Le retour du protectionnisme : ce que la nouvelle doctrine de sécurité nationale de donald trump change pour le monde

Le retour du protectionnisme : ce que la nouvelle doctrine de sécurité nationale de donald trump change pour le monde credit : lemorning.ca (image IA)

La fin définitive de l’ère du libre-échange

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L’annonce de la nouvelle « Stratégie de sécurité nationale » par l’administration Trump marque, semble-t-il, un tournant historique pour les États-Unis. Si vous pensiez que le temps de la mondialisation et du libre-échange sans limites était déjà derrière nous, il faut revoir sa copie. Ce document, qui fait quand même une trentaine de pages, est sans équivoque : dorénavant, l’objectif unique, le seul objectif, sera la protection des intérêts nationaux fondamentaux, et rien d’autre.

Le préambule, rédigé par le président lui-même, donne le ton. Il affirme que l’administration a « ramené notre nation – et le monde – [qui était] au bord de la catastrophe et du désastre ». Franchement, c’est assez frappant de voir à quel point ils rejettent l’approche post-Guerre froide, où les élites américaines croyaient, je suppose, que dominer le monde était forcément dans l’intérêt de tout le pays.

Mais, selon cette nouvelle doctrine, ces élites-là auraient complètement surestimé la capacité du pays à financer en même temps un État providence gigantesque et un complexe militaire mondial. C’est clair : la classe moyenne industrielle américaine aurait été « évidée » par un mondialisme et un libre-échange que l’administration qualifie de purement destructeurs.

Le pivot central : l’immigration comme menace à la souveraineté

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Quel est le plus grand danger pour la souveraineté des États-Unis aujourd’hui, d’après Washington? Ce n’est ni la Chine, ni la Russie, même si on en reparlera un peu plus tard. Non, la principale menace, la voilà : l’immigration massive. Le document est très direct et demande un « contrôle total » non seulement sur les frontières, mais aussi sur le système d’immigration et tous les réseaux de transport utilisés, que ce soit légalement ou illégalement.

L’administration Trump veut un monde où la migration est stoppée, et non pas facilitée. Il faut que les pays souverains travaillent ensemble pour « arrêter » les flux de population jugés déstabilisateurs. En gros, ils veulent que chaque État ait un contrôle absolu sur qui entre et qui n’entre pas. Point final.

L’europe et l’otan sous pression : le spectre de la perte d’identité

Ce revirement n’a pas manqué de faire réagir chez nos amis européens, croyez-moi. L’administration américaine redoute carrément une perte d’identité nationale « importante et rapide » chez ses alliés. Selon le président Trump, si les tendances migratoires continuent comme ça, « le continent [européen] sera méconnaissable dans 20 ans ou moins ».

Et l’OTAN dans tout ça? C’est la même musique. Le président prédit que d’ici quelques décennies, les membres de l’OTAN pourraient bien devenir majoritairement non européens. Est-ce que ces nouveaux membres verront leur alliance avec les États-Unis de la même manière que ceux qui ont signé la Charte initialement? C’est la question que pose la Maison-Blanche.

La réaction européenne fut immédiate et très fâchée. L’eurodéputée Valérie Hayer, présidente de Renew Europe, a même déclaré sans détour : « Cette administration Trump est un ennemi de l’Europe. Nous devons cesser de nous comporter en amis avec elle. » C’est une dénonciation ferme d’une vision jugée inacceptable et dangereuse.

L’amérique latine et le ‘corollaire trump’ à la doctrine monroe

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Passons maintenant à l’Amérique latine, où Washington prévoit de rétablir une présence significative. Pourquoi? Pour s’assurer un accès aux fameux gisements de terres et de métaux rares, ainsi qu’aux emplacements stratégiques. L’idée est d’augmenter la présence militaire et économique pour garantir que les gouvernements là-bas restent « suffisamment stables et bien gouvernés ».

L’objectif avoué est toujours le même : prévenir la migration de masse vers les États-Unis. On appelle cela le « corollaire Trump à la doctrine Monroe ». Pour ceux qui se demandent, la doctrine Monroe, datant de 1823, c’était le principe qui disait aux puissances européennes de ne plus s’ingérer en Amérique latine, qui devenait la sphère d’influence exclusive de Washington. Là, c’est une réactivation musclée, mais axée sur la lutte contre la migration.

Concernant les rivaux traditionnels comme la Chine et la Russie, le document est bizarrement plus discret. Pour la Russie, il y a juste une mention du besoin de négocier une « cessation rapide des hostilités » pour stabiliser l’Europe. Pour la Chine, ce sera la poursuite des efforts pour rééquilibrer les échanges commerciaux, protéger l’industrie américaine, et stopper le vol de propriété intellectuelle. Standard, je suppose.

Le canada face à un dilemme : 5 % du pib pour la défense?

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Même si le mot « Canada » n’est mentionné qu’une seule fois dans le document — ce qui, en soi, est déjà éloquent sur nos priorités aux yeux de Washington —, les conséquences sur notre pays seront gigantesques. Vraiment gigantesques. D’abord, il y a la guerre tarifaire; Washington veut que le Canada, le Mexique, l’Europe, le Japon, tous, adoptent des politiques commerciales beaucoup plus sévères envers la Chine. S’aligner, ou subir des pressions commerciales.

C’est la fin du temps où le Canada pouvait se permettre de diversifier tranquillement ses échanges avec l’Asie tout en profitant de l’accord de libre-échange avec son voisin. De plus, la volonté américaine de rapatrier les chaînes d’approvisionnement industrielles menace directement nos secteurs manufacturiers, notamment en Ontario et au Québec. Ça, c’est l’économie.

Ensuite, il y a le coût de la défense. L’administration Trump exige maintenant des membres de l’OTAN une dépense militaire d’au moins 5 % du PIB national, loin, très loin du 2 % actuel que le gouvernement Trudeau peine déjà à atteindre d’ici 2032. Atteindre 5 %? C’est une augmentation colossale, des milliards qui ne seront pas injectés dans nos missions sociales ou nos infrastructures. Washington a prévenu : leur patience envers les « profiteurs » (les *free-riders*, comme ils disent) est totalement épuisée. Ouf.

La rupture avec la carboneutralité (net zero)

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Et que dire de l’environnement? Pour le Canada, qui a des ambitions en matière de climat, c’est une autre claque. Les États-Unis rejettent purement et simplement la stratégie de la carboneutralité, le fameux « Net Zero », et appellent ça l’« idéologie du changement climatique ». C’est écrit noir sur blanc dans la stratégie : « Nous rejetons les idéologies désastreuses du changement climatique et du Zéro émission nette [Net Zero] qui ont nui à l’Europe et subventionnent nos adversaires. »

Le plan est clair, la dominance énergétique américaine passera par les énergies fossiles : pétrole, gaz et nucléaire. Un voisin qui abandonne la lutte contre les gaz à effet de serre, c’est une complication majeure pour toutes nos politiques vertes en Amérique du Nord. Sans compter le renforcement des contrôles qui considèrent notre frontière comme « poreuse et vulnérable ». On est coincés, vraiment.

Conclusion : s’aligner ou s’isoler économiquement

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Finalement, cette nouvelle Stratégie de sécurité nationale, rédigée sous l’égide de Donald Trump, ne laisse pas beaucoup de place à la nuance. L’ère du multilatéralisme et du consensus est bel et bien terminée, remplacée par une politique isolationniste et protectionniste, centrée uniquement sur la puissance intérieure américaine. Le document marque un recul total vis-à-vis des engagements climatiques et une posture agressive envers les alliés de l’OTAN, notamment sur la question des dépenses militaires (le saut à 5 % du PIB est vertigineux).

Pour le Canada, le dilemme est cruel : soit nous nous alignons sur cette nouvelle politique américaine, au prix de notre autonomie politique et de nos propres objectifs climatiques, soit nous risquons de nous retrouver économiquement isolés. Car Washington n’hésitera pas à utiliser son immense économie comme une arme contre ceux qui refusent d’obtempérer. Ce sont des choix difficiles, des choix qui impacteront directement notre portefeuille et nos infrastructures sociales pour les années à venir.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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