Bernard Drainville veut abolir la permanence à vie des fonctionnaires
Simon Kabbaj - 2026-02-21 11:46
credit : TVA Nouvelles, Wikimedia Commons (CC BY 3.0)
Une réforme majeure pour l’efficacité de l’État
Dans la course à la succession de François Legault, l’aspirant premier ministre Bernard Drainville a décidé de s’attaquer à un pilier central de l’administration québécoise. Son objectif affiché est de réduire la taille de l’État en éliminant ce qu’il considère comme une « vache sacrée » : la permanence à vie dans la fonction publique. Cette proposition marque une rupture nette avec le fonctionnement actuel des ressources humaines gouvernementales.
Lors d’une entrevue accordée au Bureau parlementaire, le candidat à la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a expliqué sa vision d’une administration plus agile. Pour lui, la gestion des effectifs doit pouvoir s’ajuster aux besoins réels, ce qui implique la possibilité de se séparer d’employés lorsque la situation l’exige.
Il justifie cette position par une nécessité d’efficacité accrue : « On n’a pas le choix pour avoir un État beaucoup plus efficace. Il faut être capable à un moment donné de dire à un fonctionnaire, malheureusement, on n’a plus besoin de toi. Il faut être capable aussi de dire à un fonctionnaire que le poste qu’il occupe est aboli parce qu’on n’en a plus besoin ».
La fin du statut actuel : un changement législatif radical
Actuellement, le cadre législatif protège fortement les employés de l’État. La loi stipule qu’un travailleur acquiert le statut de permanent après avoir réussi son stage probatoire et avoir été employé de façon continue dans la fonction publique pendant une période de deux ans. C’est précisément ce mécanisme que Bernard Drainville entend démanteler s’il accède au pouvoir.
Le prétendant au trône caquiste, qui accuse pour l’instant un retard dans la course face à sa rivale Christine Fréchette, est catégorique sur le sort réservé à cet article de loi : il compte le « jeter à la poubelle ». Selon lui, « Ça n’a plus sa raison d’être ». Son projet vise à transformer l’État québécois en un employeur comparable à ceux du secteur privé.
Dans ce nouveau modèle, les travailleurs ne bénéficieraient plus d’une protection inamovible, mais seraient couverts par une convention collective négociée, sans la garantie absolue de l’emploi qui prévaut aujourd’hui.
L’enjeu de la relève et des nouvelles technologies
Pour illustrer la nécessité de ce changement, Bernard Drainville s’appuie sur son expérience récente en tant que ministre de l’Environnement. L’automne dernier, alors que le gouvernement annonçait une réduction des effectifs publics, il a dû procéder à une centaine de mises à pied. En raison de la sécurité d’emploi des fonctionnaires permanents, le couperet est tombé exclusivement sur les employés occasionnels et temporaires, qui étaient majoritairement des jeunes.
Il déplore cette situation qui, selon lui, prive l’État de talents essentiels. « La permanence à vie nous prive de toute une génération de jeunes professionnels, motivés et compétents, qui pourraient venir nous aider à relever les défis du Québec moderne », affirme-t-il. Il souligne que ces adultes, qui maîtrisent les nouvelles technologies, sont cruciaux pour la performance de l’administration.
Tout en assurant ne pas vouloir vider les ministères de leurs travailleurs expérimentés, il milite pour un meilleur équilibre entre la jeunesse et l’expérience. Concernant l’attractivité de la fonction publique sans la sécurité d’emploi, et face à des salaires souvent inférieurs au privé, il avance un argument économique : en réduisant le nombre total de fonctionnaires, « peut-être qu’on va pouvoir se permettre de mieux les payer ».
Responsabiliser les hauts fonctionnaires
La réforme proposée par l’aspirant chef ne s’arrête pas aux employés réguliers ; elle vise également la haute direction. Bernard Drainville souhaite mettre fin à la sécurité d’emploi des hauts fonctionnaires en instaurant des contrats d’une durée déterminée de cinq ans. L’objectif est d’introduire une notion de responsabilité directe dans la gestion des dossiers majeurs.
Il cite en exemple les dirigeants impliqués dans le dossier SAAQclic, qui ont été lourdement blâmés par le rapport de la commission Gallant. Pour le candidat, la situation actuelle ne permet pas une gestion adéquate des échecs administratifs. Il déclare à ce sujet : « Je pense qu’il faut que ces personnes soient dorénavant imputables, pas intouchables comme actuellement. »
Cette mesure vise à s’assurer que les dirigeants de l’État soient tenus responsables de leurs résultats, une logique de reddition de comptes qu’il juge absente du système actuel.
Un candidat prêt à affronter la tempête syndicale
Bernard Drainville est pleinement conscient que sa proposition de s’attaquer à cette « vache sacrée » risque de provoquer un véritable « tollé » du côté des syndicats. Cependant, il maintient que le modèle actuel est « arrivé en fin de vie » et qu’un virage est indispensable. Il rappelle son habitude des vents contraires, évoquant son pilotage de la défunte Charte des valeurs sous le gouvernement péquiste, ainsi que ses dossiers sur la laïcité dans les écoles et l’interdiction du cellulaire pour les élèves.
Il se présente comme le candidat de la fermeté, capable de mener à bien des réformes difficiles. Il conclut en mettant en avant sa résilience et sa volonté de respecter les engagements de la CAQ : « J’ai démontré que j’étais capable de me tenir debout face à l’adversité, j’ai été testé. Si les caquistes veulent un PM qui va changer le modèle québécois et respecter le contrat moral qu’on avait signé avec les électeurs, c’est-à-dire un état plus efficace, moins bureaucratisé, je pense que je peux livrer ça. »
Selon la source : journaldemontreal.com
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