Retour de Trump : un an plus tard, c’est Pékin qui mène la danse
Mathieu Gagnon - 2026-01-15 11:01
credit : lemorning.ca (image IA)
Le grand pèlerinage vers Pékin

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On aurait pu penser que le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche allait isoler la Chine, mais c’est tout l’inverse qui se produit. C’est assez fascinant à observer, honnêtement. Depuis un an, alors que le président américain multiplie les menaces de tarifs douaniers punitifs et d’interventions militaires un peu partout, Pékin a su jouer habilement sa carte. Ils se positionnent comme la puissance stabilisatrice, le « calme » dans la tempête, si on veut.
Le résultat ? On assiste à un véritable défilé diplomatique. Les dirigeants occidentaux, probablement inquiets de l’imprévisibilité totale de Washington, se pressent aux portes de Xi Jinping pour ne pas se retrouver sur la touche. Prenez le président sud-coréen, Lee Jae-myung, par exemple. Il était là la semaine dernière, une première depuis 2019. L’anecdote qui tue ? Il a carrément sorti un téléphone Xiaomi (un cadeau de Xi l’an dernier) pour prendre un égoportrait avec le président chinois. Fallait oser, non ?
Et ce n’est pas fini. Il y a une certaine frénésie. Dans deux semaines, c’est au tour de notre ancien gouverneur de la banque centrale, le premier ministre canadien Mark Carney, de s’y rendre. C’est important, car c’est la première visite d’un PM canadien depuis 2017. Il sera suivi de près par le Britannique Keir Starmer, qui y va pour soutenir ses entreprises, une première pour le Royaume-Uni depuis 2018. Même le chancelier allemand, Friedrich Merz, est attendu prochainement. Comme le souligne Neil Thomas de l’Asia Society Policy Institute, cette ruée s’explique simplement : personne ne veut être marginalisé par les manœuvres sino-américaines.
Un colosse économique qui encaisse les coups

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Sur le plan économique, les chiffres donnent le tournis. On parle quand même d’une année 2025 record. Malgré les barrières érigées par les États-Unis — et on parle ici de droits de douane qui restent très élevés, autour de 45 % —, la machine exportatrice chinoise ne s’est pas enrayée. Au contraire.
Tenez-vous bien : la Chine a enregistré un excédent commercial mondial de 1189 milliards de dollars américains. C’est la première fois que ça dépasse le seuil symbolique des 1000 milliards. Pour vous donner une idée de l’échelle, c’est comparable au PIB entier d’un pays du G20 comme l’Arabie saoudite. C’est juste… colossal. Les exportations ont continué de grimper, avec une hausse de 6,6 % en décembre par rapport à l’année d’avant, déjouant les pronostics des économistes.
Comment font-ils ? C’est là que ça devient intéressant. Ils ont, je suppose, anticipé le coup. Selon Simran Walia, une analyste basée à New Delhi, la Chine s’est préparée à un affrontement long avec Washington en restructurant ses chaînes d’approvisionnement. C’est une stratégie de diversification massive. Les entreprises chinoises se sont tournées vers l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique latine pour compenser les pertes américaines.
Wang Jun, le vice-ministre des douanes, ne s’en cache pas : grâce à ces partenaires diversifiés, leur capacité à « résister aux risques » s’est considérablement renforcée. Et il le faut, car même avec la trêve signée l’automne dernier entre Xi et Trump, les tarifs restent bien au-dessus du seuil de rentabilité de 35 % pour beaucoup d’entreprises.
Tout n’est pas rose : les failles intérieures

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Cela dit, il ne faut pas se laisser aveugler par ces chiffres records. Cette domination crée des malaises. La surcapacité industrielle de la Chine inquiète le reste du monde, et Pékin le sait. Ils essaient d’ailleurs d’arrondir les angles. Le premier ministre Li Qiang a récemment lancé des appels pour augmenter les importations et a même mis fin à certaines subventions, comme dans le solaire, pour montrer patte blanche.
Mais le vrai problème, c’est l’économie intérieure. Elle boite encore. L’immobilier est en ralentissement prolongé, les investissements reculent et, surtout, le consommateur chinois est… comment dire ? Prudent. Très prudent.
Jia Wang, de l’Université de l’Alberta, soulignait un point crucial dans un article récent : la consommation des ménages ne pèse que 40 % du PIB en Chine. La moyenne mondiale est autour de 60 %. C’est un fossé énorme. Les gens épargnent massivement — environ 32 % de leur revenu disponible. Le gouvernement aurait de la marge pour stimuler tout ça, mais il semble réticent à le faire. Donc, oui, la Chine s’impose à l’international, mais ses fondations domestiques restent fragiles.
Conclusion

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En fin de compte, un an après le séisme politique du retour de Trump, le constat est nuancé mais clair. La Chine a des soucis internes, c’est indéniable. Mais sur l’échiquier mondial ? Elle a su transformer le chaos américain en opportunité.
En encaissant les chocs tarifaires et en accueillant à bras ouverts des leaders occidentaux en quête de stabilité, Pékin démontre une résilience que beaucoup avaient sous-estimée. C’est une drôle d’époque où la Chine devient le port d’attache diplomatique par défaut, non ?
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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