Le grand basculement : l’Europe et les États-Unis au bord du divorce historique
Simon Kabbaj - 2025-12-12 11:21
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Une tourmente diplomatique historique
Fin novembre, début décembre 2025, ça bouillonne sur la scène diplomatique mondiale, et c’est même un euphémisme. Depuis bientôt trois semaines, c’est une ébullition constante, un blitz de réunions, de déclarations contradictoires et de plans qui s’entrechoquent, le tout sur fond de la tragédie ukrainienne qui continue. La Russie accentue ses attaques, et pendant ce temps-là, les États-Unis publient un document de politique étrangère – leur fameuse Stratégie nationale de sécurité – carrément provocateur et dédaigneux envers l’Europe. Vous voyez le tableau ?
On a les rumeurs de rupture entre le Vieux Continent et Washington, un armistice ukrainien qui semble toujours aussi introuvable… et les propos glaçants du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui nous parle d’une guerre ‘comme celle qu’ont connue nos grands-parents et arrière-grands-parents’. Franchement, ça donne froid dans le dos. Cette suite d’événements, si elle se confirme, pourrait bien passer à l’histoire comme le moment où l’ordre international a basculé, où l’alliance transatlantique, pilier de l’après-guerre, aura entamé son divorce.
On voit une Europe qui tente tant bien que mal de soutenir l’Ukraine, qui a largement pris le relais des États-Unis comme principal fournisseur de Kiev. En face, les États-Unis, avec un discours qui change, oui, mais dont la trajectoire finale devient de plus en plus claire en cette fin 2025 : une convergence, pour ne pas dire une nouvelle alliance, avec la Russie. Un vrai retournement d’alliance, j’ai du mal à y croire, et pourtant.
Le plan américain du 21 novembre : un séisme diplomatique

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Le choc a été terrible, le 21 novembre 2025. Ce jour-là, les États-Unis déposent sur la table un plan en 28 points pour mettre fin à la guerre. Sauf que… c’est un véritable copié-collé des demandes russes ! Je vous résume : Washington demande aux Ukrainiens de tout céder. Tout. Le Donbass, tous les territoires perdus, et même des concessions qui vont au-delà. Ils demandent aussi une réduction de moitié de l’armée ukrainienne, ce qui enlèverait à Kiev le droit de se défendre, et ils referment la porte à une future adhésion à l’OTAN.
Mais le plus grave, le point de non-retour, c’est autre chose. Le plan prévoit que Washington reconnaîtrait les annexions russes, ces annexions pourtant illégales au regard du droit international. C’est du jamais vu depuis 1945, vous imaginez ? Pour la première fois, une administration américaine légitimerait le contrôle d’un territoire conquis par l’invasion, le bombardement de civils et l’enlèvement d’enfants. C’est un rejet radical des principes même de l’ONU, que les États-Unis avaient pourtant contribué à fonder en 1945. Ce plan, c’est ni plus ni moins qu’exiger la reddition de l’Ukraine en échange d’un simple arrêt des combats. C’est comme si on disait : l’ordre international des 80 dernières années est mort et enterré. On peut modifier les frontières par la force, et les grandes puissances valident après coup.
La vision de Trump, elle est limpide : la géopolitique se joue entre les grandes puissances impériales – les États-Unis, la Chine, la Russie – et point barre. L’Europe, dans cette équation ? Elle ne semble même plus compter. Devant ce plan russo-américain, qui scelle une convergence stratégique inédite entre Washington et Moscou, les dirigeants européens ont été sonnés. Ça a provoqué un branle-bas de combat diplomatique d’urgence.
La réaction européenne, la NSS et le sphinx Poutine
Alors, que font les Européens ? Le week-end du 22 novembre, les leaders français, allemands, britanniques et autres se sont précipités pour se réunir. Ils ont réaffirmé leur solidarité avec l’Ukraine agressée, évidemment. Ils ont ensuite tenté de plaider auprès de Washington pour ‘rectifier’ certains aspects du plan, pour le rendre un peu moins… catastrophique. Mais ils n’ont pas osé demander de le jeter à la poubelle. On dirait qu’ils refusent encore de voir l’évidence : que c’est peut-être le divorce avec les États-Unis qui se profile.
Ils se sont donc attelés à ‘nettoyer’ ce fameux plan en 28 points, à en gommer les outrances les plus criantes et à y ajouter des demandes de Kiev sur des garanties de sécurité, pour éviter que la Russie ne recommence dans six mois. On a parlé d’une présence militaire européenne pour garantir une éventuelle paix, d’un engagement à protéger activement l’Ukraine en cas de nouvelle agression. Une belle idée, sur le papier.
Et puis est arrivé le 4 décembre 2025, un autre moment clé. La publication de la ‘Stratégie nationale de sécurité’ (NSS) américaine. Le passage sur l’Europe, c’est un quasi-acte de divorce, une accusation en règle. Le texte affirme que le Vieux Continent est ravagé par le wokisme, une réglementation tatillonne, une immigration qui dissout les valeurs nationales… Il parle même d’un ‘effacement civilisationnel’. Des mots qui reprennent mot pour mot les arguments de l’Alternative für Deutschland en Allemagne ou du Rassemblement national en France, des partis d’extrême droite qui comptent parfois des éléments néonazis. Sur l’Ukraine, le document accuse carrément les dirigeants européens d’avoir ‘contrecarré les efforts américains’ pour la paix. Et surtout, il ne blâme pas une seule fois la Russie. Zéro.
Pendant ce temps, Vladimir Poutine, lui, joue au sphinx. Il reste impassible, convaincu de détenir un droit de veto sur toute cette agitation. Il a reçu une délégation américaine ‘amie’, composée de l’associé immobilier Steven Witkoff et du gendre Jared Kushner, de vrais diplomates improvisés qui sont ensuite repartis porter la bonne parole russe à Washington… sans même s’arrêter en Europe. Le 10 décembre, les leaders de la Coalition des volontaires (30 pays soutenant l’Ukraine), Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer, ont rencontré Donald Trump pour tenter de faire bouger les choses. Sans grand résultat, à en croire les déclarations vagues de Zelensky qui parle de contacts ’24h/24, 7j/7′ pour trouver des ‘solutions réalisables’. Ça sent l’impuissance.
La Russie, elle, n’a pas changé d’un iota sa position après ce tourbillon de réunions à Washington, Kiev, Londres, Paris, Moscou et même au sommet du G20 à Johannesbourg. Elle exige toujours une reddition, point final. Et Zelensky, de son côté, ne peut pas céder. Ce serait encourager l’ennemi à recommencer plus tard. Il y a aussi des raisons de cohésion nationale, et une lutte acharnée contre la corruption – un combat que l’Ukraine, même bombardée, mène mieux que la Russie, selon Transparency International.
Contre-plans, pressions et l’Europe à la dérive

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Le ton américain s’est encore durci. Le 9 décembre, Trump déclarait au site Politico que ‘Les dirigeants européens sont faibles’, incapables de contrôler l’immigration ou de mettre fin à la guerre. Il a même lancé une pique ignoble à Zelensky, l’accusant de poursuivre la guerre ‘pour éviter des élections’. La réponse du président ukrainien a été cinglante : ‘Je suis prêt à des élections. Pouvez-vous en garantir la sécurité?’.
Face à ça, Kiev a présenté un contre-plan durant la seconde semaine de décembre. Zelensky demande le gel des lignes de front (sans reconnaissance officielle des annexions russes, sur le modèle de l’armistice coréen de 1953), l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne (on parle de 2027), et des garanties de sécurité solides, avec même l’idée d’un déploiement de soldats européens en soutien arrière – français, allemands, polonais, britanniques. Les leaders européens, dans leur majorité, soutiennent à peu près l’idée, mais avec des réticences sur le calendrier d’adhésion et beaucoup d’hésitations sur les conditions d’un tel déploiement. Donc, tout ça reste très hypothétique.
Mais le blocage majeur, il est à Washington. L’administration Trump reste cramponnée au plan russo-américain, légèrement révisé, de Witkoff et Kushner. Le plus troublant, c’est que Washington est devenu, en 2025, un quasi-porte-parole des positions du Kremlin, les Russes refusant de parler directement aux Ukrainiens et aux Européens.
L’Europe, dans tout ça, semble toujours à la traîne, en mode réactif, incapable de prendre l’initiative. L’opinion publique évolue aussi : les partis radicaux, surtout de droite nationaliste et souvent prorusses ou pacifistes à tout crin, montent dans les sondages – l’AfD en Allemagne, le RN en France. Le soutien à l’Ukraine reste majoritaire, mais il décline. Et les budgets publics sont sous tension, avec la perspective d’un réarmement forcé qui approche.
Le Kremlin, lui, est satisfait de cette cacophonie. Son porte-parole, Dimitri Peskoff, a même approuvé les propos de Trump dans Politico, les trouvant ‘conformes à la position de la Russie’. Il a déclaré ‘œuvrer pour la paix, pas pour une trêve’, alors même que les bombardements sur les civils ukrainiens continuaient. Certains dirigeants européens commencent-ils à sortir du déni ? Macron, Merz et Starmer ont tous mis en garde Zelensky, admettant que ‘Trump semble déterminé à les tromper’. Et des voix s’élèvent pour une autonomie stratégique. Le ministre français des Affaires étrangères l’a dit clairement : ‘Ce qui se passe prouve que nous devons développer notre propre autonomie stratégique’. Le chancelier allemand a été encore plus direct : ‘Je ne vois pas pourquoi les Américains voudraient sauver la démocratie en Europe. Si elle devait vraiment être sauvée, nous pourrions le faire seuls’. Des mots forts, très forts.
Conclusion : L’avertissement glaçant de l’OTAN et une alliance en sursis

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Et pour boucler cet épisode angoissant qui est loin d’être fini, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a lancé un avertissement qui glace le sang le 11 décembre. Dans un discours alarmiste, il a accusé : ‘Cette année, la Russie s’est montrée encore plus déchaînée et impitoyable envers l’OTAN et l’Ukraine. Le président Poutine déploie tous ses moyens contre l’Ukraine, tuant soldats et civils, détruisant les sanctuaires de l’humanité : maisons, écoles et hôpitaux’. Et il a conclu par cette phrase qui résonne comme un glas : ‘La Russie a ramené la guerre en Europe, et nous devons nous préparer à une guerre d’une ampleur comparable à celle qu’ont connue nos grands-parents et arrière-grands-parents’.
On a beau tourner le problème dans tous les sens, le constat est amer. La ‘Coalition des volontaires’ semble fragmentée, l’Europe divisée et sous pression, et les États-Unis de Trump ont opéré un virage à 180 degrés, se rapprochant dangereusement de Moscou au détriment de Kiev et de ses alliés historiques. Le plan de paix américain du 21 novembre et la NSS du 4 décembre ne sont pas des accidents de parcours. Ce sont des actes politiques majeurs qui redéfinissent les alliances. L’ordre établi en 1945 est bel et bien remis en cause. On est peut-être en train d’assister, impuissants, à la fin d’une ère et au début d’un monde bien plus instable et dangereux, où l’Europe doit apprendre à voler de ses propres ailes, quitte à le faire dans la douleur.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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