Assurance habitation et climat: des algorithmes secrets décident si votre maison est « inondable »

Assurance habitation et climat: des algorithmes secrets décident si votre maison est « inondable » credit : lemorning.ca (image IA)

La surprise glaciale de diane morin

Imaginez un peu le scénario: vous recevez votre avis de renouvellement d’assurance habitation et là, c’est la douche froide. C’est exactement ce qui est arrivé à Diane Morin, une résidente de Brossard. En 2024, son assureur, Beneva, l’a avertie que sa couverture pour les dégâts d’eau allait être coupée de façon drastique. Sa maison se retrouvait subitement en zone sujette à inondation. De 136 000 $ de couverture, on passait à 60 000 $. C’est beaucoup, c’est moins que la moitié! s’est-elle exclamée. On comprend qu’elle se soit sentie impuissante.

Quand elle a demandé des comptes, Beneva a d’abord mis la faute sur le ministère de l’Environnement du Québec. Sauf que, surprise! Après vérification auprès de sa propre municipalité, Diane Morin a découvert que les explications de l’assureur étaient fausses. Elle n’était « pas du tout en zone inondable, même en vertu des nouvelles cartes du gouvernement », insiste-t-elle. L’assureur a finalement reconnu son erreur… mais a maintenu sa décision, invoquant cette fois des « données internes et des fournisseurs privés ». Mystère total, silence radio pour la consommatrice. Le problème est là : ces évaluations, utilisées pour la microtarification, sont opaques, et le citoyen n’a aucun moyen de vérifier s’il se fait mentir ou non.

La microtarification : des risques à la loupe (et des coûts qui explosent)

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Depuis deux ou trois ans, comme le dit si bien Maryse Rivard, courtière en assurance dommages, les assureurs « voient de l’eau partout ». C’est une réalité fâcheuse, mais compréhensible, car les catastrophes naturelles coûtent de plus en plus cher. Pour limiter les dégâts sur leurs bilans, les assureurs ont recours à ce qu’on appelle la microtarification. L’idée, c’est d’évaluer, pour une adresse précise — pas juste un quartier, mais carrément votre maison! — les risques spécifiques d’inondation, de grêle ou d’incendie.

Cette industrie de l’analyse climatique est en pleine expansion et on estime qu’elle pourrait peser 17 milliards de dollars d’ici 2034. Ces entreprises spécialisées brassent des données publiques (satellites de la NASA, topographie fédérale, mesures hydrométriques) et les font mouliner par des superordinateurs et de l’intelligence artificielle pour créer des modèles de risque ultra-précis. Sauf que cette précision, ou du moins la tentative de précision, donne des résultats totalement variés d’une compagnie à l’autre.

Des évaluations divergentes et la « chasse au trésor » du courtier

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Les modèles privés, c’est bien beau, mais quand ils ne s’entendent pas entre eux, c’est le consommateur qui est pris en otage. Maryse Rivard l’a constaté : « Ça arrive toutes les semaines. Je vous donne un exemple récent : un assureur plaçait mon client dans une vaste zone inondable, alors que les autres ne voyaient aucun risque. » On dirait une loterie, n’est-ce pas?

La courtière a fait l’exercice pour Diane Morin, et les résultats sont éloquents. Les offres de couverture variaient énormément, allant d’un maigre 60 000 $ à un plus rassurant 250 000 $. C’est la preuve que chaque assureur analyse le risque à sa façon à lui, comme le souligne Mme Rivard. Et ça rend la recherche d’une assurance correcte une véritable « chasse au trésor ».

Le piège des « modèles en silo » et le secret commercial

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Le véritable enjeu, c’est le manque de transparence. Ces modèles de risques sont la propriété intellectuelle des entreprises privées et sont protégés par le secret commercial. Conséquence? Personne ne peut les vérifier sérieusement. L’hydroclimatologue Philippe Gachon, de l’UQAM, est très clair là-dessus : on se retrouve à prendre des décisions financières importantes basées sur des hypothèses qui n’ont pas été validées par des pairs, ou du moins pas publiquement. C’est « fondamental », dit-il, mais ces compagnies privées ne respectent pas toujours les « meilleures normes méthodologiques ».

Pendant ce temps, l’Autorité des marchés financiers (AMF) au Québec, notre « chien de garde » de l’industrie, dit qu’elle est consciente que la qualité des données climatiques est un problème majeur, mais admet qu’elle ne valide généralement pas ces données privées. L’assuré, lui, se sent complètement impuissant, comme Diane Morin qui ne savait « aucune idée de quoi ils parlaient ».

L’urgence de développer des modèles climatiques publics

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Si les assureurs et les banques utilisent ces outils, les gouvernements le font aussi. Le gouvernement fédéral, par exemple, a eu recours à des modèles privés pour évaluer le coût des inondations au Canada, car cette expertise n’était pas disponible à l’interne, selon le professeur Mathieu Boudreault de l’UQAM. Il y a un cri du cœur chez les experts : nous avons besoin de modèles climatiques qui soient ouverts, transparents et accessibles à tous.

Le problème, c’est que les cartes publiques existantes sont souvent dépassées et se concentrent seulement sur le débordement des cours d’eau, ignorant des risques cruciaux comme le ruissellement urbain ou les refoulements d’égouts. Le scientifique Adam Sobel, cité dans la revue Nature en 2024, résume bien la situation : lorsque les gouvernements doivent prendre des décisions politiques difficiles en matière d’adaptation au climat, ils ont besoin d’informations qui ont été soumises à un « examen public et à un débat ouvert ».

La sécurité nationale face à la marchandisation des données

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Si l’accès aux données climatiques devient une affaire de gros sous, cela pose des questions graves, non seulement pour l’assurabilité des gens, mais pour la sécurité publique, franchement. Justin S. Mankin, professeur au Collège Dartmouth, a rappelé un événement troublant : une entreprise privée de prévision météo avait averti son client, un opérateur ferroviaire, qu’une tornade arrivait, permettant d’arrêter les trains. Mais la municipalité, qui n’avait pas les moyens de payer ce service, n’a jamais été prévenue, et des dizaines de personnes sont mortes.

Ce genre de situation met en lumière un point essentiel, martelé par Philippe Gachon : le partage d’information, ça sauve des vies. Le réchauffement climatique est une « tragédie collective », et l’information pour s’y adapter doit être considérée comme un bien public. Il ne faudrait surtout pas que cette information cruciale soit « détenue seulement par les plus riches ».

Conclusion : l’assuré, le dindon de la farce

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Au final, l’assuré comme Diane Morin n’a pratiquement aucun recours pour contester la validité de ces modèles climatiques secrets. Le Code civil ne dit rien à ce sujet, et il est impossible de faire le tri parmi ces données privées, d’autant plus que cela coûterait « astronomiquement cher » de tenter une bataille judiciaire, selon Vincent Caron, professeur de droit des assurances. Les tribunaux font preuve d’une très grande déférence envers ces données spécialisées. C’est l’absence d’expertise et de ressources chez les citoyens qui crée un vide juridique, permettant à l’industrie privée de dicter les termes du risque.

La seule solution réaliste à ce jour pour un consommateur est de faire ce que Diane Morin a fait : porter plainte à l’AMF et surtout, vérifier avec plusieurs assureurs ou un courtier pour comparer les offres. Mais en attendant que les gouvernements investissent dans des modèles climatiques ouverts et transparents, le manque d’information critique demeure un problème fondamental et dangereux pour nous tous.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.