Un an, 25 pays : le marathon diplomatique de Mark Carney porte-t-il ses fruits ?
Adam David - 2026-03-14 13:03
credit : lemorning.ca (image IA)
Un tour du monde au pas de charge
Un an au pouvoir. Dix-sept voyages au compteur, vingt-cinq pays visités. Depuis son élection, le premier ministre Mark Carney ne semble pas avoir posé ses valises. Son mandat, reçu des électeurs, était clair : diversifier les relations commerciales du Canada. Une mission qu’il a prise au pied de la lettre, transformant sa première année en un véritable marathon diplomatique à travers le globe.
Tout a commencé au palais de l’Élysée, à Paris. Aux côtés d’un président français Emmanuel Macron visiblement ravi, Mark Carney effectuait sa toute première visite officielle à l’étranger. C’était il y a un an. Après la capitale française, ses premières destinations furent Londres et Iqaluit. Depuis, son avion n’a cessé d’accumuler les kilomètres, le menant dans deux fois plus de pays que son prédécesseur, Justin Trudeau, durant sa propre première année de mandat.
L’objectif : réduire la dépendance américaine
Cette frénésie de voyages répond à une promesse ambitieuse faite aux Canadiens. L’objectif est de doubler, en l’espace de dix ans, les exportations canadiennes qui ne sont pas destinées au marché américain. Concrètement, il s’agit de faire passer la part des exportations vers les États-Unis de 75 % à environ 50 %. Un rééquilibrage stratégique pour l’économie nationale.
Pour atteindre cette cible, le premier ministre a mis le cap sur de nombreux marchés. La Corée du Sud, le Japon, le Qatar, l’Australie, la Chine et l’Inde ont figuré parmi ses destinations. Son continent de prédilection reste cependant l’Europe, où il a conclu un accord qualifié d’historique en matière d’approvisionnement en défense. Lors de ces missions, il tisse des « partenariats », souvent axés sur des secteurs d’avenir comme l’énergie, les minéraux critiques ou l’intelligence artificielle, préparant le terrain pour de futurs accords commerciaux.
Pourtant, malgré les kilomètres parcourus et sept rencontres en personne, un obstacle de taille demeure. Mark Carney n’a toujours pas réussi à convaincre le président Donald Trump d’abaisser les droits de douane qui pénalisent plusieurs industries canadiennes.
Entre critiques et patience de l’opinion
Cette diplomatie active n’a pas manqué de susciter des critiques. L’automne dernier, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, dénonçait la stratégie du premier ministre. « Le premier ministre fait encore son kid kodak en faisant un autre voyage », avait-il lancé, avant de tonner en Chambre : « C’est le temps de demander des résultats pour ces voyages internationaux ».
Or, le public canadien ne semble pas partager cette impatience. Selon David Coletto, président de la firme de sondage Abacus Data, les citoyens font preuve d’une surprenante indulgence. « L’un des aspects les plus intéressants de sa première année au pouvoir, je crois, c’est la patience dont a fait preuve une grande partie du public pour voir ces résultats », analyse-t-il. Ce dernier explique que les Canadiens semblent conscients que le gouvernement n’a pas le contrôle sur de nombreuses turbulences économiques mondiales. Tant que les problèmes sont perçus comme venant de l’extérieur, voir leur premier ministre sur le terrain pour les régler semble les rassurer.
M. Coletto note même un effet inattendu. « Il semble que plus il voyage, moins cela semble avoir d’impact négatif sur sa cote de popularité. En fait, elle semble même augmenter lorsqu’il se rend à Davos et prononce un discours qui attire l’attention du monde entier ». Une allusion à l’appel à l’unité des puissances moyennes lancé par Mark Carney au Forum économique mondial en janvier. Fait notable, Pierre Poilievre a depuis modéré ses attaques et semble s’inspirer de son rival, ayant lui-même récemment effectué des missions aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne.
Premières retombées concrètes en Asie
Au-delà de la perception, des résultats tangibles commencent à émerger, et la population semble y être sensible. Un sondage de Spark Advocacy publié cette semaine révèle que 69 % des Canadiens estiment que les voyages de M. Carney « auront des retombées importantes sur l’économie canadienne ». Cet appui reste très élevé y compris dans les trois provinces de l’Ouest et chez les électeurs conservateurs, des segments de la population traditionnellement moins acquis aux libéraux.
Un exemple concret est venu de la Chine. Le premier ministre de la Saskatchewan, le conservateur Scott Moe, a accompagné Mark Carney lors d’une visite. Sa province était lourdement frappée par des droits de douane sur le canola imposés par Pékin. La mission a permis de conclure un accord levant ces barrières, en échange d’un accès au marché canadien pour un nombre limité de voitures électriques chinoises. À son retour, Scott Moe a déclaré : « Vous ne m’avez pas entendu le dire depuis 10 ans, mais je le dis aujourd’hui : bravo au premier ministre Carney pour son engagement sincère ».
En Inde, un autre succès économique a été enregistré. Le producteur d’uranium saskatchewanais Cameco, présent lors du voyage, a signé un accord qualifié de « sans précédent » de 2,6 milliards de dollars. Il prévoit la fourniture de près de 22 millions de livres d’uranium au gouvernement indien entre 2027 et 2035 pour sa production d’énergie nucléaire. Selon les observateurs, une telle entente aurait été difficile à obtenir sans le voyage de Mark Carney, qui a contribué à apaiser les tensions diplomatiques entre les deux pays.
Un changement de cap économique, malgré les turbulences
Sur le plan purement économique, le message porté par le Canada sur la scène internationale est aujourd’hui aux antipodes de ce qu’il était au cours de la dernière décennie. L’accent mis sur la diversification et la recherche active de nouveaux partenaires témoigne d’un changement de posture stratégique majeur.
Cependant, ces succès ne sont pas sans ombres. La percée économique en Inde, par exemple, a été en partie éclipsée dans le débat public. Le gouvernement a en effet éprouvé des difficultés à expliquer clairement ses positions sur des dossiers sensibles, comme l’ingérence étrangère de la part de l’Inde elle-même, ou encore sur la guerre en Iran. Ces enjeux diplomatiques complexes continuent de coexister avec l’agenda économique du premier ministre.
Selon la source : lapresse.ca