Narco-hypocrisie américaine : Quand Trump gracie un trafiquant et vise le Venezuela

Narco-hypocrisie américaine : Quand Trump gracie un trafiquant et vise le Venezuela credit : lemorning.ca (image IA)

Le paradoxe de la ‘narco-hypocrisie’

C’est un titre qui frappe, qui vous interpelle : « Narco-hypocrisie ». Le journal mexicain Milenio utilisait cette expression forte le 3 décembre, appuyée par une caricature bien acerbe, pour pointer du doigt une contradiction troublante dans la politique américaine récente. C’est vrai que le contraste est particulièrement choquant, même pour ceux qui suivent de près les soubresauts de la politique de Washington en Amérique latine.

D’un côté, le président Donald Trump a décidé, le 28 novembre, de gracier purement et simplement un ancien président de droite du Honduras, Juan Orlando Hernandez. Un homme condamné à New York en mars 2024 pour trafic de drogue, qui, pendant son mandat, avait facilité, voire organisé, l’acheminement de centaines de tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Pensez-y : une grâce pour un narcotrafiquant avéré!

De l’autre côté, et au même moment, l’armée américaine, sous le prétexte de cette même lutte contre le trafic de stupéfiants, mène depuis septembre des attaques militaires brutales en mer des Caraïbes et sur la côte Pacifique, bafouant parfois, semble-t-il, le droit international. Ce double standard pose sérieusement la question de la sincérité de la guerre à la drogue.

Des frappes meurtrières et des accusations de crimes de guerre

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Ces opérations militaires, menées sans preuves concrètes que les embarcations bombardées transportaient effectivement des trafiquants, ont provoqué une véritable tragédie humaine. On parle de plus de 80 morts entre septembre et novembre. C’est énorme. Mais le pire, c’est le scandale qui a éclaté autour du premier raid, celui du 2 septembre.

Des accusations très lourdes pèsent sur le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui aurait autorisé une deuxième frappe. Une seconde frappe… dirigée cette fois-ci contre des survivants qui s’accrochaient aux débris de leur bateau détruit! Même des élus républicains ont évoqué la possibilité d’un crime de guerre. J’imagine leur embarras.

Ce n’est pas moi qui le dis, attention, c’est David Cole, professeur de droit à Georgetown, qui a déclaré au Washington Post que ces actes étaient difficiles à considérer autrement que comme des meurtres prémédités, purs et simples. Et un commentateur de droite, George Will, dans le même journal, parle carrément d’une administration moralement répugnante qui réussit à faire des crimes de guerre sans qu’il y ait de guerre. On ne peut pas faire plus clair, non ?

Le Venezuela : un prétexte, des objectifs idéologiques

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Alors, si l’on est si clément avec les narcotrafiquants alliés, mais si brutal avec des suspects en mer, on peut légitimement se demander : la lutte contre la drogue n’est-elle pas juste un grand prétexte ? Je suppose que la réponse est évidente.

Le véritable objectif de Trump n’est pas tant d’éradiquer le trafic (qui passe majoritairement par la Colombie, le Mexique et le Honduras, soit dit en passant), mais bien de provoquer un changement de régime à Caracas. C’est de la brutale realpolitik, ce qui signifie que les préférences idéologiques et stratégiques passent avant tout le reste. Le Venezuela est clairement au centre de plusieurs enjeux majeurs pour Washington.

On pense aux flux migratoires, que Trump agite comme une menace à la sécurité nationale. Il y a aussi cette vieille idée de domination dans l’hémisphère, la fameuse doctrine Monroe. Sans oublier, bien sûr, le défi géopolitique où la Russie, la Chine et l’Iran se sont implantés. Mais, honnêtement, le point le plus lourd – certains diront surtout le plus important – reste les réserves de pétrole du Venezuela. L’appât du gain, ça marche toujours.

Un déploiement militaire démesuré pour attaquer caracas ?

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La question qui brûle les lèvres, c’est : est-ce que Trump a vraiment l’intention de déclencher une guerre contre l’État vénézuélien ? On parle d’un déploiement de forces navales absolument faramineux en mer des Caraïbes. Un septième de la puissance de feu totale des États-Unis, ça inclut même le porte-avions Gerald-Ford, le plus gros au monde, avec ses 75 avions et 4500 soldats. C’est une force démesurée pour de simples opérations anti-narcotrafiquants, franchement.

Mais attention, même ce déploiement spectaculaire pourrait être insuffisant. Le Venezuela est un pays immense, presque deux tiers de la taille du Québec, et sa topographie est complexe. Une invasion ne ressemblerait en rien à l’Opération Juste Cause, l’invasion éclair du Panama en 1989 pour arrêter Manuel Noriega. Ce n’est pas la même échelle.

L’espoir de Trump est peut-être que ce théâtre militaire convaincra Nicolás Maduro de s’en aller de lui-même, ou du moins qu’il inspirera une rébellion interne. Mais à Caracas, je suppose, on ne voit aucun signe d’une telle rébellion. La garde rapprochée, en partie cubaine, reste fidèle. Et même si huit millions de Vénézuéliens ont fui le régime, et que l’opposition a gagné les élections truquées de 2024, une invasion pourrait bien créer une résistance forte. Washington pourrait se retrouver dans un nouveau bourbier. On se demande bien si ça en vaut la chandelle.

Pardonner le trafiquant hondurien : l’ingérence électorale

Revenons au Honduras, car c’est là que l’hypocrisie atteint son paroxysme. D’un côté, on mène une guerre sans merci contre des bateaux suspects au nom de la lutte antidrogue. De l’autre, lorsque l’on parle de Juan Orlando Hernandez, trafiquant confirmé, le dur Donald Trump se transforme subitement en homme d’une grande mansuétude.

Trump prétend que Hernandez, malgré sa condamnation à 45 ans de prison pour avoir couvert des tonnes de coke, a été traité injustement par la justice américaine. Quelle drôle d’excuse, surtout de la part de quelqu’un qui n’aime pas beaucoup le système judiciaire de son propre pays. Pour cette raison, il l’a gracié.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Trump s’est carrément ingéré dans la présidentielle hondurienne. Il a mis une pression incroyable sur le scrutin du 30 novembre pour aider son protégé, Nasry Asfura, l’ex-maire de Tegucigalpa. À un moment donné, le décompte s’est interrompu deux fois, pour des histoires de « maintenance du système », ce qui sent évidemment la manipulation ou la corruption à plein nez. Ce type d’interventionnisme fait froid dans le dos.

La mainmise sur la droite latino-américaine

L’ingérence au Honduras s’inscrit en fait dans un schéma plus large. Trump cherche activement à rebâtir ce que l’on appelait autrefois l’« arrière-cour » de l’Amérique, remplie d’alliés alignés sur une droite, disons, très radicale. Regardez l’Argentine, par exemple. L’intervention de Trump a visiblement donné un coup de pouce au parti de Javier Milei lors des dernières élections de mi-mandat. Il a même promis (enfin, c’est une promesse non encore tenue) des dizaines de milliards de dollars si les Argentins « votaient bien ».

Au Honduras, l’appui de Washington a fait remonter Asfura dans la course, lui qui était à la traîne. Même si les deux principaux candidats, Asfura et Nasralla (qui est pourtant un libéral centriste, même s’il est considéré comme « quasi communiste » par Trump), sont de droite, la préférence va toujours vers le plus extrême. C’est ça, la nouvelle politique étrangère américaine dans la région.

Aujourd’hui, Trump peut déjà compter sur toute une collection d’alliés : le Salvadorien Nayib Bukele, l’Équatorien Daniel Noboa, et même le favori de la présidentielle chilienne, José Antonio Kast. Ce sont des relations d’intérêts, basées sur la loyauté, et ça se voit dans les remerciements. L’ex-président Hernandez, le trafiquant gracié, a écrit une lettre infiniment reconnaissante à « votre excellence Donald Trump ». C’est presque risible, si ce n’était pas si grave.

Conclusion : le coût de la realpolitik contradictoire

Cette « narco-hypocrisie » soulignée par la presse internationale n’est pas un simple hasard; c’est une stratégie de realpolitik décomplexée. D’un côté, on frappe durement les civils et les suspects en mer des Caraïbes au nom d’une guerre morale contre la drogue, une action qui est qualifiée par certains de « meurtre prémédité ». De l’autre, on absout un narcotrafiquant reconnu, un ex-président qui a inondé les États-Unis de cocaïne, simplement parce qu’il est un allié idéologique. Tout ça pendant qu’on déploie une force militaire monumentale au large du Venezuela, dont les vrais objectifs sont les ressources pétrolières et l’élimination des adversaires politiques, pas vraiment la lutte contre le narco-trafic.

Pour les États-Unis, cette approche vise à réaffirmer une domination dans une région où leurs rivaux (Chine, Russie, Iran) gagnent du terrain. Mais pour l’Amérique latine, c’est un signal clair : la justice et le droit international sont des concepts très malléables lorsque Washington doit servir ses intérêts politiques immédiats. Et c’est bien là le danger : une politique étrangère basée sur de telles contradictions est non seulement moralement répugnante, mais elle risque surtout d’entraîner le pays dans des conflits dont l’issue reste, au mieux, très incertaine.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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