Chasseurs Gripen et emplois par milliers : le pari suédois d’Ottawa face à l’ombre de Trump
Adam David - 2026-01-14 11:41
credit : lemorning.ca (image IA)
Un marché de 12 600 emplois… avec des conditions

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C’est le genre de chiffre qui fait tourner les têtes à Ottawa, surtout par les temps qui courent. On parle ici de 12 600 emplois. Oui, vous avez bien lu. C’est la promesse mirobolante faite par l’entreprise suédoise Saab, mais – car il y a toujours un « mais » – ce n’est pas sans conditions strictes.
Pour débloquer ce pactole économique, les Forces armées canadiennes devraient passer à la caisse et commander très exactement 72 avions de chasse Gripen ainsi que 6 avions de surveillance GlobalEye. C’est du moins ce qu’a appris Radio-Canada, et disons que ça brasse pas mal dans les couloirs du gouvernement.
Depuis le printemps, c’est le branle-bas de combat. Les spécialistes de la défense et des retombées économiques épluchent les propositions de Saab. L’an dernier, les dirigeants suédois parlaient vaguement d’une dizaine de milliers d’emplois, mais là, on a enfin les chiffres précis sur la table. Simon Carroll, le président de Saab Canada, assure qu’ils sont prêts à offrir des « solutions souveraines » pour soutenir l’industrie nationale.
Le contexte politique ? Il est… compliqué, pour ne pas dire explosif. Le « gouvernement Carney » semble chercher désespérément à diversifier ses fournisseurs militaires. Pourquoi ? Eh bien, disons que la politique tarifaire du président américain Donald Trump sur l’acier et l’aluminium a laissé des traces et malmené notre secteur industriel.
Mélanie Joly, la ministre de l’Industrie, ne s’en cache pas vraiment. En entrevue, elle insiste sur le fait qu’on ne peut pas « contrôler le président Trump », mais qu’on peut contrôler nos investissements. L’objectif est clair : protéger la souveraineté, la sécurité, mais surtout créer de la job partout au pays. C’est un peu ça, le nerf de la guerre.
Duel aérien : Gripen contre F-35 et la carte Bombardier

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Bon, c’est là que ça se corse. Parce qu’on avait déjà sorti le chéquier, rappelez-vous. En 2022, le Canada avait commandé 88 appareils F-35 américains pour la coquette somme de 27 milliards de dollars. Une première commande de 16 de ces joujoux doit même arriver cette année. Alors, on fait quoi ? On annule tout ? On réduit la commande ?
C’est flou. Très flou. Bien que le dossier soit en révision depuis le printemps, personne n’ose confirmer si on va couper dans la commande de Lockheed Martin. D’ailleurs, la firme américaine ne se laisse pas faire. Eux aussi promettent la lune : 15 milliards de dollars en bénéfices économiques si on garde le cap sur les 88 appareils pour remplacer nos vieux CF-18. Les discussions continuent, aux dires de Mme Joly.
Mais Saab a un argument de poids, un argument très… local. Pour créer ces fameux 10 000 emplois et plus (directs et indirects, précisons-le), le plan inclut des usines en Ontario et au Québec. Et tenez-vous bien : les avions de surveillance GlobalEye seraient produits en collaboration avec Bombardier. Eh oui. Les jets Global, construits à Mississauga, serviraient de plateforme de base. Ça parle fort au cœur industriel du pays, ça.
L’idée de Saab, c’est de produire ici pour le marché canadien, mais aussi pour l’export. L’Ukraine, par exemple, a montré de l’intérêt pour une centaine de Gripen. Pour les GlobalEye, la France et l’Allemagne sont des clients potentiels. C’est séduisant sur papier, non ? Mais bon, certains experts doutent qu’on puisse gérer l’intégration de deux nouvelles flottes en même temps. C’est un cauchemar logistique en puissance.
L’avis des experts : entre ambitions économiques et réalité militaire

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On prévoit une hausse du budget militaire de 82 milliards de dollars sur cinq ans. C’est énorme. Le gouvernement veut que chaque dollar rapporte. La nomination de Christiane Fox comme sous-ministre à la Défense nationale envoie d’ailleurs un signal assez clair : on veut une nouvelle approche pour l’approvisionnement.
Mais attention, il y a des voix discordantes. Justin Massie, analyste militaire à l’UQAM et codirecteur du Réseau d’analyse stratégique, n’est pas convaincu. Pas du tout même. Pour lui, acheter 72 Gripen juste pour des emplois, c’est une erreur. « Il faut quand même avoir un chiffre qui est basé sur des considérations militaires », dit-il. Selon lui, ça sent la décision politique à plein nez.
Son inquiétude est très pragmatique : si on se retrouve avec seulement 16 F-35, le Canada risque de manquer à ses obligations pour la défense de l’Amérique du Nord (NORAD). Il craint, et c’est un point crucial, que les Américains refusent carrément d’intégrer des Gripen suédois dans leurs systèmes de défense. Son verdict est sans appel : une flotte de seulement 16 F-35, d’un point de vue militaire, c’est « inutile ».
Pourtant, lors de la phase technique de la compétition, les données obtenues par Radio-Canada montrent que le F-35 avait dominé ses rivaux sur le plan des capacités. Le choix initial de 2023 était basé là-dessus. Mais tout a changé quand Trump a remis en question notre souveraineté. Ah, la politique…
Ce que pensent les Canadiens : le facteur Trump

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Et le public dans tout ça ? C’est fascinant. Un sondage de la firme EKOS (réalisé du 28 novembre au 10 décembre auprès de 2024 répondants, marge d’erreur de 2,2 %) nous donne un aperçu. Une majorité de Canadiens veut du Gripen ! Soit en flotte unique (43 %), soit en flotte mixte (29 %). L’option 100 % F-35 ? Seulement 13 % d’appuis. C’est famélique.
Franck Graves, le président d’EKOS, met le doigt sur le bobo : tout ça est intimement lié à notre perception de Donald Trump. « Notre vision des États-Unis […] a radicalement changé », dit-il. On veut se rapprocher de l’Europe.
Les disparités régionales et politiques sont assez dingues :
- Les Verts (69 %), le NPD (60 %) et les Libéraux (51 %) plebiscitent le Gripen.
- Les Conservateurs sont les seuls à vraiment soutenir le F-35 (30 %), bien que l’appui reste minoritaire.
- Le Bloc québécois penche davantage pour la flotte mixte (36 %).
- En Colombie-Britannique, l’appui au Gripen atteint un sommet de 49 %, tandis que le F-35 y est impopulaire (9 %), tout comme au Québec.
- L’Alberta (18 %) et l’Atlantique (16 %) sont un peu plus chauds pour le chasseur américain.
Bref, c’est un casse-tête monumental. Entre les impératifs militaires, les promesses d’emplois alléchantes de Saab, et l’envie de s’éloigner de l’oncle Sam version Trump, le gouvernement marche sur des œufs.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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