Mark Carney en Chine : Entre faste diplomatique et opération séduction

Mark Carney en Chine : Entre faste diplomatique et opération séduction credit : lemorning.ca (image IA)

Le grand retour à Pékin

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C’est un départ qui ne passe pas inaperçu. Mark Carney s’envole ce mardi pour une visite officielle à Pékin, prévue du 14 au 17 janvier. Pour tout dire, c’est un événement majeur : il s’agit de la toute première visite d’un chef de gouvernement canadien en Chine depuis le voyage de Justin Trudeau en 2017… un déplacement que beaucoup, disons-le franchement, avaient qualifié de « désastreux ». Cette fois, le décorum est à son comble. Le premier ministre Carney aura droit au tapis rouge : accueil au Palais de l’Assemblée du peuple jeudi, cérémonie officielle de bienvenue, sans oublier les rencontres au sommet avec le président Xi Jinping et le premier ministre Li Qiang.

Cela rappelle étrangement le faste qui avait entouré les voyages de M. Trudeau, mais on espère à Ottawa que l’issue sera différente. Souvenez-vous, en 2016, Justin Trudeau s’était un peu « mis les pieds dans les plats », pour reprendre l’expression de l’ancien ambassadeur Guy St-Jacques. Il avait naïvement dit au président Xi qu’il allait l’aider à prendre sa place sur la scène internationale, un peu comme son père l’avait fait des décennies plus tôt. Une remarque perçue comme arrogante. M. St-Jacques, qui était présent, raconte même avoir été contacté par les Chinois ensuite : « Votre premier ministre n’a pas l’air de savoir à qui il s’adresse », lui avait-on lancé. Ça donne le ton.

Les fantômes de 2017 et la longue traversée du désert

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Il faut dire que l’historique est lourd. En 2017, alors que le Canada et la Chine semblaient prêts à lancer des négociations de libre-échange, tout a déraillé. L’insistance de Justin Trudeau à vouloir intégrer des valeurs progressistes, comme l’égalité des genres, dans les discussions commerciales a brusqué Pékin. Résultat ? La conférence finale commune a été purement et simplement annulée. Selon Jean-François Lépine, ancien représentant du Québec en Chine, M. Trudeau a « littéralement gâché cette option-là » à l’époque. Et on connaît malheureusement trop bien la suite.

L’année suivante, en 2018, l’arrestation à Vancouver de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, à la demande des Américains, a mis le feu aux poudres. La riposte chinoise a été brutale : la détention arbitraire des « deux Michael », Kovrig et Spavor, pendant plus de 1000 jours. Un froid diplomatique glacial s’est installé, et personne ne répondait plus au téléphone, littéralement. C’est dans ce contexte que la visite de Mark Carney, qui fait suite à un premier tête-à-tête avec Xi Jinping au sommet de l’APEC fin octobre, marque un tournant. Une source gouvernementale haut placée l’affirme : le simple fait que cette visite ait lieu est un « progrès concret ».

Rouvrir le dialogue et parler affaires (surtout les voitures)

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Même Michael Kovrig, qui a pourtant passé 1020 jours en prison là-bas, voit ce voyage d’un bon œil. En entrevue avec Radio-Canada, il explique que le pire, après son arrestation, c’était la rupture totale du dialogue. L’administration Trudeau se heurtait à un mur; Chrystia Freeland, alors aux Affaires étrangères, essayait d’appeler, mais personne ne décrochait. Pour M. Kovrig, il est crucial d’institutionnaliser des canaux de communication pour éviter que le prochain conflit ne mène à un autre gel total. Et Mark Carney a un atout : sa personnalité. Selon M. Lépine, les Chinois reconnaissent en lui « le banquier, le financier international », et non plus l’idéologue.

Mais au-delà des sourires, il y a l’épineux dossier économique, notamment celui des véhicules électriques. À l’automne 2024, le Canada a imposé une surtaxe de 100 % sur les véhicules électriques (et certains hybrides) fabriqués en Chine, histoire de montrer patte blanche à Washington. Une stratégie qui laisse la politologue Pascale Massot, de l’Université d’Ottawa, dubitative. Elle note que cela n’a pas vraiment aidé sur le front américain et a surtout provoqué des représailles chinoises sur le canola, le porc et les fruits de mer. Elle suggère plutôt de s’inspirer de l’approche européenne : des tarifs ciblés par entreprise, basés sur des calculs précis des subventions reçues. M. Lépine et M. St-Jacques pensent que le marché canadien, bien que fermé, pourrait s’ouvrir si Carney pose des conditions, comme obliger les entreprises chinoises à ouvrir des usines au Canada. Même Doug Ford a laissé entendre la semaine dernière qu’il n’était pas contre ce genre de compromis.

Conclusion : Réalisme et discussions en coulisses

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Attention toutefois à ne pas être naïf. La Chine joue une partie complexe. Comme le soulignent plusieurs observateurs, Pékin utilise la vieille tactique du « diviser pour régner ». Michael Kovrig et Jean-François Lépine s’accordent pour dire que la Chine cherche à créer des fossés entre les États-Unis et ses alliés, profitant des difficultés actuelles entre Ottawa et Washington pour se rapprocher du Canada ou du Mexique. Ils veulent un levier.

Quant aux sujets qui fâchent vraiment — on pense à Taïwan ou à l’emprisonnement de la figure pro-démocratie Jimmy Lai —, Pékin préférerait que Mark Carney garde le silence. Une source canadienne précise que ces enjeux délicats seront abordés, mais loin des micros. « On est pragmatique », confie cette source. Les désaccords seront exprimés de manière franche et directe, mais en privé. C’est, semble-t-il, l’approche jugée la plus efficace pour espérer des résultats sans braquer l’interlocuteur.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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