Immigration et énergie : l’analyse physique de la gestion caquiste
Simon Kabbaj - 2026-02-13 11:34
credit : lemorning.ca (image IA)
La physique appliquée à la politique : le principe de dissipation
Pour comprendre la dynamique actuelle du gouvernement, il peut être utile d’établir un parallèle inattendu entre la gestion de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et les lois de la physique. Connaissez-vous le concept de « dissipation d’énergie » ? Ce phénomène désigne le processus par lequel une énergie, initialement organisée, se heurte à une résistance pour finir par se transformer en une énergie désorganisée et, in fine, inutile.
Cette définition scientifique semble aujourd’hui s’appliquer directement aux méthodes du régime caquiste. On observe une quantité considérable d’énergie déployée et une multitude de mouvements initiés par l’appareil gouvernemental. Pourtant, à l’arrivée, le constat est celui d’un rendement disproportionné : tant d’efforts fournis pour des résultats qui apparaissent finalement bien maigres.
Cette déperdition d’énergie, où l’action politique semble se diluer face aux obstacles sans atteindre sa cible, devient l’une des caractéristiques marquantes de l’administration actuelle. L’efficacité cède le pas à une agitation qui peine à se concrétiser en avancées tangibles.
Le dossier de l’immigration : entre promesses et explosion des seuils
L’exemple le plus frappant de ce phénomène se trouve sans doute dans la gestion de l’immigration. La CAQ a pourtant mené campagne à deux reprises sur une promesse claire : « en prendre moins ». Or, la réalité des chiffres montre une trajectoire inverse, avec une explosion des seuils d’immigration.
Le gouvernement semble avoir été ballotté par les conjonctures, tirant dans toutes les directions sans ligne directrice stable. Le bilan comptable de cette gestion est lourd en termes de ressources humaines et législatives : plus de cinq ministres se sont succédé sur ce dossier, et pas moins de sept réformes ont été mises en chantier.
Cette instabilité chronique a mené à une situation où l’action législative tourne en rond, une réforme venant essentiellement réformer la précédente. Cette frénésie administrative illustre parfaitement cette énergie qui se dissipe sans créer de structure pérenne.
La saga du PEQ : chronique d’une instabilité administrative
Pour illustrer ce tourbillon, il suffit de se concentrer sur le Programme de l’expérience québécoise (PEQ). L’historique de ce dossier s’apparente à un véritable « tour de laveuse », tant les changements de cap ont été fréquents et contradictoires depuis 2019. Tout a commencé lorsque Simon Jolin-Barrette a voulu restreindre le programme, avant de devoir reculer face à la levée de boucliers.
Le ministre Jolin-Barrette est revenu à la charge en 2020 pour resserrer l’accès au programme. Trois ans plus tard, en 2023, c’est Christine Fréchette qui apportait de nouvelles modifications. La valse s’est poursuivie avec Jean-François Roberge : il a d’abord gelé le volet des étudiants en 2024, pour ensuite suspendre définitivement le programme en 2025.
L’objectif affiché était de remplacer le PEQ par un nouveau dispositif, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PTSQ), également en 2025. Cependant, cette transition s’est faite sans arrimage avec les changements opérés par le gouvernement fédéral la même année. Le résultat ressemble à une « vraie maison de fous », où se mélangent l’indécision, l’incohérence, la lourdeur bureaucratique et la friction entre deux gouvernements aux objectifs divergents.
Tensions internes et revirements de dernière minute
Cette gestion chaotique culmine aujourd’hui dans le contexte de la course interne à la CAQ. La ministre Christine Fréchette s’est retrouvée dans une position particulièrement inconfortable, prise en étau entre le soutien de Jean-François Roberge, les attaques de Bernard Drainville qui la poursuit, et la pression constante des entreprises.
La confusion a atteint son paroxysme lors d’une intervention récente. Au micro du balado Politiquement parlant, Mme Fréchette estimait qu’il était impossible d’instaurer une clause grand-père, arguant que sans cette précaution, le PEQ attirerait peut-être 100 000 à 150 000 immigrants. Une déclaration qui semblait fermer la porte à tout assouplissement.
Pourtant, contre toute attente et en contradiction avec cette analyse des risques, elle a finalement annoncé la réouverture du PEQ pour une durée de deux ans. Ce revirement soudain illustre la difficulté du gouvernement à maintenir une position cohérente face aux pressions multiples.
Le coût de l’épuisement politique
À l’image du dossier du troisième lien, il est vertigineux d’imaginer la somme de travail et les coûts engendrés par ces virages successifs. C’est toute la fonction publique qui doit, à chaque fois, mettre en place ces réformes pour ensuite les défaire, sans oublier l’impact financier pour les contribuables qui financent ces hésitations.
Le Premier ministre François Legault a souvent évoqué la « réserve de courage » nécessaire pour gouverner. Aujourd’hui, au regard de cette dissipation d’efforts et de cette accumulation de mouvements contradictoires, il faudrait peut-être s’interroger sur une autre ressource vitale.
Il semble bien que la réserve d’énergie du gouvernement, elle aussi, soit désormais épuisée. La CAQ n’a plus d’énergie, et face à ce spectacle d’inefficacité, les observateurs non plus.
Selon la source : journaldemontreal.com
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