iran : les coulisses d’un revirement diplomatique spectaculaire

Trump et l’Iran : les coulisses d’un revirement diplomatique spectaculaire credit : lemorning.ca (image IA)

La méthode de l’instinct au sommet de l’État

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Depuis son retour au pouvoir, l’actuel locataire de la Maison-Blanche assume une ligne de conduite claire : il gouverne « à l’instinct ». Cette approche bouscule régulièrement la diplomatie mondiale, provoquant des remous inattendus dans les chancelleries et les salles de marché.

Sur le dossier du conflit au Moyen-Orient, le président américain a multiplié les déclarations contradictoires concernant ses objectifs stratégiques et le calendrier des opérations. Le 13 mars dernier, il illustrait parfaitement cette vision personnelle en assénant que la guerre finirait quand il « le sentirait dans ses tripes ».

Ce lundi a marqué l’apogée de cette méthode. Alors que la communauté internationale s’était déjà habituée à des changements de cap brutaux sur des sujets variés allant de l’imposition de droits de douane aux velléités d’achat du Groenland, l’exécutif a opéré sa volte-face la plus spectaculaire à ce jour concernant la crise avec l’Iran.

L’anatomie d’un revirement spectaculaire

Le contraste entre le discours du week-end et celui du début de semaine illustre un changement de ton qui pourrait difficilement être plus abrupt. Samedi encore, le président formulait des menaces explicites sans évoquer le moindre dialogue. Il donnait alors « 48 heures » à l’Iran pour rouvrir le détroit d’Ormuz, un passage névralgique et incontournable pour le commerce de pétrole mondial.

En cas de non-respect de cet ultimatum, la Maison-Blanche promettait le déclenchement de frappes massives sur les centrales électriques du pays. Pourtant, la situation a totalement basculé lundi sur le réseau Truth Social. Le chef de l’État y a annoncé la tenue de discussions sur une cessation du conflit en compagnie de responsables iraniens.

Un nouveau délai, fixé cette fois à cinq jours, a été accordé pour laisser le temps au dialogue de se poursuivre. Il a évoqué des échanges « très productives » avec des interlocuteurs décrits comme « très respectés » et « très solides », bien que leur identité n’ait pas été dévoilée.

Plutôt que de lister les concessions précises venues de Téhéran, le dirigeant a préféré mettre en avant son instinct d’homme d’affaires lors d’un discours prononcé à Memphis. Il a ainsi affirmé : « Toute ma vie a été une négociation, mais avec l’Iran cela fait longtemps que nous négocions. Et cette fois ils sont sérieux ! »

L’onde de choc sur les marchés pétroliers

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Ces revirements présidentiels suivent systématiquement la même trajectoire. Le républicain commence par émettre des menaces d’ordre commercial, diplomatique ou militaire, souvent assorties d’ultimatums qui sidèrent le monde entier. Il revient ensuite subitement sur ses projets initiaux.

Dans cette seconde phase, il assure avoir arraché des concessions déterminantes, qu’il détaille pourtant très rarement, et promet une issue à la crise. Cette mécanique de communication provoque invariablement de très violents mouvements sur les marchés financiers internationaux.

Ce fut précisément le cas ce lundi avec les cours de l’or noir. Immédiatement après la publication de son message annonçant des pourparlers, le marché a réagi avec une force impressionnante. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord a chuté brièvement de plus de 14 %.

De son côté, son équivalent sur le continent américain, le baril de West Texas Intermediate, a accusé une perte de près de 10 %. Les spécialistes du secteur énergétique s’accordent à dire que ce sont là de très fortes amplitudes pour une seule séance boursière.

Le syndrome TACO : une stratégie bien connue

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Ce schéma d’annonce fracassante suivie d’un retrait est devenu si familier dans le paysage politique américain qu’il possède maintenant son propre acronyme. Il a été consacré par la plume du journaliste du Financial Times Robert Armstrong en mai 2025 : « TACO » pour « Trump always chicken out », ce qui se traduit par « Trump se défile toujours ».

Ce terme servait initialement à désigner une véritable stratégie boursière. Les investisseurs parient sur la baisse des actifs ou des indices après une annonce tonitruante pour acheter à bas coût. L’objectif consiste ensuite à revendre ces actifs à bon prix après que le président américain aura changé d’avis.

Bien que le président déteste cette expression, les commentateurs n’hésitent plus à l’employer. Ils ont par exemple parlé de « TACO » lorsque le chef de l’État a annoncé de lourds droits de douane mondiaux le 2 avril 2025, pour décréter quelques heures plus tard une pause de 90 jours.

D’autres événements passés font écho à cette même dynamique. On retrouve ce modèle lorsqu’il a soudainement renoncé à ses menaces territoriales sur le Groenland, ou encore lorsqu’il a stoppé ses attaques verbales dirigées contre le patron de la banque centrale américaine, Jerome Powell.

Les limites d’une diplomatie imprévisible

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Bien souvent, ces volte-face ravissent les marchés financiers sur le court terme. Néanmoins, les contours des « accords », des « discussions » ou des « pauses » annoncés par l’exécutif restent profondément nébuleux. Lundi dernier, l’enthousiasme observé sur les places boursières a d’ailleurs été en partie refroidi par un démenti iranien, les dirigeants de Téhéran niant la tenue de telles négociations.

Garret Martin, professeur à l’American University, apporte son éclairage à l’Agence France-Presse. Il soutient que le dirigeant « est passé maître en l’art des virages et des changements soudains. Il est donc difficile de dire s’il y a une stratégie ou si c’est de l’improvisation ».

L’universitaire note que cette imprévisibilité a modifié la perception internationale. Les partenaires comme les adversaires des États-Unis savent désormais « qu’il y a toujours quelque chose de précaire avec cette administration, les promesses ne sont valables qu’à la seconde où elles sont faites ».

L’expert en relations internationales conclut en analysant les coulisses de ce retrait face à l’Iran. Il juge que le président a reculé sous l’effet conjugué de trois facteurs bien distincts : la nervosité évidente des marchés financiers, de possibles pressions diplomatiques exercées par les pays du Golfe, et enfin l’apparition de « tensions » au sein de son mouvement politique « MAGA » (Make America Great Again), dont certains membres s’alarment face au coût potentiel d’un tel conflit.

Selon la source : ledevoir.com