Venezuela et ressources canadiennes : l’ombre d’une intervention américaine plane-t-elle ?

Venezuela et ressources canadiennes : l’ombre d’une intervention américaine plane-t-elle ? credit : lemorning.ca (image IA)

Une inquiétude logique après l’intervention au Venezuela

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Les événements survenus ce week-end au Venezuela ont de quoi laisser songeur plus d’un pays riche en ressources. Je ne vous apprends rien en disant que les États-Unis sont entrés militairement au Venezuela, capturant le président déchu Nicolas Maduro et son épouse. Samedi, le président américain Donald Trump a annoncé qu’il allait diriger la transition du pays et prendre les rênes de son industrie pétrolière, la plus grande réserve de pétrole au monde. Voilà qui est dit.

Alors, on se pose naturellement la question ici, au Canada. Notre voisin du Sud, avec qui nous partageons la plus longue frontière terrestre du globe, vient de réaliser une opération militaire pour s’emparer du pétrole d’un autre pays. Et nous, nous avons aussi de grandes réserves naturelles. Du pétrole, bien sûr, mais aussi de l’eau – une ressource de plus en plus rare – et des minéraux critiques indispensables à la transition énergétique. On peut légitimement se demander si nous serions la prochaine cible. C’est une question troublante, je l’avoue.

Analyse des experts : Peu de risque militaire, mais des soucis économiques réels

J’ai discuté avec plusieurs spécialistes pour comprendre les risques réels. D’entrée de jeu, l’ancienne diplomate canadienne Louise Blais, qui a représenté le pays à l’ONU de 2017 à 2021, est assez claire : à court terme, il n’y a pas vraiment lieu de craindre une intervention armée au Canada. Elle ne croit pas qu’une opération militaire du style vénézuélien puisse se produire chez nous. Et Patrice Geoffron, un professeur d’économie français, partage cet avis. Il souligne qu’il est bien plus facile pour Washington d’exercer une pression sur un pays comme le Venezuela, avec des institutions fragiles et peu de soutien populaire, que sur une démocratie stable comme le Canada.

Mais attention, nuance Louise Blais, l’inquiétude n’est pas nulle pour autant. À long terme, cette prise de contrôle vénézuélienne peut avoir des répercussions sur la valeur de notre pétrole canadien. Pourquoi ? Parce que le pétrole vénézuélien et celui de l’Alberta, ce sont pratiquement les mêmes bêtes. Il s’agit de pétrole extralourd, un type de brut qui est compliqué et coûteux à raffiner pour le transformer en essence ou en diesel.

Ce qu’elle explique, et qui me semble logique, c’est qu’à moyen terme, les États-Unis auront accès à un pétrole moins cher et potentiellement plus facile d’accès que le nôtre. C’est inquiétant, elle a raison. Pour notre industrie pétrolière, la concurrence pourrait devenir rude. Pourtant, Alexandre Gajevic Sayegh, professeur à l’Université Laval, tempère un peu ce tableau. Il rappelle que même si le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées, sa production actuelle est anémique : environ 1,1 million de barils par jour. C’est très faible comparé à son potentiel.

Le vrai problème vénézuélien : Des infrastructures en ruine

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Le frein majeur à l’exploitation du pétrole vénézuélien, ce n’est pas son existence, mais l’état catastrophique de l’appareil productif. Il faut remonter à 2007 et à la politique du prédécesseur de Maduro, Hugo Chavez, pour comprendre. Sa nationalisation du secteur pétrolier a fait fuir les grands majors comme ExxonMobil et ConocoPhillips. Seule Chevron est restée, et encore, elle a dû réduire drastiquement ses activités. Le résultat, c’est une industrie en décrépitude.

Joseph Bouchard, journaliste et doctorant en science politique, résume bien la situation. Il dit que ça prendrait « énormément d’argent et énormément de temps » pour relancer la machine. Pensez-y : il faudrait injecter des milliards pour rénover les raffineries sur place, ou alors construire des systèmes pour transporter ce pétrole brut jusqu’aux États-Unis afin de le raffiner là-bas. Ce n’est pas un projet pour demain matin.

Eau, minéraux et le grand concept de l’hégémonie énergétique

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Au-delà du pétrole, il y a les autres ressources. M. Gajevic Sayegh rappelle que le Canada dispose aussi de réserves d’eau immense et de ces fameux minéraux critiques – lithium, cobalt, terres rares – essentiels pour les batteries de voitures électriques et la transition verte. Selon lui, même une administration Trump ne pourrait pas arrêter complètement le virage vers les énergies renouvelables. Mais la menace, elle, est d’une autre nature.

Frédéric Lasserre, un géographe de Laval, est plutôt rassurant sur ce point. Il ne croit pas à une invasion pour voler notre eau, ce serait, comment dire… démesuré ? Et puis, il y a la notion que plusieurs experts mentionnent : l’hégémonie énergétique. C’est un terme fort utilisé par Alexandre Gajevic Sayegh. L’idée, c’est que les États-Unis voient l’hémisphère occidental comme leur terrain de jeu, un peu comme leur arrière-cour. L’invasion du Venezuela envoie un signal clair : ils estiment pouvoir s’approprier des ressources naturelles assez facilement, comme le souligne Louise Blais.

Joseph Bouchard ajoute que Donald Trump a clairement exprimé une vision de politique étrangère centrée sur l’appropriation des ressources. Le Canada serait-il perçu comme un simple réservoir de matières premières pour les Américains ? C’est une crainte qui plane, même si un accaparement par la force semble improbable.

Le vrai danger, peut-être, n’est pas une armée qui traverse la frontière, mais une pression économique accrue. Cette nouvelle donne pourrait être utilisée comme un levier de négociation puissant, notamment lors des discussions sur l’ACEUM, l’accord commercial qui nous lie aux États-Unis et au Mexique. Ça, c’est un scénario beaucoup plus plausible et tout aussi préoccupant.

Conclusion : Un choc stratégique, pas un prélude à l’invasion

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Alors, pour résumer tout ça simplement ? D’après ce que disent les analystes, il ne faut pas se réveiller chaque matin en scrutant l’horizon pour voir débarquer des troupes américaines. Notre démocratie et nos institutions fortes nous protègent d’un scénario à la vénézuélienne. Ce serait un pas trop loin, même pour l’administration actuelle à Washington.

Cependant, il serait naïf de penser que cette affaire n’a aucun impact. Sur le plan économique, c’est une onde de choc. L’industrie pétrolière albertaine pourrait voir son modèle concurrencé par un pétrole vénézuélien qui, une fois relancé, pourrait être moins cher. Et sur le plan géopolitique, le message est clair : la politique de « l’Amérique d’abord » s’applique aussi aux ressources de ses voisins. Le Canada n’est peut-être pas une cible militaire, mais il est plus que jamais vu comme un fournisseur stratégique, ce qui change la nature des négociations à venir. En fin de compte, l’inquiétude est moins sur la souveraineté du territoire que sur la souveraineté économique et notre capacité à négocier d’égal à égal. C’est déjà beaucoup.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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