Venezuela : après la capture de Maduro, qui dirigera vraiment le pays ?

Venezuela : après la capture de Maduro, qui dirigera vraiment le pays ? credit : lemorning.ca (image IA)

Un pouvoir sans chef, dans une tension palpable

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On dirait le scénario d’un film politique à suspense. La scène ? Caracas, ce samedi. Après une attaque américaine et l’enlèvement, disons-le clairement, du président Nicolas Maduro, le pays est dans un vide apparent. La Cour suprême du Venezuela a bien nommé la vice-présidente, Delcy Rodriguez, pour assurer l’intérim. Mais tout le monde sait que la vraie désignation, c’est celle du président américain, Donald Trump. C’est lui qui, dans un communiqué, a épargné Madame Rodriguez des accusations criminelles que son gouvernement a portées contre Maduro et d’autres. Intriguant, n’est-ce pas ?

Après le point de presse de Trump, samedi, on a vu Delcy Rodriguez à la télévision d’État, flanquée de son frère Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale, du ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello, et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Une belle image d’union de façade, c’est sûr. Mais plusieurs experts, comme le professeur Jean Daudelin de l’Université Carleton à Ottawa, estiment que cette unité est fragile, qu’elle « ne tient pas à grand-chose ». Alors, dans ce chaos où l’armée se tait et où les groupes armés rôdent, qui peut vraiment prendre le contrôle ? L’avenir du Venezuela se joue entre quelques personnages clés, sous le regard très direct de la Maison Blanche.

Les poids lourds en lice : Cabello et Padrino Lopez

Les yeux se tournent d’abord vers le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello. Un homme au passé lourd. Figure historique du chavisme, il a été vice-président et président de l’Assemblée nationale sous Hugo Chavez. À la mort de Chavez en 2013, beaucoup le voyaient comme son successeur. C’est finalement Nicolas Maduro, jugé moins impressionnant, qui a pris les rênes, explique Jean Daudelin. Aujourd’hui, Cabello contrôle la police, le renseignement. C’est un dur, dit Daudelin, « c’est lui qui fait les arrestations, les morts en prison, la torture ». Son influence s’étend aussi aux « colectivos », ces groupes paramilitaires qui tiennent les quartiers et pratiquent l’extorsion.

Mais sa position est paradoxale. Il est puissant, mais son nom figure sur l’acte d’accusation américain publié samedi, aux côtés de ceux de Maduro et de sa femme. S’il y a un accord avec Washington, il pourrait devenir la « tête qu’il reste à livrer », selon Daudelin. Il est vraiment, si j’ose dire, sur la planche du bateau pirate.

De l’autre côté, il y a l’homme des armes : le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez. Jean Daudelin est catégorique : l’armée est la puissance politique la plus importante dans ce contexte. « Dans une situation chaotique comme celle qui se produit maintenant, je pense que c’est assez important d’avoir des armes ». Pourtant, le comportement de l’armée est troublant depuis l’enlèvement. La professeure de science politique vénézuélienne Maria Puerta Riera, basée au Valencia College en Floride, le souligne : l’armée n’a pas protégé Caracas, ni le gouvernement. « Il semble qu’elle ne soit pas fâchée de ce qui s’est passé », note-t-elle. Elle aurait-elle facilité l’opération américaine ? Ou serait-elle en accord avec Delcy Rodriguez ? Le ministre s’est contenté dimanche matin d’une vidéo dénonçant l’enlèvement et promettant de résister aux troupes étrangères. Un silence qui en dit long.

En 2019 déjà, lors de la tentative de coup de Juan Guaido, des rumeurs parlaient d’un ralliement de Padrino Lopez. Il est resté fidèle à Maduro, ce qui lui a permis de garder son poste. Ce qui suggère, selon Daudelin, qu’il a « un pouvoir propre assez fort ». Aujourd’hui, il détient peut-être la clé de la stabilité, ou de l’effondrement.

Les Rodriguez et le pari risqué de Trump

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La vice-présidente Delcy Rodriguez et son frère Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale, se retrouvent propulsés sur le devant de la scène par un étrange parrain : Donald Trump. La Cour suprême vénézuélienne a certes ordonné à Delcy d’assurer l’intérim. Mais c’est surtout l’acte d’accusation américain qui l’a « blanchie », en ne la visant pas, alors qu’elle est accusée Maduro d’être le chef d’un cartel de narcoterrorisme. Jean Daudelin s’interroge : « Si Maduro est le chef du cartel, il est difficile de croire que la vice-présidente serait complètement ignorante ».

Alors pourquoi Trump ? Pour Maria Puerta Riera, l’explication est simple : « Apparemment, l’administration Trump a pensé qu’elle conviendrait mieux à ses plans ». Donald Trump a été très clair dans une déclaration au magazine The Atlantic dimanche : « si [M. Rodriguez] ne fait pas la bonne chose, elle va le payer très cher, probablement plus cher que Maduro ». On ne peut pas être plus direct. Le calcul de Washington, selon Daudelin, serait de vouloir des partenaires « extrêmement dépendants » pour s’emparer du pétrole vénézuélien.

Pour arriver au pouvoir, les Rodriguez ont probablement dû montrer à Trump qu’ils avaient l’appui de Cabello (la force intérieure) et de Padrino Lopez (l’armée). Ce qui expliquerait pourquoi Trump a « balayé du revers de la main » Maria Corina Machado, la leader de l’opposition qui a pourtant remporté une écrasante majorité aux élections de l’été 2024 et à qui Trump a dédié son prix Nobel de la paix. Daudelin résume : Trump pense avoir « plus d’influence sur les chavistes, parce qu’ils n’ont aucune légitimité ». Un cynisme politique à l’état brut.

Le peuple vénézuélien, spectateur impuissant

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Et pendant que ces jeux de pouvoir s’opèrent, que vivent les Vénézuéliens ? Maria Puerta Riera, qui a pu parler à des proches sur place samedi soir, décrit une « tension » palpable, mais qui pourrait être mal interprétée. « On pourrait interpréter à tort cette tension comme du calme », dit-elle. Les gens de Caracas ont entendu les bombardements, mais pour la grande majorité de la population, c’est le flou le plus total. Pourquoi ?

Le régime a instauré, selon elle, « un black-out informationnel qui dure depuis des années ». Entre la censure, les médias d’État, et des revenus trop faibles pour s’offrir internet ou la télévision, la plupart des gens ignorent ce qui se passe vraiment. Et ils ont peur. « Les gens ne sortent pas, ils ne manifestent pas, même pas pour soutenir le régime », raconte-t-elle. Ils savent que même si l’armée vénézuélienne ne peut pas rivaliser avec les États-Unis, elle a « les capacités d’utiliser la force et la répression contre le peuple ».

La scène de samedi, avec seulement quelques partisans brandissant des portraits de Maduro et Chavez dans les rues de Caracas, en dit long sur l’isolement du régime et la peur qui règne. Le vrai pouvoir, pour l’instant, ne semble pas se jouer dans les rues, mais dans des bureaux, entre quelques individus, sous la surveillance étroite de Washington.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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