Trump et le Venezuela : des accusations de narcotrafiquant au plan pour «diriger le pays», une parole passée au crible
Adam David - 2026-01-04 10:55
credit : lemorning.ca (image IA)
Les déclarations chocs de Trump après la capture de Maduro
Bon, écoutez, c’est une histoire qui fait froid dans le dos, et qui nous ramène à des heures sombres de l’histoire des relations internationales. Samedi dernier, vers 11h20, Donald Trump, l’ancien président réélu, s’est planté devant les journalistes dans le fameux « salon de thé » de sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride.
Pendant près d’une heure, il a parlé, il a justifié. Justifié quoi ? L’opération militaire américaine qui a abouti à la capture de Nicolas Maduro, le président du Venezuela. L’homme est maintenant, paraît-il, à bord du navire de guerre USS Iwo Jima, menottes aux poignets, avant un transfert vers New York. Une image forte, publiée par Trump lui-même sur Truth Social.
Mais voilà, dans ce discours, le président américain a aligné les affirmations. Des affirmations tellement péremptoires, tellement… définitives, sur Maduro, sur le Venezuela, sur l’avenir du pays. Radio-Canada a donc pris le temps d’appeler des experts, des spécialistes de l’Amérique latine, pour leur demander : mais est-ce que c’est vrai, tout ça ? Et leurs réponses, je dois vous le dire, sont pour le moins édifiantes. On va y aller point par point.
L’accusation de narco-État : un mensonge selon les experts

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Alors, la première et grosse accusation de Trump : « Maduro était le caïd d’un vaste réseau criminel responsable du trafic de grandes quantités de drogues mortelles aux États-Unis ». Il a toujours maintenu que le Venezuela était une plaque tournante du trafic, surtout du fentanyl.
Pour Jean Daudelin, professeur à l’Université Carleton, la réponse est sans appel : « C’est faux. » Point final. Il explique qu’il y a bien de la cocaïne qui transite par le Venezuela, mais qu’elle part principalement vers l’Europe. « Il n’y a pas de fentanyl qui vient du Venezuela », insiste-t-il. Ça, c’est clair.
Marie-Christine Doran, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, renchérit. Elle parle de « beaucoup de chiffres, plusieurs rapports » qui montrent que ce n’est pas le cas. La palme du trafic vers les États-Unis, selon elle, revient aux cartels mexicains. Pas au Venezuela.
Et puis, cette histoire de Maduro à la tête d’un cartel ? Pour les experts internationaux, c’est tout simplement infondé. « C’est mal connaître les cartels », lâche Mme Doran. Ces organisations criminelles, explique-t-elle, n’ont pas intérêt à avoir des chefs d’État comme représentants officiels. « C’est un personnage autoritaire, il n’y a aucun doute là-dessus. Mais de dire qu’il est à la tête d’un cartel, c’est sans fondement. » Elle va même jusqu’à qualifier l’affirmation de « mensonge ». Jean Daudelin ajoute, plus prudent mais sceptique, que Maduro est probablement impliqué dans de la corruption, mais « de là à dire qu’il serait à la tête d’un réseau criminel ? J’ai hâte de voir les preuves. »
« Nous allons diriger le Venezuela » : un plan jugé surréaliste

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La déclaration qui a le plus fait réagir, c’est celle-là. Trump a annoncé que les États-Unis allaient « diriger le Venezuela » jusqu’à assurer une « transition sûre, appropriée et judicieuse ». On se croirait revenu à l’époque des colonies, non ? Mais en plus, il est resté très vague. Sous la pression des journalistes, il a juste laissé entendre que des proches, comme le secrétaire d’État Marco Rubio et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, pourraient faire partie d’un groupe pour administrer le pays.
Jean Daudelin trouve ce scénario « farfelu ». Et il donne des arguments de poids. Selon lui, le gouvernement vénézuélien actuel ne contrôle déjà même pas son propre territoire, gangrené par un « essaim complexe de groupes armés, de milices et d’organisations criminelles ». « Écoutez, le gouvernement vénézuélien ne contrôle même pas ses propres prisons. Alors de penser qu’un comité avec Marco Rubio et Pete Hegseth contrôlerait le pays à distance… », ironise-t-il.
En plus, Trump a carrément rejeté de collaborer avec ce qui reste du gouvernement Maduro… et même avec l’opposante en exil, María Corina Machado, prix Nobel de la Paix, qu’il a qualifiée de « femme très gentille » mais sans soutien dans son pays. Daudelin contredit encore une fois le président américain : les dernières élections ont montré un appui massif à Machado. Même après qu’elle ait été déclarée inéligible, son remplaçant, un illustre inconnu nommé Edmundo Gonzalez Urrutia, a obtenu près des deux tiers des voix parce qu’elle l’avait choisi.
Sa conclusion est cinglante : « [Donald Trump] ne veut pas le régime, il ne veut pas l’opposition. L’idée qu’il pourrait gouverner le pays à distance me semble surréaliste. À court terme, ça pourrait donner quelque chose de très chaotique. » On imagine le bazar.
Le pétrole vénézuélien : un « vol » historique ? Une autre contre-vérité

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Là, Trump est remonté. Il a accusé le Venezuela d’avoir « saisi et vendu unilatéralement du pétrole et de l’équipement américain », qualifiant ça du « plus grand vol de propriétés américaines de l’histoire ». Il évoquait les 20% des réserves mondiales de pétrole que détient le pays, et l’idée que les compagnies américaines, qui auraient créé le secteur, en auraient été dépouillées.
Marie-Christine Doran dit encore une fois : « C’est un mensonge. » Et elle sort les dates. La nationalisation du pétrole au Venezuela, elle a commencé en 1943, bien avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Oui, vous avez bien lu, 1943. Donc, ce n’est pas une idée de Chavez ou de Maduro.
Après la nationalisation, les gouvernements vénézuéliens vendaient le pétrole à des compagnies américaines qui le raffinaient. Quand Chavez est arrivé, il n’a pas exproprié ces compagnies. Non. Il a voulu renégocier les contrats pour obtenir des redevances plus élevées. Et c’est là que le bât blesse : les compagnies américaines ont refusé. « Ce n’est pas vrai que le pétrole a été volé aux compagnies américaines. Elles n’ont pas accepté les conditions de Chavez », martèle la professeure.
Pourtant, Trump a été très clair sur ses intentions futures : « Nous allons extraire d’énormes richesses du sol », a-t-il promis, assurant qu’une part irait au peuple vénézuélien, mais qu’une autre servirait de « dédommagement pour les dommages que ce pays nous a causés ». Un discours qui sonne comme une justification pour un contrôle direct des ressources.
La Colombie dans le viseur : une accusation « absurde » contre Petro

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Et comme si le Venezuela ne suffisait pas, Trump a aussi pointé du doigt la Colombie. Il a déclaré que son président, Gustavo Petro, « fabrique de la cocaïne et l’expédie aux États-Unis », ajoutant qu’il « doit vraiment surveiller ses arrières ». Sous-entendu : il pourrait être le prochain sur la liste.
Là, les experts sont encore plus catégoriques. Pour Marie-Christine Doran, l’accusation est « absurde et complètement échevelée ». Elle s’emporte presque : « S’il y a bien quelqu’un qui n’est pas un narcotrafiquant, c’est Petro. C’est la dernière personne en Amérique latine qu’on pourrait accuser d’être un trafiquant de drogue. » Au contraire, son administration est engagée dans une lutte difficile contre les groupes criminels qui contrôlent justement le trafic, et plusieurs de ses proches ont été victimes de tentatives d’assassinat.
Jean Daudelin abonde dans son sens. « Les menaces de Trump à l’endroit de la Colombie sont extraordinaires », dit-il. Il souligne que Gustavo Petro n’a jamais volé d’élection, et qu’aucune preuve n’a jamais montré son implication dans le trafic. Et il lance un avertissement : si Trump choisit de s’attaquer à la Colombie, il n’aura pas les mêmes prétextes que pour Maduro, un dirigeant d’un « régime corrompu ».
Finalement, tout ça donne l’impression d’une justification à géométrie variable, d’une rhétorique qui mélange allègrement faits, approximations et… disons-le, des contre-vérités. Un expert cité par Radio-Canada résume d’ailleurs la situation d’une phrase qui fait froid dans le dos : « Les États-Unis se rabaissent au rang de voyous ». Ça donne à réfléchir, sérieusement.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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