L’éclat des soldes de l’Après-Noël a bien pâli, selon les consommateurs

L’éclat des soldes de l’Après-Noël a bien pâli, selon les consommateurs credit : lemorning.ca (image IA)

Une tradition en perte de vitesse

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Vous souvenez-vous des files interminables devant les grands magasins le 26 décembre au matin ? Ces images de foules compactes, prêtes à bousculer les portes pour dénicher la perle rare en promotion… Eh bien, on dirait que cette époque est bel et bien révolue. Le fameux « Boxing Day », comme on l’appelle parfois, n’a décidément plus le même éclat. C’est ce que constate Radio-Canada sur le terrain, un vendredi 26 décembre 2025 plutôt frisquet à Montréal et en banlieue.

Si certains chasseurs de bonnes affaires sont encore au rendez-vous, l’effervescence n’est plus la même. On sent comme un essoufflement. Les consommateurs sont devenus plus méfiants, plus stratégiques. L’inflation qui pèse sur le portefeuille, et puis cette sacrée habitude de magasiner en ligne, tout ça a changé la donne. C’est une véritable transformation des habitudes d’achat que l’on observe.

Des consommateurs déçus et un enthousiasme en berne

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Christian, un Montréalais croisé au Centre Eaton, résume l’avis de beaucoup : « Le Boxing Day, ce n’est plus ce que ça a déjà été. » Venu jeter un coup d’œil aux offres, il est reparti plutôt déçu, avec un sentiment partagé par d’autres acheteurs. Une consommatrice aux Promenades Saint-Bruno, sur la Rive-Sud, confirme : « Sur certaines choses, je suis certaine que je fais une bonne affaire, mais pas sur tout. » La méfiance règne. Beaucoup, comme Christian, comparent les prix avant le 26 décembre pour vérifier l’authenticité des rabais. « Des fois, ils mettent des choses en rabais qui ne le sont pas vraiment », soupçonne-t-il.

Ce scepticisme est nourri par la pression financière. Amanda San Pedro, une autre cliente du Centre Eaton, avoue : « J’essaie d’acheter seulement quand j’en ai besoin et, quand c’est le cas, j’attends les soldes. » Constanta, une de ses compagnes de shopping, partage ce point de vue et ajoute même avoir été déçue par la qualité des promotions cette année : « Je m’attendais à des meilleures soldes. »

Le constat est aussi celui des professionnels. Damien Silès, le président-directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), le reconnaît sans détour : le Boxing Day n’a plus l’effervescence d’il y a quelques années. On est loin des queues devant les magasins avant même leur ouverture. Même si Radio-Canada a observé des foules et de longues files – malgré le froid mordant – devant certains commerces du centre-ville de Montréal, la différence avec les « marées » de clients d’antan est nette.

Le grand bouleversement : le magasinage en ligne et la résistance du physique

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La révolution numérique est passée par là. « De plus en plus de consommateurs font leurs achats derrière un écran », souligne le reportage, ce qui explique en bonne partie la baisse d’achalandage dans les centres. Un homme d’une cinquantaine d’années, rencontré devant les Promenades Saint-Bruno, en est l’illustration parfaite : il venait juste récupérer des achats faits sur Internet. « Je ne vais pas faire la file et je vais pouvoir avoir assez rapidement [ce que je suis venu chercher] », explique-t-il, pragmatique, tout en notant que le centre commercial était déjà « pas mal plein ». Un autre consommateur abonde en disant préférer faire livrer chez lui « tout ce qui est accessible sur Amazon ».

Pourtant, le magasin physique résiste, et même connaît un regain d’intérêt après la pandémie, selon Thierry Lopez, porte-parole de Best Buy. Dans cette enseigne, où les soldes ont commencé dès le 24 décembre, une foule s’était tout de même déplacée. Paul-André Goulet, propriétaire de plusieurs magasins Sports Experts et Atmosphère et vice-président du Conseil administratif de Montréal Centre-Ville, défend aussi l’expérience en boutique. Pour lui, l’achat en personne reste très populaire, particulièrement pour certains produits. Il estime ainsi que neuf transactions sur dix se concluent en succursale. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour des articles comme des skis ou d’autres équipements sportifs, on a besoin de les voir, de les toucher, de les essayer. L’achat en ligne ne s’y prête pas vraiment.

Une période de rabais qui s’étire et crée de la confusion

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Le phénomène est intéressant et, il faut le dire, un peu frustrant pour les consommateurs : la période des soldes s’étire de plus en plus. Des bannières comme Sports Experts, Dynamite et Wayfair choisissent d’offrir leurs rabais de l’Après-Noël quelques jours *avant* le 26 décembre. Une stratégie que décrypte Maurice Doyon, professeur à l’Université Laval et spécialiste en économie comportementale. Selon lui, c’est la concurrence acharnée entre commerçants qui les pousse à devancer ainsi leurs promotions.

Mais cette course en avant a un effet pervers : elle brouille les pistes. « Ça crée de la confusion chez le consommateur », explique M. Doyon. La question qui taraude l’acheteur devient : « Est-ce que c’est vraiment un rabais du Vendredi fou ou est-ce que je devrais attendre encore un peu ? » Le professeur met en garde : à long terme, cette stratégie pourrait plutôt nuire à l’engouement général pour les soldes. D’ailleurs, parmi les passants interrogés par Radio-Canada, aucun n’avait profité des soldes avant le vendredi 26 décembre, ce qui laisse penser que la majorité attend encore la date « officielle », ou est perdue dans ce calendrier de promotions éclaté.

Alors, que reste-t-il du frisson des soldes ? Un mélange d’habitudes anciennes qui résistent, de nouvelles pratiques qui s’imposent, et d’une méfiance croissante face aux promotions dont l’authenticité n’est plus toujours garantie. Le paysage de la consommation post-fêtes a profondément changé.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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