Cuba à l’arrêt : pourquoi l’île se vide-t-elle de ses visiteurs ?
Simon Kabbaj - 2026-02-11 11:08
credit : lemorning.ca (image IA)
Une économie sous pression maximale

credit : lemorning.ca (image IA)
La situation économique à Cuba traverse une zone de turbulences particulièrement intense. Le renforcement du blocus américain, ciblant spécifiquement les approvisionnements en carburants, engendre des conséquences qui dépassent largement les simples coupures d’électricité ou les difficultés de transport. C’est tout le moteur économique de l’île qui semble s’enrayer.
Donald Trump, lors de son mandat, a considérablement durci les sanctions sur les produits pétroliers, n’hésitant pas à menacer de représailles les partenaires traditionnels de La Havane, tels que le Venezuela, le Mexique ou la Russie. Cette stratégie d’asphyxie énergétique a un impact direct et immédiat : la fuite des compagnies aériennes.
Face aux pénuries de kérosène et aux incertitudes logistiques, plusieurs transporteurs majeurs ont suspendu leurs liaisons vers l’île. Pire encore pour l’image de la destination, des procédures de rapatriement de vacanciers ont été enclenchées. Pour une économie cubaine placée sous respirateur artificiel, cette perte de connexion avec le monde extérieur représente un danger vital.
Le désarroi des acteurs locaux

credit : lemorning.ca (image IA)
Sur le terrain, la réalité des chiffres se traduit par une angoisse palpable chez les professionnels du secteur. Anne-Marie Flynn, qui cumule les casquettes de guide touristique et de propriétaire d’un gîte dans le village de Santa Cruz del Norte, observe cette déliquescence aux premières loges. Son témoignage illustre l’ampleur de la crise.
Le constat comptable est sans appel : « Avant la mi-décembre, j’avais 52 réservations dans mon bed & breakfast jusqu’en avril et, à ce jour, j’ai eu 52 annulations », confie-t-elle lors d’une entrevue accordée à ICI RDI. Tentant de s’adapter, Mme Flynn a voulu se recentrer sur son activité de guide, mais le sort s’acharne : ses trois visites prévues pour la semaine à venir ont également été annulées.
Dans les communautés locales, les priorités ont changé. Comme le souligne Anne-Marie Flynn, les conversations ne tournent plus autour des coupures de courant ou du manque de pétrole, pourtant quotidiens. L’inquiétude est plus fondamentale : « Qu’est-ce qu’on va faire sans les touristes ? » Cette interrogation résume l’anxiété d’une population dépendante des devises étrangères.
L’effondrement des statistiques touristiques

credit : lemorning.ca (image IA)
Les données chiffrées confirment le ressenti du terrain. En 2025, l’île n’a accueilli qu’environ 1,8 million de touristes étrangers. Ce volume marque un recul par rapport aux 2,2 millions de visiteurs enregistrés en 2024, et nous sommes très loin de l’objectif officiel qui était fixé à 2,6 millions. La comparaison avec l’année de référence 2419, où 4,3 millions de voyageurs avaient foulé le sol cubain, est vertigineuse.
Si la tendance actuelle se maintient, les projections pour 2026 s’annoncent encore plus sombres. Jacques Rivard, ancien journaliste de Radio-Canada et habitué des lieux, rappelle une vérité économique simple : « La première industrie de Cuba, c’est le tourisme ». L’absence de ces visiteurs prive la population d’une aide informelle mais cruciale.
M. Rivard décrit ses propres voyages comme des missions de soutien : « Quand je viens, j’apporte une grosse valise de Tylenol, de médicaments, de vêtements, j’ai de l’argent à distribuer aux amis et aux femmes de chambre ». Il déplore la reprise en main du dossier cubain par « l’équipe Trump-Rubio », jugeant la situation terrible pour des Cubains qui « n’ont déjà presque rien ».
Inflation galopante et paralysie quotidienne

credit : lemorning.ca (image IA)
La pénurie de devises frappe de plein fouet la monnaie nationale. Le peso cubain subit une dévaluation brutale : sa valeur a été divisée par sept depuis 2021 face au billet vert. Il y a cinq ans, 64 pesos suffisaient pour obtenir un dollar américain ; aujourd’hui, il en faut 460. Cette dégringolade monétaire se répercute sur tous les prix, notamment celui de l’essence qui atteint désormais les 4 dollars américains le litre.
Les conséquences sur la vie quotidienne sont désastreuses. Jacques Rivard, qui s’est rendu sur l’île à quatre reprises au cours des deux derniers mois, témoigne de la paralysie des services publics. Faute de carburant, les liaisons par autobus entre les villes ont cessé. Plus inquiétant encore sur le plan sanitaire, le ramassage des ordures n’est plus assuré dans les agglomérations.
Les habitants en sont réduits à des solutions de fortune : « Il y a des ordures qui brûlent partout, c’est terrible », rapporte l’ancien journaliste. La crise des transports touche aussi le secteur hôtelier, où l’on signale des employés bloqués sur leur lieu de travail, incapables de rentrer chez eux après leur service.
Le spectre de l’Option Zéro

credit : lemorning.ca (image IA)
Face à la pénurie, l’État réduit la voilure. Les administrations publiques n’ouvrent plus que quatre jours par semaine et les horaires des écoles ont été restreints. Ces mesures d’austérité rappellent aux observateurs le souvenir de l’« option zéro », ce plan de survie extrême mis en place par Fidel Castro dans les années 1990.
À cette époque, suite à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement de l’URSS, Cuba avait vu ses approvisionnements en pétrole, pièces détachées, lait en poudre et médicaments cesser brutalement. Le pays se retrouve aujourd’hui face à un défi similaire : le gouvernement actuel pourra-t-il résister aux pressions économiques américaines ou finira-t-il par céder ?
La société cubaine semble divisée face à cet avenir incertain. Selon Jacques Rivard, si les générations les plus âgées semblent avoir accepté leur sort avec résignation, « les jeunes veulent un changement de régime ». L’avenir de l’île se joue peut-être dans un nouveau tiraillement géopolitique entre Washington et Moscou, les Russes maintenant une présence active sur le territoire.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Créé par des humains, assisté par IA.