L’effet TACO : quand les menaces tarifaires de Donald Trump se heurtent à la réalité des chiffres
Simon Kabbaj - 2026-02-14 12:20
credit : lemorning.ca (image IA)
Un président qui aboie plus qu’il ne mord ?

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Depuis le mois de novembre 2024, la rhétorique commerciale de la Maison-Blanche s’est intensifiée de manière spectaculaire, multipliant les annonces punitives à l’égard de divers partenaires internationaux. Au total, ce sont pas moins de 49 menaces tarifaires distinctes qui ont été formulées par Donald Trump durant cette période. Pourtant, l’analyse factuelle de ces déclarations révèle un décalage significatif entre la parole présidentielle et les actes concrets qui en découlent.
Selon les données compilées par Bloomberg Economics, le président américain n’a pleinement mis à exécution qu’environ 20 % de ces avertissements. La grande majorité des annonces, soit près des deux tiers, ont connu un sort bien différent : elles ont été soit purement et simplement abandonnées, soit retardées, soit transformées en simples enquêtes administratives. Ce constat d’un écart entre la menace et la sanction a conduit certains médias à affubler le président d’un surnom évocateur : « TACO », acronyme pour « Trump always chickens out », que l’on pourrait traduire par « Trump se dégonfle toujours ».
L’anatomie des chiffres : le bilan réel des sanctions

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L’examen détaillé des statistiques fournies par Bloomberg permet de dresser un tableau précis de la stratégie — ou de l’absence de stratégie — tarifaire actuelle. Sur l’ensemble des menaces proférées, seules 20,4 % ont été appliquées dans leur intégralité. Une fraction plus modeste, s’élevant à 8,2 %, a donné lieu à une application partielle des mesures annoncées initialement.
À l’inverse, le volume des retours en arrière est conséquent. Les chiffres indiquent que 16,3 % des menaces ont été officiellement retirées. Plus surprenant encore, 6,1 % des sanctions ont d’abord été imposées avant d’être finalement abandonnées par l’administration. Le reste des dossiers se perd dans les méandres bureaucratiques : 22,4 % des cas ont débouché sur l’ouverture d’enquêtes, tandis que 26,5 % des menaces restent en suspens, n’ayant pas encore été mises en œuvre à ce jour.
L’incertitude économique, un coût réel pour les partenaires

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Si le faible taux de conversion des menaces en sanctions réelles peut sembler rassurant de prime abord, il n’en demeure pas moins un facteur de déstabilisation pour les économies concernées. La volatilité des annonces maintient les partenaires commerciaux des États-Unis dans une position d’attente inconfortable, nuisible à la planification à long terme des entreprises et des gouvernements.
Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal, met en lumière cette problématique persistante. Il analyse la situation en ces termes : « C’est une bonne chose qu’il recule, mais ça crée tout de même de l’incertitude économique, et ça, ce n’est bon ni pour le Canada ni pour les États-Unis ». Cette déclaration souligne que l’absence de passage à l’acte n’efface pas les turbulences créées par la simple évocation de nouvelles barrières douanières.
Une accélération récente des tensions diplomatiques

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Loin de s’apaiser, la cadence des avertissements s’est récemment accélérée. En l’espace de moins de trois semaines, Donald Trump a lancé quatre nouvelles salves de menaces. Celles-ci visent un spectre large de cibles géopolitiques et économiques : les partenaires commerciaux de l’Iran, les nations soutenant le Groenland, ainsi que des alliés traditionnels comme le Canada et la Corée du Sud.
Face à cette recrudescence verbale, la réaction des marchés financiers et des dirigeants d’entreprises se distingue par un calme notable. Les acteurs économiques semblent avoir intégré une nouvelle grille de lecture, estimant que ces déclarations fracassantes fonctionnent davantage comme des leviers politiques destinés à la négociation que comme des précurseurs de mesures concrètes et immédiates.
Le « TACO trade » : la nouvelle stratégie de Wall Street
Ce scepticisme ambiant a donné naissance à une stratégie d’investissement spécifique sur Wall Street, baptisée le « TACO trade ». Les investisseurs, habitués aux revirements présidentiels, ont adapté leurs comportements depuis quelques mois pour tirer profit de la volatilité induite par la Maison-Blanche.
La mécanique est simple : elle consiste à acheter des actions qui subissent une chute brutale immédiatement après l’annonce de menaces tarifaires ou commerciales par le président Trump. Le pari des investisseurs repose sur la conviction que ces menaces seront, comme par le passé, retardées, atténuées ou purement et simplement annulées. Ils anticipent ainsi un rebond des marchés une fois la peur dissipée, transformant l’annonce présidentielle en une opportunité de profit rapide.
Le paradoxe du calme : un risque accru ?

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Cette accoutumance des marchés comporte cependant un risque paradoxal, mis en exergue par le Los Angeles Times. Si la panique ne s’empare plus des investisseurs lorsque Donald Trump annonce coup sur coup des mesures agressives, le mécanisme de régulation naturel du marché disparaît.
En effet, l’absence de chute brutale des indices boursiers prive le président d’un signal d’alarme crucial. Sans réaction négative forte de Wall Street pour l’effrayer ou le contraindre à la modération, rien ne l’empêche de passer réellement à l’acte. Cette indifférence des marchés pourrait, selon l’analyse du quotidien californien, conduire à une situation encore pire où les menaces finiraient par se concrétiser faute de contre-pouvoir financier.
Selon la source : journaldemontreal.com
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