Les tarifs douaniers dévastent les travailleurs et les communautés de l’automobile au Canada

Les tarifs douaniers dévastent les travailleurs et les communautés de l’automobile au Canada credit : lemorning.ca (image IA)

Un parking vide, un cœur serré

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Devant l’usine de General Motors à Ingersoll, le vent est glacial. Il souffle la neige poudreuse à travers un stationnement presque désert. Marc Grenier, soudeur de 57 ans, ressent un vrai pincement au cœur en le regardant. Il a perdu son emploi ici en octobre, quand l’entreprise a fermé son atelier de véhicules électriques BrightDrop. Quatorze ans de sa vie, partis comme ça, balayés par une décision d’entreprise qu’il ne comprend pas vraiment.

« Ça me fait de la peine », confie-t-il simplement, les mots à peine audibles dans le vent. Il pointe du doigt le bâtiment silencieux, se demandant, comme beaucoup d’autres, si les machines se remettront un jour en marche. Pour lui, le coupable est tout désigné : les tarifs douaniers imposés par Donald Trump. Cette guerre commerciale, là-bas, a des répercussions bien concrètes ici, dans sa ville, dans sa famille.

L’effet domino : Quand une usine ferme, une région tremble

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La fermeture de chez GM, ce n’était pas qu’un mauvais coup pour ses 1200 employés. C’est comme une pierre jetée dans l’eau. Marc nous emmène voir les usines voisines : Accuride, qui faisait les jantes, et Qualtech, pour les sièges. Elles aussi ont mis la clé sous la porte. « Je ne pense pas que c’est une coïncidence », dit-il en haussant les épaules. Les stationnements sont vides, les logos effacés à la peinture noire, comme si on voulait oublier qu’il y avait eu de la vie ici.

Et la liste s’allonge, semaine après semaine. Brampton, Sainte-Thérèse… Partout au pays, des milliers de familles se retrouvent dans la même incertitude. « Ça fait pitié à voir », murmure Marc. Il a raison. C’est toute une chaîne, un écosystème économique qui se disloque. Quand les gros salaires de l’automobile disparaissent, c’est la vitalité des petits commerces du centre-ville qui s’étiole, porte après porte.

Une famille, deux salaires perdus : « Sans aide, je serais dans la rue »

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Chez les Grenier, le coup est double. Dans la cuisine familiale, Marc prend un café avec son fils Richard. Ils travaillaient tous les deux dans la même usine. « À deux, c’est 84 $ de l’heure qu’on perd », calcule Richard, amer. Pour tenir le coup, le fils et ses deux filles sont revenus vivre sous le toit du père. Une situation que personne n’avait imaginée. « Je ne pense pas que mon père s’attendait à ça, à son âge », avoue Richard.

Son propos est clair : il ne s’agit pas juste de statistiques d’emploi. « C’est 1200 familles qui sont touchées ! », insiste-t-il. Des gens qui payaient leur hypothèque, leurs courses, qui contribuaient aux clubs sportifs locaux. Cette solidarité forcée, père et fils la vivent comme une bouée de sauvetage. « Si on ne s’entraidait pas… », laisse-t-il en suspens, le regard dans son café. La phrase n’a pas besoin d’être finie.

Les maires sur le pont : Entre espoir et urgence

De l’autre côté du comté, le maire de Woodstock, Jerry Acchione, a les deux pieds dans la réalité économique de sa région. « La moitié de ma population travaille de près ou de loin dans le secteur de l’auto », lance-t-il. Il voit bien les lueurs d’espoir : l’usine Toyota qui tourne à plein, le chantier géant de l’usine de batteries Volkswagen à Saint-Thomas. Mais la pression des tarifs est une épée de Damoclès.

Son message aux gouvernements est direct. « Nous avons besoin d’aide… pour requalifier nos travailleurs et pour attirer de nouvelles entreprises. Il faut préparer la transition. » Il a ce pragmatisme des élus locaux qui voient l’urgence en face. La diversification n’est plus un concept, c’est une nécessité de survie pour des communautés entières qui ont grandi avec l’automobile.

Conclusion : À la croisée des chemins, entre inquiétude et résilience

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Les experts, comme le professeur François Neville de McMaster, le disent sans détour : l’industrie automobile canadienne est à un moment charnière. On assemble deux fois moins de voitures qu’il y a 20 ans. La dépendance au partenaire américain, autrefois une force, est devenue une vulnérabilité. Les solutions ? Attirer d’autres constructeurs, oui. Mais peut-être aussi penser plus largement, à d’autres secteurs, comme la défense. La transition sera douloureuse, et elle fera forcément des perdants.

De retour devant l’usine silencieuse, Marc Grenier, lui, garde un fragile espoir. « La bâtisse est encore là », répète-t-il, comme un mantra. Il espère un retour, un nouveau produit, un redémarrage. En attendant, lui, son fils et des milliers d’autres attendent des réponses et un coup de main. Le secteur de l’auto est à la croisée des chemins, et le chemin qu’il prendra dessinera l’avenir de régions entières.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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