Renaissance verte en Outaouais : l’ancienne papetière de Thurso devient le fer de lance du biocarbone québécois
Adam David - 2025-11-22 09:47
credit : lemorning.ca (image IA)
Une seconde vie pour le site historique de Thurso

Depuis des mois, on observe un ballet incessant de camions qui déchargent sur place une quantité impressionnante de résidus forestiers : des copeaux, des billots, même des résidus de construction. La raison de toute cette effervescence? C’est l’entreprise Évolys qui s’installe, une coentreprise assez sérieuse formée de Rio Tinto et d’Aymium. Leur objectif est ambitieux : ils vont commencer, dans les prochaines semaines, à produire une forme de biocharbon unique qu’ils appellent le « biocarbone ».
Imaginez, ces montagnes de bois de faible qualité, près de 30 000 tonnes stockées pour l’instant, vont servir à un projet majeur de décarbonation. C’est vraiment le signe que l’économie verte prend racine, même dans nos vieilles infrastructures industrielles.
Le biocarbone : un substitut écologique essentiel

Leur mission principale est de remplacer l’anthracite, ce charbon fossile hyper polluant que Rio Tinto utilise à son complexe métallurgique de Sorel-Tracy, en Montérégie. Et attention, ce n’est pas un petit détail : l’anthracite représente à lui seul les deux tiers des émissions de CO2 de ce complexe. Si on arrive à le remplacer, c’est un pas de géant pour la lutte contre les gaz à effet de serre dans l’industrie lourde.
Comme l’explique Guillaume Bacconier, le directeur général d’Évolys, ce biocarbone servira de réducteur pour éliminer l’oxygène et purifier le minerai afin d’en séparer le fer et le titane. Un processus technique, certes, mais dont la finalité est simple : rendre l’industrie plus propre. Pour fabriquer ces granules de biocarbone, ils ont dû construire, à côté des anciens bâtiments, un gros séchoir et un réacteur spécial pour concentrer le carbone contenu dans les fibres de bois. C’est du sérieux, quoi.
Une bouée de sauvetage inespérée pour les scieries locales
Michel Ferron, qui est propriétaire de la scierie Carrière à Lachute, l’a bien résumé : la vente de ces résidus représentait 20 % de ses revenus. Vingt ans en arrière, il y avait quatre acheteurs dans le coin! Aujourd’hui, ils doivent acheminer ce bois jusqu’à l’usine de Domtar en Estrie, ce qui représente facilement plus de trois heures de route. C’est un non-sens logistique et financier.
C’est pour cela que l’arrivée d’Évolys est vue comme une véritable bouffée d’air frais. Justine Éthier-Quenneville de Signature Bois Laurentides se réjouit de ce nouvel acheteur. Cependant, elle soulève une question tout à fait légitime : « Vont-ils avoir la capacité d’acheter à un coût qui est raisonnable pour les entreprises forestières? » Car le volume et le prix d’achat, ça, c’est l’épine dorsale de la rentabilité pour les entreprises du bois. Il faut bien que ce soit avantageux pour tout le monde, sinon l’aide au transport que la province donne, et qui finit en mars 2026, ne servira plus à grand-chose.
La question sensible du coût de la fibre et de l’approvisionnement

Parlons argent. Le biocharbon est un produit cher, son prix peut osciller entre 800 et 1000 dollars la tonne. C’est presque le double du prix de l’anthracite, le charbon fossile qu’il est censé remplacer. Évidemment, Évolys ne donne pas le prix exact de son biocarbone — secret industriel, je suppose —, mais Guillaume Bacconier est très clair sur un point : la matière première, c’est-à-dire la fibre de bois, représente un colossal 75 % du coût unitaire.
Cela signifie qu’ils sont obligés de trouver les sources d’approvisionnement les plus compétitives possible. Le directeur général espère d’ailleurs que leur projet aidera à « moderniser l’organisation des récoltes au Québec, pour trouver des façons de la simplifier. » C’est un pari sur la modernisation, mais aussi sur l’efficacité des chaînes logistiques régionales.
Pour l’instant, ils confirment qu’ils s’approvisionneront majoritairement au Québec, mais qu’une partie significative, estimée entre 15 et 20 %, viendra de l’Ontario. Ils ont déjà mené des chantiers pilotes pour s’assurer que tout fonctionne bien. J’imagine que si la demande monte, ces proportions pourraient changer; il est essentiel de sécuriser cette ressource.
Un acteur majeur dans le cycle court du carbone
Si on regarde la situation dans son ensemble, Évolys ne fait pas juste transformer des résidus : l’entreprise s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus vaste, celui du biocharbon comme outil dans la lutte contre les changements climatiques. Et honnêtement, c’est ce qui est le plus excitant là-dedans.
Évelyne Thiffault, professeure à l’Université Laval, nous rappelle pourquoi c’est si important. Quand on utilise du charbon fossile, on ramène à la surface du carbone qui était enfermé sous terre depuis des millions d’années. Le biocharbon, lui, provient de la biomasse végétale qui a capté le CO2 seulement quelques années auparavant. On parle donc d’un « cycle court du carbone ». En gros, on ne fait que réutiliser ce qui est déjà là, ce qui est beaucoup, beaucoup mieux pour l’atmosphère.
De plus, le biocharbon a plusieurs fonctions géniales : il peut revitaliser les sols, servir de combustible, ou agir comme ce réducteur de métaux que cherche Rio Tinto. C’est vraiment une source de remplacement vitale, surtout là où les alternatives au charbon sont quasi inexistantes.
Évolys, le plus grand projet de biocarbone au québec
Il est important de situer l’ampleur du projet d’Évolys. Au Québec, le secteur des sous-produits du biocharbon est clairement en pleine ascension. À titre de comparaison, l’entreprise Carbonité, qui a inauguré une usine à Port-Cartier en janvier, vise une production de 10 000 tonnes de biochar par an, principalement pour l’agriculture.
Évolys, de son côté, vise une cible impressionnante de 50 000 tonnes de biocarbone annuellement. Cela fait de leur installation à Thurso le plus gros projet du genre dans la province. C’est colossal et ça démontre bien l’engagement de partenaires comme Rio Tinto à trouver des solutions de décarbonation sérieuses pour leurs propres opérations.
Les résidents de Thurso peuvent d’ailleurs être rassurés. Il avait déjà été confirmé que l’usine sera « inodore », ce qui est, disons-le, un bel avantage par rapport à certaines odeurs industrielles passées! C’est un point qui contribue positivement à l’acceptabilité sociale du projet, ce qui est tout aussi important que l’aspect économique.
L’avenir de l’industrie passe par les résidus

Le projet Évolys à Thurso est bien plus qu’une simple reconversion d’usine. C’est la preuve tangible que nos résidus peuvent être la clé de l’innovation industrielle et environnementale. En remplaçant l’anthracite fossile par du biocarbone issu de la biomasse locale, Rio Tinto réduit drastiquement son empreinte carbone à Sorel-Tracy, tout en offrant un débouché absolument vital aux entreprises forestières des Laurentides et de l’Outaouais qui souffraient terriblement de la perte de Fortress.
Bien sûr, il reste des inconnues, notamment concernant le prix et le volume d’achat de la fibre — un point que Justine Éthier-Quenneville a souligné avec raison. Mais l’élan est là : Évolys se positionne comme le plus grand producteur de biocarbone au Québec avec un objectif de 50 000 tonnes par an. C’est une histoire qui mérite d’être suivie de près, car elle illustre parfaitement comment l’économie circulaire peut non seulement réparer les dégâts du passé, mais surtout tracer la voie vers un avenir industriel beaucoup plus durable. Un très beau chapitre qui s’ouvre pour Thurso, je trouve.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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