Et si Cuba tombait sans une seule bombe ? Le plan décrypté
Mathieu Gagnon - 2026-03-14 12:54
credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)
L’hypothèse d’une guerre silencieuse
Quelle stratégie pourrait être employée pour renverser le gouvernement cubain sans avoir recours à une intervention militaire directe ? L’analyse se porte sur un scénario qui contraste avec les bombardements observés à Gaza. Il s’agirait d’une méthode plus discrète, presque invisible, qui n’impliquerait ni ruines, ni décombres, ni les images poignantes de victimes civiles qui peuvent émouvoir l’opinion publique internationale et nuire à l’image des agresseurs à la télévision.
La clé de cette approche résiderait dans une asphyxie économique totale. L’idée est simple : couper l’approvisionnement en pétrole de l’île. Une telle action, menée de manière chirurgicale, pourrait déclencher un effondrement en chaîne sans le fracas des armes. C’est une tactique silencieuse, dont les effets ne se voient ni ne s’entendent immédiatement, mais qui serait tout aussi dévastatrice.
La mécanique d’un effondrement programmé
La privation de pétrole paralyserait rapidement les fondations de la société cubaine. Le réseau électrique, dépendant des hydrocarbures, serait le premier à tomber. S’ensuivrait une cascade de conséquences : l’approvisionnement en eau potable cesserait, les transports publics et privés s’arrêteraient, et la production de nourriture comme de biens essentiels serait anéantie. Le tourisme, pilier de l’économie, s’éteindrait de lui-même, achevant de déstabiliser le gouvernement.
Dans ce contexte de chaos, il deviendrait aisé d’attribuer la responsabilité de la crise aux autorités en place. Le discours serait simple : le manque d’électricité, de pétrole, de médicaments pour les malades ou de nourriture serait la preuve de l’incompétence du gouvernement, de sa mauvaise gestion, d’un modèle socialiste jugé « ringard » ou d’un « communisme athée ». La flambée des prix des denrées de base, qu’il s’agisse de la viande, du riz, des haricots, des légumes, des œufs, du pain ou du lait, serait présentée comme la conséquence directe de ses échecs.
Le sauveur et l’héritage effacé
Une fois le terrain préparé par la pénurie, un acteur extérieur pourrait se présenter en sauveur providentiel. Ce « fanfaron innocent » proposerait de tout arranger sur l’île, à la condition que le pouvoir en place cède sa place. Des « missions amicales » seraient alors envoyées pour réparer les dégâts causés par plus de soixante ans de blocus commercial et financier, présentant la solution comme un acte de générosité.
Cette opération de « nettoyage » viserait à effacer toute trace de l’héritage du gouvernement précédent. Un héritage qui comprend pourtant la libération de l’île de la dictature de Batista, l’alphabétisation de la population en moins d’un an, et la restauration de la dignité d’un peuple en luttant contre le racisme. Il inclut aussi l’instauration d’un système de santé universel et gratuit, qui a permis de soigner des populations dans le besoin du Timor oriental à l’Équateur. Ce régime a inspiré de nombreux gouvernements progressistes en Amérique latine et en Afrique, et a contribué à la fin de l’apartheid et à la libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Autant de faits, considérés comme des « détails insignifiants » aux yeux d’un « empire » qui n’aurait jamais accepté la perte de l’île.
Vers une américanisation de la culture cubaine ?
Quelle forme prendrait la « prospérité » promise ? Le scénario envisagé est celui d’une transformation radicale. Des milliers de touristes américains afflueraient de nouveau vers Varadero, présentée comme l’une des dix plus belles plages du monde, ou vers les nombreux cayos aux étendues de sable blanc. Des installations hôtelières, sans rien à envier à celles de la République dominicaine ou du Mexique, sortiraient de terre.
Cette vague touristique s’accompagnerait de l’implantation massive de symboles de la culture de consommation américaine. Des enseignes comme McDonald’s, Burger King ou Poulet Frit Kentucky pourraient s’installer, nourrissant à la fois les visiteurs et les Cubains, décrits comme ayant été « privés » de ces plaisirs par les « méchants communistes ». Le Malecón, le célèbre front de mer de La Havane, pourrait se voir paré de bannières lumineuses de ces géants du fast-food, devenant une attraction pour les passagers des bateaux de croisière accostés dans le port.
La touche finale de cette vision serait la construction d’un Walt Disney World tropical à La Havane. Mickey Mouse, Minnie, Donald Duck, Dingo, Pluto et la Fée Clochette deviendraient les nouveaux modèles accessibles aux enfants cubains. Cet univers remplacerait le culte des héros et martyrs de la révolution, de José Martí à Camilo et au Che, en passant par Vilma Espín et Celia Sánchez, dont l’enseignement dès l’école est qualifié ici d' »endoctrinement pur et simple ». La modernité serait synonyme d' »American Way of Life ».
Donald Trump, le « Libertador » autoproclamé ?
Ce type de projet semble s’inscrire dans une vision attribuée à Donald Trump. Un parallèle est établi avec son ancien « rêve fou » de transformer la bande de Gaza en une vaste station balnéaire, un plan qui semble aujourd’hui abandonné au profit d’un « champ de ruines » laissé à Israël. Le nouveau rêve serait donc Cuba.
La scène finale de cette projection est une parade triomphale. On y voit Donald Trump défilant le long du front de mer havanais, cheveux au vent, dans une vieille décapotable américaine, qu’elle soit rose, verte ou bleue. À ses côtés se tiendraient Melania Trump et son allié politique Marco Rubio. Cette image ferait écho, en la renversant, à la visite de l’ex-président Obama, qui avait emprunté le même trajet, mais dans une voiture noire blindée.
De part et d’autre du Malecón, des centaines de Cubains, hommes, femmes et enfants, agiteraient de petits drapeaux américains. Le tableau se conclut sur une acclamation ironique : « Donald Trump, el Libertador! ». Avant qu’un commentaire final ne vienne clore la réflexion : « Quelle farce ! ».
Selon la source : journaldemontreal.com