Coupures à l’École de police : la sécurité sacrifiée pour des économies de « bout de chandelle » ?
Mathieu Gagnon - 2026-01-12 11:30
credit : lemorning.ca (image IA)
Un coup dur pour l’expertise policière

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C’est une nouvelle qui a de quoi faire sourciller, surtout quand on parle de sécurité publique. Imaginez un peu : dans un souci purement comptable d’atteindre l’équilibre budgétaire, l’École nationale de police du Québec (ENPQ) a décidé de sabrer dans ses effectifs spécialisés. On ne parle pas ici de couper dans la papeterie, mais bien de l’abolition de quatre postes de psychologues et de cinq postes de conseillers en évaluation.
Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire pour nous ? Eh bien, l’ENPQ cesse d’offrir son service d’évaluation pour le recrutement. Et attention, on ne parle pas de n’importe quels postes. Il s’agit de la sélection de policiers aspirant à des fonctions à haut risque : membres de groupes tactiques d’intervention, agents d’infiltration ou encore maîtres-chiens. C’est tout le Centre d’évaluation des compétences et aptitudes professionnelles (CECAP) qui écope, lui qui s’occupait aussi des tests psychométriques pour les cadres et gestionnaires. Une décision qui, aux yeux du syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, risque ni plus ni moins de compromettre la sécurité publique.
La logique comptable de l’École et la colère syndicale

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Pour tenter de justifier cette pilule difficile à avaler, le directeur national de l’ENPQ, Pierre St-Antoine, met en avant un plan de compression lancé le 8 décembre dernier. Selon lui, l’école doit se « recentrer sur sa mission première ». Il énumère : former des aspirants, des enquêteurs, faire du perfectionnement… bref, le CECAP ne serait pas viable financièrement et logistiquement. Il va même jusqu’à dire que beaucoup d’investissements auraient été nécessaires pour maintenir ce service, qui, précise-t-il, n’est pas listé nommément dans la Loi sur la police.
M. St-Antoine semble minimiser l’impact en soulignant que la Sûreté du Québec et le SPVM n’utilisent déjà pas ce service et qu’ils « s’en sortent bien ». Son argumentaire ? Des conseillers en ressources humaines agréés auraient les mêmes compétences que ces psychologues industriels, et les tests utilisés sont simplement des « tests du marché ». Une vision qui fait bondir le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Eux, ils voient les choses tout autrement.
C’est la perte d’une expertise bâtie depuis 1978 qui est en jeu. Sophie Ferguson, la deuxième vice-présidente du SPGQ, ne mâche pas ses mots : « C’est très inquiétant ! Ça prend des évaluations spécialisées et rigoureuses pour ce type de postes ». Pour elle, ce sont des « économies de bout de chandelle » faites au détriment de la sécurité de la population, alors que ce service desservait une vingtaine de corps policiers. Guillaume Bouvrette, le président du syndicat, renchérit en qualifiant la situation d’absurde : « On pellette tout simplement la facture aux corps policiers qui devront payer plus cher au privé pour un service de moins bonne qualité ».
Le ministre appuie la décision, les psychologues s’inquiètent

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Du côté politique, le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, se range derrière l’ENPQ. Lui-même ancien policier du SPVM, il réfute l’idée que le privé serait plus dangereux. Il admet être « déçu et attristé » pour les neuf personnes qui perdent leur emploi sur les 700 employés de l’école, mais il insiste : l’évaluation de la gestion des émotions n’a rien à voir avec les compétences policières pures. Il suggère même qu’un psychologue interne peut avoir des biais.
Mais ce qui est peut-être le plus troublant dans cette histoire, c’est ce que soulève l’Ordre des psychologues du Québec. Ces compressions signent l’arrêt de mort d’un programme d’apprentissage de six mois, créé tout récemment en 2023, qui formait les psychologues à la réalité et au jargon policier. La présidente de l’Ordre, la Dre Christine Grou, se questionne ouvertement : « Je me demande s’il y aura une réelle économie sur le plan sociétal, sur le plan humain ». Elle rappelle une vérité crue : les policiers font face à des traumatismes, au stress post-traumatique et à une pression sociale énorme. Remplacer cette expertise pointue par des solutions de rechange n’est pas nécessairement moins coûteux à long terme.
Conclusion : Un silence qui en dit long

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Alors que le ministre tente de rassurer en mentionnant que l’ENPQ aura la nouvelle tâche de former les contrôleurs routiers, le malaise persiste. On déshabille Pierre pour habiller Paul, diront certains. Et pendant que le débat fait rage entre la logique comptable du gouvernement et les cris d’alarme des experts en santé mentale, d’autres acteurs majeurs restent muets.
En effet, ni la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, ni l’Association des directeurs de police du Québec n’ont souhaité commenter ces compressions pour l’instant. Un silence qui laisse planer encore plus de questions sur l’avenir de l’encadrement psychologique de nos forces de l’ordre.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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