Un pic d’échanges pétroliers suspect précède une publication de Donald Trump
Adam David - 2026-03-25 09:51
credit : lemorning.ca (image IA)
Une chronologie de marché qui soulève des interrogations

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Le 23 mars au matin, les écrans des salles de marché ont affiché des mouvements qui interrogent. Un pic d’activité inhabituel a été enregistré dans les minutes précédant une prise de parole de Donald Trump concernant l’Iran. Cette intervention présidentielle a immédiatement provoqué une chute brutale des cours du pétrole.
Le président américain a publié un message inattendu sur la plateforme Truth Social aux alentours de 11 h 05. Alors qu’il s’était montré plutôt belligérant tout au long de la fin de semaine, il a soudainement évoqué des discussions « productives » avec Téhéran.
Une analyse approfondie des données financières de Bloomberg, menée par l’AFP, révèle une chronologie troublante. Un volume de transactions qualifié d’exceptionnel a été observé quelques instants avant cette annonce présidentielle, avec des milliers de contrats échangés dans un intervalle de temps extrêmement réduit.
L’explosion soudaine des volumes de transaction
Les chiffres extraits des données boursières détaillent une accélération vertigineuse. Entre 10 h 49 et 10 h 50, les opérateurs ont échangé 734 contrats. La minute suivante, entre 10 h 50 et 10 h 51, ce chiffre a bondi pour atteindre 2168 contrats.
Ces volumes dénotent face au rythme habituel du marché pétrolier. Au cours de l’heure précédente, le pic d’échange n’avait pas dépassé 334 contrats en une minute, la norme se situant généralement autour d’une centaine. Sur une fenêtre plus large, de 10 h 45 à 10 h 55, le marché a absorbé 4453 contrats, à comparer aux 1226 enregistrés le mardi sur la même tranche horaire.
L’agence Bloomberg rapporte que ces mouvements représentent « au moins 6 millions de barils de Brent et de West Texas Intermediate » négociés en seulement deux minutes. Ce volume se révèle quasi décuplé par rapport à la moyenne de 700 000 barils observée sur cette plage horaire lors des cinq séances précédentes. Environ un quart d’heure plus tard, la publication de Donald Trump évoquant la volonté de désamorcer la crise a fait plonger le baril de brut de plus de 14 %.
L’analyse experte face à des mouvements hors norme

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Cette activité soudaine a éveillé des soupçons sur les places financières. Interrogé par l’AFP, Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management, livre son regard sur ces données. « Ce qui frappe, ici, ce n’est pas seulement le volume des transactions, mais le moment choisi. Les courtiers ne sont pas devins. Lorsqu’un positionnement change quelques minutes avant une annonce qui fait bouger les marchés, cela signifie généralement que quelqu’un agit sur la base de ce que j’appellerais des informations officieuses ou des renseignements provenant du Moyen-Orient », explique-t-il.
Pour bien cerner la dynamique en jeu, le spécialiste rappelle les spécificités de ce secteur complexe. « Le marché pétrolier est un milieu extrêmement fermé. Il ne s’agit pas seulement de courtiers qui spéculent sur les prix; c’est un écosystème étroitement interconnecté d’acteurs physiques, de raffineurs, d’armateurs et de gouvernements, qui opèrent tous au sein de canaux d’information imbriqués », précise l’analyste de SPI Asset Management.
Bien que la piste d’informations partagées en amont soit évoquée, l’expert conserve une certaine prudence. Il suggère que ces mouvements pourraient correspondre à « un grand producteur se couvrant sur le marché » pour se protéger d’une chute brutale. Une telle manœuvre financière trouverait son sens dans le contexte global, les prix de l’or noir ayant grimpé de plus de 40 % depuis le début de la guerre.
Le démenti catégorique des autorités iraniennes

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Les déclarations apaisantes venues de Washington n’ont pas tardé à susciter une réaction officielle en Iran. Quelques heures après le message diffusé par Donald Trump, le discours iranien a pris une direction diamétralement opposée, rompant avec l’idée d’un dialogue productif fraîchement amorcé.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a pris la parole sur le réseau social X pour démentir l’existence de toute négociation avec les États-Unis. Il a fermement condamné des propos qu’il associe à « de fausses informations ».
Selon lui, ces annonces américaines n’auraient qu’un seul objectif d’ordre géopolitique et financier. Mohammad Bagher Ghalibaf affirme qu’elles sont destinées à « manipuler les marchés financiers et pétroliers, et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés ».
Accusations politiques et mutisme réglementaire

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Les répercussions de cette chronologie ont rapidement atteint la sphère politique américaine ce mardi. Le sénateur démocrate Chris Murphy a publiquement pointé du doigt la Maison-Blanche sur la plateforme X, s’interrogeant sur les éventuels bénéficiaires de ces mouvements boursiers anticipés. « Qui a fait cela? Trump? Un membre de sa famille? Quelqu’un de la Maison-Blanche? », a-t-il interrogé, avant de conclure sévèrement : « C’est de la corruption, hallucinant de corruption. »
Face à ces volumes inhabituels qui alimentent les soupçons, aucun élément ne permet à ce stade d’établir juridiquement l’existence d’un délit d’initié. Cherchant à savoir si une enquête allait être diligentée, l’AFP a contacté mardi la Bourse des matières premières de Chicago, ainsi que la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur américain en charge des produits financiers dérivés.
Aucune de ces deux instances n’a répondu immédiatement aux sollicitations de l’agence de presse. Interrogée par la même équipe de journalistes au sujet des lourdes accusations de corruption formulées par le sénateur démocrate, la Maison-Blanche n’a pas non plus souhaité formuler de réponse dans l’immédiat.
Selon la source : ici.radio-canada.ca