Quand les études ‘récentes’ en biomédecine ont parfois plusieurs décennies

Quand les études ‘récentes’ en biomédecine ont parfois plusieurs décennies credit : lemorning.ca (image IA)

Le mot ‘récent’, un terme élastique dans la recherche

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Dans le monde des publications biomédicales, on lit souvent que les auteurs s’appuient sur des études récentes. C’est un petit mot qui semble rassurant, qui sous-entend que les connaissances sont à jour. Mais qu’est-ce que cela veut vraiment dire ? Une équipe de chercheurs basée en Espagne s’est penchée sur la question, et ce qu’elle a découvert est plutôt surprenant, voire un peu amusant.

Leur travail, publié dans The BMJ et revu par des pairs, montre en effet que l’adjectif « récent » peut recouvrir des réalités chronologiques très, très différentes. L’étude a été supervisée par l’éditrice scientifique Sadie Harley et relue par l’éditeur associé Robert Egan, suivant le processus éditorial rigoureux de Science X.

L’idée de base était simple, mais elle n’avait jamais été mesurée systématiquement : quand un article affirme qu’une référence est « récente », quel âge a-t-elle réellement ? La réponse, comme on va le voir, laisse une grande marge d’interprétation.

Une enquête sur 1000 articles et des résultats édifiants

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Pour obtenir une réponse tangible, les chercheurs ont analysé un millier d’articles biomédicaux. Ils ont cherché spécifiquement 20 expressions prédéfinies contenant le mot « récent » – comme « récente étude » ou « découverte récente » – qui étaient directement liées à une citation. Ensuite, ils ont calculé le délai, ou « lag citationnel », entre la publication de l’article analysé et celle de la référence citée comme étant récente.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce délai s’étalait de 0 à 37 ans, ce qui est considérable ! La médiane était de 4,0 ans et la moyenne de 5,5 ans. Bien que le délai le plus fréquent ait été d’un an (ce qui correspond à notre idée intuitive du récent), presque une référence sur cinq (177, soit 18%) étiquetée « récente » datait d’au moins une décennie.

Et ce n’est pas tout : 26 citations avaient un délai de 20 ans ou plus, et quatre articles allaient jusqu’à citer des travaux vieux d’au moins 30 ans sous l’appellation « récent ». On est loin de la dernière saison de publications !

Des variations selon les spécialités et le choix des mots

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Toutes les disciplines médicales ne se valent pas face à cette tendance. L’analyse révèle des différences marquées. Les domaines comme les soins intensifs, les maladies infectieuses, la génétique, l’immunologie et la radiologie présentaient des délais médians plus courts, autour de deux ans seulement. C’est logique, ce sont des champs où les connaissances évoluent très vite.

À l’inverse, d’autres spécialités affichaient des délais bien plus longs. La néphrologie, la médecine vétérinaire et la dentisterie montraient des médianes variant entre 8,5 et 14 ans. Cela suggère peut-être des rythmes de renouvellement des paradigmes scientifiques différents, ou simplement des usages rhétoriques distincts.

Fait intéressant : le choix des mots a aussi son importance. Les expressions comme « approche récente », « découverte récente » ou « étude récente » étaient souvent associées à des références plus anciennes. En revanche, parler d’une « publication récente » ou d’un « article récent » correspondait généralement à des citations beaucoup plus fraîches. Comme si la formulation précise trahissait une certaine intention de l’auteur.

Tendances, limites et conclusion sur un usage rhétorique flexible

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L’étude montre aussi quelques lueurs d’espoir. Les pratiques sont restées stables selon les régions du monde, mais elles se sont légèrement améliorées avec le temps. Les articles publiés entre 2020 et 2025 présentaient les délais les plus courts. Par ailleurs, les revues avec un facteur d’impact très élevé (12 ou plus) avaient tendance à citer des travaux plus contemporains. La course à la nouveauté est peut-être plus forte dans ces titres prestigieux.

Il faut néanmoins prendre ces résultats avec un peu de recul, comme le font les auteurs eux-mêmes. Ce sont des observations, pas une preuve de mauvaise pratique. Ils n’ont pas évalué la pertinence des études citées, seulement leur âge. Et ils n’ont analysé que la première expression « récente » éligible par article. Malgré ces limites, l’échantillon est large et a été examiné systématiquement.

Leur conclusion est savoureuse et pleine de sagesse. Ils voient dans l’usage du mot « récent » un dispositif rhétorique remarquablement flexible dans l’écriture scientifique. « Cette analyse enjouée suggère que ‘récent’ peut signifier n’importe quoi, de la dernière saison au siècle dernier », écrivent-ils. Ils conseillent donc aux lecteurs, relecteurs et éditeurs de prendre les affirmations de ‘récentéité’ avec un grain de sel chronologique.

Pour ceux qui voudraient creuser le sujet, l’article intitulé « How recent is recent? Retrospective analysis of suspiciously timeless citations » est disponible dans The BMJ, avec le DOI : 10.1136/bmj-2025-086941.

Selon la source : medicalxpress.com

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