Daniel Jolivet recouvre la liberté après 33 ans derrière les barreaux

Daniel Jolivet recouvre la liberté après 33 ans derrière les barreaux credit : lemorning.ca (image IA)

Un homme de 68 ans retrouve la liberté sous conditions

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Vendredi dernier, le 19 décembre 2025, un tournant majeur s’est produit dans une affaire judiciaire qui dure depuis plus de trois décennies. Daniel Jolivet, un homme de 68 ans détenu depuis plus de 33 ans pour un quadruple meurtre qu’il a toujours nié avoir commis, a finalement franchi les portes du palais de justice de Montréal en homme libre. Enfin, libre sous conditions, car la juge Lyne Décarie a accueilli favorablement sa demande de remise en liberté provisoire dans l’après-midi.

Vers 18 h 30, vêtu d’un manteau d’hiver que son avocat l’aidait à enfiler, M. Jolivet a partagé son soulagement aux journalistes qui l’attendaient. « Ça va bien, ça va mieux. Le combat n’est quand même pas fini, mais c’est un poids de moins. On dirait que j’ai rajeuni! », a-t-il confié, la voix chargée d’une émotion palpable. Il a aussitôt rendu hommage à son défenseur, Me St-Jacques, sans qui, selon ses propres mots, il serait encore en prison, reconnaissant son courage mais admettant que la patience lui manquait parfois.

Cette libération n’est pas un cadeau de Noël anticipé pour lui, loin de là. « Je ne vois pas ça comme un cadeau de Noël. Ils auraient dû me donner ce ‘cadeau’ la semaine après mon arrestation […] », a-t-il déclaré avec une pointe d’amertume, avant d’affirmer une fois de plus son innocence, qu’il clame depuis le 14 novembre 1992. Pour marquer le coup, il a même lancé, sur un ton plus léger, qu’il avait envie de boire une bière d’épinette et de manger des cigares au chou. Un moment de légèreté dans un parcours judiciaire lourd.

Les rouages d’une libération provisoire et ses conditions strictes

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Cette libération historique est le fruit d’une audience tenue mercredi après-midi à la Cour supérieure du Québec. L’homme purgeait une peine de prison à vie pour les meurtres par balles de deux hommes et de deux femmes survenus à Brossard en 1992. Son avocat, Me Nicolas St-Jacques de Projet Innocence Québec, a plaidé pour sa libération en attendant la fin de l’enquête du Groupe de révision des condamnations criminelles (GRCC) du ministère fédéral de la Justice, une procédure qui pourrait encore durer d’un à quatre ans.

La juge Décarie a été convaincue par le sérieux du plan de réinsertion présenté, un plan qui inclut un soutien psychologique et un accompagnement social. « J’ai rarement vu un plan de sortie aussi sérieux », a-t-elle souligné, en louant le professionnalisme des personnes impliquées. Mais cette liberté est encadrée : M. Jolivet doit respecter un ensemble de conditions strictes. Il lui est notamment interdit de demander un passeport, de communiquer avec les proches des victimes ou de consommer de la drogue.

Ému aux larmes devant la cour, il a promis de tout respecter. « Je voulais vous remercier du fond du cœur. Je vais respecter toutes les conditions », a-t-il dit à la juge, ajoutant que c’était la première fois qu’il était heureux dans un palais de justice. Son avocat, qui le défend pro bono depuis plus de 17 ans et croit fermement en son innocence, a même payé la caution de 50 000 $ et prendra en charge son loyer pour la prochaine année. Il a décrit un homme droit et courageux, qui a toujours refusé d’avouer un crime qu’il dit n’avoir pas commis, même si cela aurait pu faciliter une libération conditionnelle plus tôt.

Un long combat judiciaire et la reconnaissance d’une possible erreur

Il est crucial de comprendre que M. Jolivet n’est pas acquitté pour autant. Il a été condamné en 1994 pour deux chefs de meurtre au premier degré et deux au deuxième degré. Si la Cour d’appel avait ordonné un nouveau procès en 1998, la Cour suprême a rétabli le verdict de culpabilité en 2000. Il a multiplié les recours en vain, allant jusqu’à déposer une demande de révision auprès du ministre fédéral en 2005, rejetée en 2007, puis en 2008 et 2009, et une demande de contrôle judiciaire en 2010.

Le vent a tourné en 2025. D’abord, le procureur en chef aux poursuites criminelles et pénales du Québec, Me Benoit Lauzon, a estimé en octobre qu’il existait des motifs raisonnables de conclure que M. Jolivet n’avait « probablement pas eu droit à un procès juste et équitable ». Trois semaines plus tard, le gouvernement fédéral a admis qu’il y avait des motifs raisonnables de croire à une erreur judiciaire potentielle. C’est ce qui a déclenché l’enquête d’un avocat indépendant pour le GRCC. Ses conclusions éclaireront le ministère de la Justice, qui devra décider d’ordonner un nouveau procès ou de renvoyer l’affaire en appel. C’est seulement à l’issue de cette nouvelle procédure que l’acquittement pourrait être prononcé.

Les failles dans la preuve qui ont tout changé

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Alors, qu’est-ce qui a fait basculer l’opinion des autorités après toutes ces années ? L’avocat Me Nicolas St-Jacques a exposé lors de l’audience des lacunes graves dans la divulgation de la preuve par la Couronne à l’époque du procès. Le dossier de l’accusation reposait largement sur le témoignage d’un seul homme : Claude Riendeau, un ex-policier impliqué dans le crime organisé qui agissait comme délateur. Selon lui, Daniel Jolivet lui aurait fait des aveux le lendemain matin des meurtres, dans un restaurant.

Le problème ? Des relevés téléphoniques récupérés bien plus tard montraient que M. Jolivet passait des appels téléphoniques au moment même où, selon Riendeau, la conversation aurait eu lieu. Ces pièces cruciales n’avaient jamais été transmises à la défense. Pire encore : M. Jolivet avait toujours soutenu être occupé ce matin-là à chercher un bijou pour une amie. Ses avocats ont fini par retrouver la déclaration d’un bijoutier qui confirmait sa visite ce jour-là… une déclaration que la Couronne avait, elle aussi, omis de divulguer.

Ces éléments, s’ils avaient été connus de la défense en 1994, auraient pu complètement miner la crédibilité du principal témoin à charge et influencer l’issue du procès. Me St-Jacques a martelé que son client, bien qu’admettant un passé criminel, a toujours catégoriquement nié ces quatre meurtres. Un déni qui lui a peut-être coûté des années de liberté, mais qu’il a préféré à un aveu mensonger pour sortir plus tôt.

Conclusion : Un pas vers la réhabilitation, mais l’ultime bataille judiciaire reste à venir

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La sortie de Daniel Jolivet est donc un moment historique, douloureux et plein d’espoir. C’est la fin de 33 ans de détention, mais ce n’est que le début d’une nouvelle phase, peut-être tout aussi longue, pour obtenir justice et un éventuel acquittement. Le système reconnaît enfin que des choses ont pu très mal se passer. La juge Décarie a salué la ténacité de son avocat, et l’État, via le procureur Benoit Lauzon, a admis la possibilité d’un grave dysfonctionnement.

Pour cet homme de 68 ans, le chemin reste long. Il devra reconstruire une vie à l’extérieur tout en respectant des conditions strictes, et surtout, attendre la conclusion de l’enquête du GRCC. Son cas rappelle cruellement que la justice, aussi imparfaite soit-elle, doit sans cesse être questionnée. L’affaire Jolivet n’est pas terminée, mais pour la première fois depuis novembre 1992, il peut respirer l’air libre. Un soulagement immense, certes, mais un soulagement qui vient, il faut le dire, avec un goût d’inachevé et la lourdeur d’une vérité toujours à établir.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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