Le Sud de l’Ontario, un épicentre pour la traite des personnes au Canada

Le Sud de l’Ontario, un épicentre pour la traite des personnes au Canada credit : lemorning.ca (image IA)

Un sombre portrait chiffré

C’est une réalité troublante que les chiffres officiels commencent tout juste à révéler. Le Sud de l’Ontario est en train de devenir l’épicentre de la traite de personnes au Canada. Je veux dire, les données sont carrément alarmantes. On parle d’une véritable explosion des signalements, et certaines villes affichent des taux qui vous donnent froid dans le dos.

Prenons Guelph, par exemple. Cette petite ville à une centaine de kilomètres à l’ouest de Toronto a enregistré un taux de 10,67 crimes de traite rapportés pour 100 000 habitants en 2024. Pour vous donner une idée, c’est près de neuf fois la moyenne nationale. C’est un bond spectaculaire, car son taux n’était que de 1,28 en 2023. Et ce n’est pas un cas isolé, loin de là.

En fait, sept des dix villes canadiennes où le taux de traite de personnes est le plus élevé se trouvent en Ontario. Toutes, et c’est un point crucial, toutes sont situées le long ou à proximité de l’autoroute 401, ce grand corridor qui traverse la province d’est en ouest. C’est comme une autoroute du crime, un vecteur pour les trafiquants, si on peut dire les choses ainsi.

À l’échelle provinciale, les corps policiers ont enregistré 321 cas en 2024. Une augmentation de 231% depuis 2014. C’est colossal. À l’échelle du pays, la tendance est aussi à la hausse : le taux national par 100 000 habitants a presque triplé en dix ans, passant de 0,40 en 2014 à 1,22 en 2024.

L’autoroute 401 et la réalité cachée derrière les chiffres

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Lors d’une rencontre de sensibilisation dans la région de Niagara, Nyarayi Kapisavanhu, directrice exécutive de l’organisme TOES Niagara, a eu cette phrase frappante : « L’économie touristique de Niagara et l’accès au corridor de l’autoroute 401 rendent la région propice, malheureusement, aux trafiquants d’êtres humains. » C’est dur à entendre, mais ça met le doigt sur le problème. L’autoroute 401, et son extension québécoise, la 20, est identifiée par le Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes comme étant clairement associée à ce crime au pays.

James Graham, de l’unité spécialisée de la police de Guelph, le confirme : la proximité avec cette autoroute et les grands centres urbains peut en faire une plaque tournante. London, Ontario, a même enregistré le taux le plus élevé du pays sur la période 2014-2024 pour les villes avec plus de 10 crimes rapportés, atteignant un pic de 11,40 événements pour 100 000 habitants en 2022.

La ville de Toronto, elle, a enregistré le plus grand nombre absolu de crimes de traite en 2024, avec 144 cas. Bien sûr, rapporté à ses 7 millions d’habitants, le taux par habitant reste relativement bas, mais le volume est là. Un rapport récent de Statistique Canada, qui combine les infractions liées au Code criminel et à la Loi sur l’immigration, confirme que l’Ontario reste largement surreprésenté.

Et il faut être honnête, ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne seraient que la pointe de l’iceberg. Ils proviennent du Programme de déclaration uniforme de la criminalité, qui ne compile que les événements signalés aux services de police. Scott Tracey, porte-parole de la police de Guelph, le dit clairement : « Nous sommes certains que nous ne faisons qu’effleurer la surface. » Robyn Bourgeois, professeure associée à l’Université Brock et survivante elle-même, ajoute que « les survivants ne se manifestent souvent pas ».

Une réalité bien différente des clichés hollywoodiens

Il y a un décalage énorme entre ce qu’on imagine et la réalité du terrain. On pense souvent à des victimes enchaînées dans des caves, attendant d’être sauvées… c’est ce que montrent les films. Mais la réalité est plus insidieuse, plus sournoise. Le Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes l’explique : les trafiquants utilisent bien plus la coercition psychologique, la manipulation, l’isolement que la contrainte physique.

Robyn Bourgeois le confirme, elle qui a survécu à ce crime. « C’est souvent dissimulé sous l’apparence d’une relation. Ça peut être coercitif, ça peut être manipulateur, et ça peut ressembler à une relation. Cela peut être perçu comme un choix. » Elle va même plus loin : « La traite est quelque chose qui prive une personne de son pouvoir. Chaque choix vous est enlevé. Votre vie ne vous appartient plus. » Son cas est parlant : première de sa classe, elle s’est retrouvée victime moins de six mois après son diplôme. Elle n’aurait jamais imaginé que ça lui arriverait.

Les policiers sur le terrain voient la même chose. Scott Tracey de Guelph précise que ce sont généralement des jeunes femmes et des filles exploitées par des personnes qu’elles connaissent : un ami, un membre de la famille, ou souvent, un partenaire intime. À Guelph, le sergent-détective Adam Roszell combat cette idée fausse que « c’est quelque chose qui se passe ailleurs, que ça n’arrive pas ici ». Il affirme qu’au quotidien, ils voient bien que ça se produit, et de plus en plus.

À Niagara, la détective Kendra Lawrie a présenté une réalité similaire le 25 novembre dernier. Beaucoup ne pensent pas que ça existe chez eux. Pourtant, son unité a traité 159 enquêtes en 2024, un record sur trois ans.

Niagara : un exemple frappant et une nouvelle approche

La région de Niagara est une illustration brutale de l’ampleur du phénomène, mais aussi des progrès dans sa détection. Les statistiques internes de la police régionale de Niagara montrent que 48 victimes ont été identifiées en 2024, contre seulement six en 2023. C’est une augmentation de 700%. Chiffre choquant. Et parmi ces victimes identifiées en 2024 et 2025, 19 étaient mineures, soit près de 40%.

Stephanie Sabourin, la porte-parole de la police de Niagara, explique cette hausse vertigineuse par « l’intensification des efforts de sensibilisation dans la communauté » et le soutien accru des partenaires. Les victimes se manifestent plus, ou sont mieux repérées. C’est un point positif dans un tableau sombre, ça montre que les efforts pour briser le silence portent leurs fruits.

Cette nouvelle approche, justement, les policiers de Niagara l’ont détaillée. Tara Ryan, de l’unité spécialisée, parle de vouloir « établir la confiance et le rapport avec les survivants qui ont eu des rencontres négatives avec la police ». L’idée, c’est de mettre la victime au centre. Elle peut faire une pause ou se retirer de l’enquête si elle le souhaite, et même reprendre une plainte déposée plus tôt. « Le fait qu’elles puissent continuer leur vie du mieux qu’elles peuvent est plus important pour nous qu’un processus judiciaire », affirme-t-elle.

Robyn Bourgeois approuve totalement. Pour elle, il est crucial de « donner le pouvoir aux survivants de prendre des décisions » concernant leurs besoins. « Nous passons d’une approche descendante où la police et les experts menaient les enquêtes sur la traite de personnes à une approche où les survivants ont enfin leur mot à dire. » C’est un changement de paradigme fondamental.

Conclusion : Un appel à la vigilance et des ressources

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Alors, où est-ce que tout ça nous mène ? Il est clair que le Sud de l’Ontario fait face à un défi immense. Les chiffres sont là, et ils ne mentent pas. Mais ils ne montrent qu’une partie du problème, la partie émergée. L’iceberg est immense, caché par la honte, la peur et des mécanismes de contrôle qui n’ont rien à voir avec des chaînes physiques.

La bonne nouvelle, si on peut dire, c’est que la prise de conscience semble s’améliorer. Le Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes a enregistré un sommet historique d’appels à sa ligne d’urgence nationale en 2024, avec plus de 5100 appels. La ligne a pu fournir des références de services à au moins 342 victimes cette année-là, contre 296 en 2023. C’est à la fois un signe de l’ampleur du fléau et de l’importance de cette ressource.

Cette ligne d’urgence, disponible 24/7 en plus de 200 langues, est joignable au 1-833-900-1010. C’est un numéro qu’il faut connaître. En cas d’urgence immédiate ou pour signaler un crime, bien sûr, il faut composer le 911.

Au final, ce qui ressort de tout ça, c’est un besoin criant de vigilance, de comprendre que ce crime peut se cacher partout, même dans nos communautés qu’on croit paisibles. Et surtout, de savoir qu’une nouvelle approche, centrée sur l’écoute et l’autonomie des victimes, est en train de se mettre en place. Le chemin est long, mais au moins, on commence à vraiment regarder le problème en face.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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