Charles Milliard au PLQ : un couronnement sous haute tension et un premier défi nommé Rizqy
Mathieu Gagnon - 2026-02-14 12:15
credit : Amélie Caron, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Un nouveau chef face à une réalité complexe
C’est désormais officiel : Charles Milliard est couronné chef du Parti libéral du Québec (PLQ). Seul candidat encore en lice pour succéder à Pablo Rodriguez, ce pharmacien de profession prend les rênes de la formation politique dans un contexte qui est loin du scénario de rêve. Originaire de la rive sud de Québec, l’homme est un néophyte en politique, une caractéristique qui marque son arrivée à la tête du parti.
Celui qui a présidé la Fédération des chambres de commerce du Québec pendant plusieurs années hérite d’une situation délicate. Le parti est affaibli par la crise des «brownies», liée à l’achat allégué de votes durant la dernière course à la chefferie. La situation est d’autant plus précaire qu’une véritable épée de Damoclès plane au-dessus de l’organisation : des enquêtes de l’UPAC et du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) sont actuellement en cours, et ce, à seulement quelques mois des élections.
Charles Milliard n’arrive donc pas en sauveur, mais doit plutôt sceller un mariage de raison avec son caucus. Il devra composer avec une bande de députés dont plusieurs avaient affiché leur préférence pour Pablo Rodriguez lors de la campagne à la direction. L’ambiance interne est marquée par une certaine réserve face à ce nouveau leadership qui doit encore faire ses preuves.
Scepticisme interne et baptême du feu imminent
Au sein des troupes libérales, il y a du «scepticisme». Ce sentiment est alimenté par l’inexpérience du nouveau chef et par ce que certains qualifient de mollesse dans ses propositions jusqu’ici. Des élus, s’étant confiés sous le couvert de l’anonymat, rappellent d’ailleurs que l’ancien ministre fédéral Pablo Rodriguez, malgré plus de vingt ans de politique derrière la cravate, s’est cassé les dents comme chef du PLQ.
Le nouveau chef subira un véritable baptême de feu dès mardi au parlement. Il devra rapidement donner l’heure juste sur plusieurs dossiers brûlants : le troisième lien, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le nationalisme à la libérale, ainsi que la laïcité, pour ne nommer que ceux-là. La pression sera immédiate pour définir la ligne du parti sur ces enjeux cruciaux.
Pour naviguer dans ces eaux troubles, l’homme d’affaires a procédé à des nominations stratégiques. Il a choisi le député André Fortin, un fidèle de la première heure, pour le représenter comme chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Selon plusieurs députés, Fortin en mènera large dans les prochains mois, compensant ainsi le manque d’expérience du vrai chef. De son côté, Marc Tanguay, qui a assuré l’intérim durant plus de deux ans, ne sort pas bredouille de cette transition puisqu’il sera nommé leader en Chambre.
L’épineux dossier Marwah Rizqy
Un premier test de leadership attend déjà Charles Milliard : il doit statuer sur le sort de la députée Marwah Rizqy. Cette dernière avait été éjectée du caucus libéral par son prédécesseur, Pablo Rodriguez, au plus fort de la crise qui a secoué le PLQ avant les Fêtes. La décision concernant son retour ou non au sein de l’équipe des rouges constitue la première épreuve majeure du nouveau chef.
Les informations glanées par notre Bureau parlementaire indiquent que les élus sont divisés quant au retour de celle que l’on surnomme «Mme Intégrité». Si une poignée d’entre eux sont favorables ou accepteraient sa réintégration sans chichi, la situation est loin de faire l’unanimité. L’idée de refaire équipe avec la députée de Saint-Laurent en horripile plusieurs, qui n’ont tout simplement pas digéré son «manque de solidarité».
Les tensions sont telles que du grenouillage n’est pas impossible si Marwah Rizqy revenait dans le groupe. Comme dit le proverbe, chat échaudé craint l’eau froide. Il se pourrait donc que Charles Milliard opte pour la prudence. Il pourrait invoquer les démarches judiciaires en cours — à savoir la poursuite d’un demi-million de dollars intentée par l’ancienne chef de cabinet Geneviève Hinse contre la députée — pour repousser la décision à plus tard.
Parcours professionnel : Qui est Charles Milliard ?
Pour mieux comprendre le profil de celui qui prend la tête du PLQ, il est utile de retracer son parcours professionnel avant son entrée dans l’arène politique. Charles Milliard est avant tout un pharmacien de formation, une expertise qui a guidé une grande partie de sa carrière dans le secteur privé et associatif.
Avant son couronnement, il occupait en 2025 le poste de cadre supérieur en résidence à l’Université Bishop. Auparavant, il s’est fait connaître du grand public en tant que président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec, une fonction qu’il a exercée de 2020 à 2024.
Son expérience dans le monde des affaires comprend également un passage comme vice-président Santé chez NATIONAL de 2017 à 2019. Plus tôt dans sa carrière, il a occupé le poste de vice-président exécutif du Groupe Uniprix de 2013 à 2017. C’est donc avec ce bagage de gestionnaire, mais sans expérience parlementaire, qu’il tente aujourd’hui de relancer le Parti libéral.
Selon la source : journaldequebec.com
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