Course à la chefferie de la CAQ : une fracture géographique se dessine entre Montréal et Québec
Simon Kabbaj - 2026-01-30 13:16
credit : Portrait officiel ou photo de presse de Christine Fréchette, candidate à la direction de la CAQ. Crédit : TVA Nouvelles (Wikimedia) & Crédit : TVA Nouvelles (Wikimedia)
La course à la succession de François Legault prend une tournure inattendue. Alors que les observateurs prédisaient un affrontement idéologique entre nationalistes et fédéralistes, c’est une division territoriale qui s’impose, opposant la métropole à la Capitale-Nationale.
Une scission territoriale plutôt qu’idéologique
La compétition pour la direction de la Coalition Avenir Québec (CAQ) révèle une dynamique de plus en plus polarisée géographiquement. L’axe traditionnel, opposant l’aile « bleue » (nationaliste) à l’aile « rouge » (issu des milieux d’affaires et fédéraliste), semble s’effacer au profit d’une fracture entre la grande région de Montréal et l’est du Québec, spécifiquement l’axe Québec-Beauce.
Cette polarisation s’incarne dans le duel qui se précise entre Christine Fréchette et Bernard Drainville, suite au retrait de Simon Jolin-Barrette de la course.

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Le défi de la représentativité pour Christine Fréchette
Christine Fréchette, actuelle députée et figure marquante du gouvernement, a réussi à rallier une part significative du caucus. Avec le soutien de poids lourds comme Jean-François Roberge, figure de proue de l’identité québécoise, et Mathieu Lacombe, elle tente de se positionner comme la candidate du rassemblement.
Cependant, son profil reste intimement lié à la métropole. Ancienne présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal (CCEM), elle traîne l’étiquette de « candidate de Montréal ». Son passé, notamment les rumeurs qui l’associaient à Denis Coderre avant son saut à la CAQ, renforce cette perception au sein des militants des régions.
Une faiblesse majeure apparaît dans ses appuis : sur la vingtaine de députés ralliés à sa cause, le caucus de la région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches brille par son absence. Seul Vincent Caron, député de Portneuf, s’est rangé derrière elle, isolant la candidate des bastions traditionnels de la CAQ dans l’est de la province.

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L’enjeu crucial du troisième lien
Au cœur de cette fracture géographique se trouve le dossier du troisième lien interrives entre Québec et Lévis. Ce projet d’infrastructure agit comme un véritable test décisif pour les aspirants chefs.
- Bernard Drainville : Le député de Lévis se pose en défenseur inconditionnel du projet et des intérêts régionaux. Son discours, axé sur le « vrai monde », vise à consolider la base électorale de la CAQ hors des grands centres urbains.
- Christine Fréchette : Sa position demeure plus prudente. Interrogée sur l’avenir du projet, elle évoque la nécessité de « consulter » et de « prioriser » les investissements. Cette approche, perçue comme hésitante, tente de concilier la rigueur budgétaire avec les attentes politiques, mais risque d’aliéner les électeurs de la capitale qui y voient un manque d’engagement clair.
Le risque d’une hémorragie vers les conservateurs
Cette fracture interne expose le parti à un danger électoral concret à l’approche du scrutin d’octobre. La région de Québec et la Beauce constituent le berceau historique de la CAQ (et de l’ADQ avant elle). Si les militants et électeurs de ce bastion se sentent marginalisés par une direction perçue comme trop montréalaise, le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime pourrait en tirer profit.
Pour la CAQ, c’est là où tout a débuté. C’est là où tout pourrait aussi finir.
L’issue de cette course ne déterminera pas seulement le prochain premier ministre désigné, mais aussi la capacité de la CAQ à maintenir sa coalition hétéroclite unie face à la montée des mécontentements régionaux.
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