Narco-hypocrisie américaine : Quand Trump gracie un trafiquant et vise le Venezuela
Adam David - 2025-12-05 10:36
credit : lemorning.ca (image IA)
Le paradoxe de la ‘narco-hypocrisie’

Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
D’un côté, le président Donald Trump a décidé, le 28 novembre, de gracier purement et simplement un ancien président de droite du Honduras, Juan Orlando Hernandez. Un homme condamné à New York en mars 2024 pour trafic de drogue, qui, pendant son mandat, avait facilité, voire organisé, l’acheminement de centaines de tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Pensez-y : une grâce pour un narcotrafiquant avéré!
De l’autre côté, et au même moment, l’armée américaine, sous le prétexte de cette même lutte contre le trafic de stupéfiants, mène depuis septembre des attaques militaires brutales en mer des Caraïbes et sur la côte Pacifique, bafouant parfois, semble-t-il, le droit international. Ce double standard pose sérieusement la question de la sincérité de la guerre à la drogue.
Des frappes meurtrières et des accusations de crimes de guerre

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Des accusations très lourdes pèsent sur le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui aurait autorisé une deuxième frappe. Une seconde frappe… dirigée cette fois-ci contre des survivants qui s’accrochaient aux débris de leur bateau détruit! Même des élus républicains ont évoqué la possibilité d’un crime de guerre. J’imagine leur embarras.
Ce n’est pas moi qui le dis, attention, c’est David Cole, professeur de droit à Georgetown, qui a déclaré au Washington Post que ces actes étaient difficiles à considérer autrement que comme des meurtres prémédités, purs et simples. Et un commentateur de droite, George Will, dans le même journal, parle carrément d’une administration moralement répugnante qui réussit à faire des crimes de guerre sans qu’il y ait de guerre. On ne peut pas faire plus clair, non ?
Le Venezuela : un prétexte, des objectifs idéologiques

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Le véritable objectif de Trump n’est pas tant d’éradiquer le trafic (qui passe majoritairement par la Colombie, le Mexique et le Honduras, soit dit en passant), mais bien de provoquer un changement de régime à Caracas. C’est de la brutale realpolitik, ce qui signifie que les préférences idéologiques et stratégiques passent avant tout le reste. Le Venezuela est clairement au centre de plusieurs enjeux majeurs pour Washington.
On pense aux flux migratoires, que Trump agite comme une menace à la sécurité nationale. Il y a aussi cette vieille idée de domination dans l’hémisphère, la fameuse doctrine Monroe. Sans oublier, bien sûr, le défi géopolitique où la Russie, la Chine et l’Iran se sont implantés. Mais, honnêtement, le point le plus lourd – certains diront surtout le plus important – reste les réserves de pétrole du Venezuela. L’appât du gain, ça marche toujours.
Un déploiement militaire démesuré pour attaquer caracas ?

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Mais attention, même ce déploiement spectaculaire pourrait être insuffisant. Le Venezuela est un pays immense, presque deux tiers de la taille du Québec, et sa topographie est complexe. Une invasion ne ressemblerait en rien à l’Opération Juste Cause, l’invasion éclair du Panama en 1989 pour arrêter Manuel Noriega. Ce n’est pas la même échelle.
L’espoir de Trump est peut-être que ce théâtre militaire convaincra Nicolás Maduro de s’en aller de lui-même, ou du moins qu’il inspirera une rébellion interne. Mais à Caracas, je suppose, on ne voit aucun signe d’une telle rébellion. La garde rapprochée, en partie cubaine, reste fidèle. Et même si huit millions de Vénézuéliens ont fui le régime, et que l’opposition a gagné les élections truquées de 2024, une invasion pourrait bien créer une résistance forte. Washington pourrait se retrouver dans un nouveau bourbier. On se demande bien si ça en vaut la chandelle.
Pardonner le trafiquant hondurien : l’ingérence électorale
Trump prétend que Hernandez, malgré sa condamnation à 45 ans de prison pour avoir couvert des tonnes de coke, a été traité injustement par la justice américaine. Quelle drôle d’excuse, surtout de la part de quelqu’un qui n’aime pas beaucoup le système judiciaire de son propre pays. Pour cette raison, il l’a gracié.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Trump s’est carrément ingéré dans la présidentielle hondurienne. Il a mis une pression incroyable sur le scrutin du 30 novembre pour aider son protégé, Nasry Asfura, l’ex-maire de Tegucigalpa. À un moment donné, le décompte s’est interrompu deux fois, pour des histoires de « maintenance du système », ce qui sent évidemment la manipulation ou la corruption à plein nez. Ce type d’interventionnisme fait froid dans le dos.
La mainmise sur la droite latino-américaine
Au Honduras, l’appui de Washington a fait remonter Asfura dans la course, lui qui était à la traîne. Même si les deux principaux candidats, Asfura et Nasralla (qui est pourtant un libéral centriste, même s’il est considéré comme « quasi communiste » par Trump), sont de droite, la préférence va toujours vers le plus extrême. C’est ça, la nouvelle politique étrangère américaine dans la région.
Aujourd’hui, Trump peut déjà compter sur toute une collection d’alliés : le Salvadorien Nayib Bukele, l’Équatorien Daniel Noboa, et même le favori de la présidentielle chilienne, José Antonio Kast. Ce sont des relations d’intérêts, basées sur la loyauté, et ça se voit dans les remerciements. L’ex-président Hernandez, le trafiquant gracié, a écrit une lettre infiniment reconnaissante à « votre excellence Donald Trump ». C’est presque risible, si ce n’était pas si grave.
Conclusion : le coût de la realpolitik contradictoire
Pour les États-Unis, cette approche vise à réaffirmer une domination dans une région où leurs rivaux (Chine, Russie, Iran) gagnent du terrain. Mais pour l’Amérique latine, c’est un signal clair : la justice et le droit international sont des concepts très malléables lorsque Washington doit servir ses intérêts politiques immédiats. Et c’est bien là le danger : une politique étrangère basée sur de telles contradictions est non seulement moralement répugnante, mais elle risque surtout d’entraîner le pays dans des conflits dont l’issue reste, au mieux, très incertaine.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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