Au Tchad, le recul dramatique du lac attise la violence et la famine

Au Tchad, le recul dramatique du lac attise la violence et la famine credit : lemorning.ca (image IA)

Quand le climat n’est plus un débat, mais une urgence de vie

Nous entendons souvent parler du dérèglement climatique comme d’un concept lointain, une menace future. Mais pour les populations du Sahel, et particulièrement autour du lac Tchad, ce n’est pas une théorie scientifique; c’est une réalité quotidienne, brutale, qui s’accélère. Depuis deux générations déjà, les Africains vivent avec ces conséquences, mais aujourd’hui, la violence des événements météo extrêmes est telle qu’elle commence à provoquer des conflits ouverts et sanglants.Le lac Tchad, autrefois une oasis immense, est en train de se contracter, de disparaître. La désertification y ensable les terres fertiles et assèche les cours d’eau, transformant la vie de millions de riverains. Il est fondamental de comprendre que cette crise environnementale n’est pas seulement écologique, c’est avant tout une catastrophe humaine sans précédent.

Une oasis qui se réduit et s’assèche, source de natron

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C’est vrai que le paysage est à couper le souffle. Quand on y est, on voit ces dunes sablonneuses d’où jaillissent des îlots de verdure, des bras du lac bordés de nénuphars. C’est magnifique, un spectacle naturel… mais trompeur.Aujourd’hui, l’eau du côté tchadien ne forme plus une grande étendue uniforme. On voit surtout des méandres et des affluents totalement asséchés. Le lac Tchad est en train de se tarir de jour en jour, nous explique Adam Mbodou Korami, qui est chef du secteur de l’élevage dans la région de Kaya. C’est le changement climatique qui fait son œuvre : sécheresse, ensablement… tout y passe. Et tenez-vous bien : là où il y avait de l’eau, on trouve maintenant du natron, ce bicarbonate de sodium qu’on utilise en cuisine. Une preuve assez incroyable de la rapidité du recul des eaux, n’est-ce pas?

La survie désespérée des éleveurs nomades

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Imaginez devoir marcher toujours plus loin juste pour trouver de quoi faire boire vos bêtes. C’est le quotidien d’éleveurs comme Alhadji Mbodou Adji, que nous avons rencontré près de Baga Sola. Lui et son petit groupe campent sommairement, entourés de leurs chèvres et zébus, dans un dénuement total.« Durant la saison sèche, c’est compliqué de trouver de l’eau. On doit aller de plus en plus loin à l’intérieur des terres », confie-t-il, l’air grave. Ce n’est pas seulement la fatigue. C’est la perte financière, la perte de leur héritage. Moussa Battagne, un autre éleveur, renchérit sur le drame : « Avant, nous avions plus de 1000 têtes de bétail : il n’en reste qu’une centaine. On doit les vendre ou les tuer pour manger. Les enfants ont faim. » C’est d’une tristesse qui vous noue l’estomac.

Quand la soif engendre la violence : les batailles pour l’eau

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La rareté de l’eau est directement liée à la violence qui secoue la région. Je suppose que c’est ça l’effet domino du climat déréglé. Quand les vaches d’un éleveur s’éloignent de leur parcours habituel – ce qu’on appelle le couloir de transhumance – pour trouver une mare, elles finissent par piétiner les récoltes des agriculteurs. Et là, ça dégénère, vite, très vite.Monsieur Korami le dit sans détour : « Les batailles entre paysans et éleveurs, c’est un gros problème pour les autorités. L’agriculteur va frapper l’animal qui est dans son champ, l’éleveur va réagir en l’attaquant, avec son glaive ou son bâton… Parfois, il y a des morts d’hommes. » Des centaines de personnes sont mortes ces dernières années à cause de ces conflits. Ces décès sont liés aux changements climatiques, point final. Les gens se battent pour l’eau, une denrée qui manque dix mois par année.

Le paradoxe des inondations destructrices

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Si la sécheresse est le problème principal, l’eau qui revient, elle, ne sauve rien, bien au contraire. Non, attendez, c’est pire. Souvenons-nous de l’impact des grandes sécheresses des années 60 et 70 qui ont réduit la surface du lac Tchad de 90 % (passant de 25 000 km2 à 2500 km2). C’est colossal.Depuis une vingtaine d’années, le delta s’est en partie renfloué, mais ce renflouement cause d’autres dégâts. Dans le petit village de Baloul, Awa Lemine Yourane, une maman de 40 ans, raconte la tragédie de l’an dernier : les récoltes ont été inondées, tout a été perdu. Leurs terres sont devenues impropres à la culture parce que l’eau ne s’est pas complètement retirée. « Quand tu as quelque chose de grand et que tu le vois disparaître sous l’eau, c’est bouleversant », confie-t-elle, avec l’amertume de la détresse. C’est l’essence même de l’instabilité climatique : jamais assez d’eau, ou alors beaucoup trop, au mauvais moment.

L’aide humanitaire : un souffle de résistance

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Face à ce chaos, des organisations tentent d’apporter une aide concrète. Awa et son mari, qui ont perdu 70 % de leur surface cultivable, travaillent désormais sur un site maraîcher aménagé grâce à l’aide d’Oxfam Québec (et un peu d’argent d’Affaires mondiales Canada).Issouf Yana Touré, responsable terrain d’Oxfam, nous explique la stratégie : comme la terre d’origine n’est plus cultivable, ils ont aménagé cet espace en hauteur, loin des inondations, avec des forages et un château d’eau. Cette ingéniosité permet à quelques familles de planter des oignons, des tomates et des fruits. L’ONG ne fait pas que cela : elle distribue des céréales, un peu d’argent pour compenser la perte des récoltes, et même des chèvres à une quarantaine de familles. C’est un travail essentiel, mais on sent bien que c’est une course contre la montre face à l’ampleur du désastre.

Le cri déchirant de la famine chez les enfants

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Moussa Ali Zene, le mari d’Awa, ne cache pas sa gratitude envers l’aide qu’ils reçoivent. Mais il y a dans sa voix une souffrance plus profonde : celle de l’homme incapable de subvenir seul aux besoins de ses proches. Il souffre d’être dépendant de la charité, même si elle est vitale.« Le plus gros problème, dit Moussa, c’est la faim, la famine. Nous, les adultes, on peut résister, mais pas les enfants. » Il nous pose alors la question terrible : « Avez-vous vu un seul enfant manger quelque chose depuis que vous êtes ici? » Sa femme ajoute que les enfants, affamés, tombent malades. Elle raconte le drame des petits qui meurent en route vers le centre de santé, qui est situé à plusieurs heures de Baloul, et seulement accessible à dos d’âne. C’est un rappel brutal que le changement climatique tue ici et maintenant, en affamant les plus vulnérables.

L’humanité face à l’accélération des crises

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Ce qui se passe autour du lac Tchad, ce n’est pas seulement une histoire de géographie ou de météorologie. C’est l’histoire de la survie de millions de personnes qui voient leur mode de vie et leur sécurité s’effondrer sous l’effet conjugué de la sécheresse, des inondations, et des conflits qui en découlent. L’eau, désormais rare dix mois par an, est devenue la ligne de front d’une guerre invisible.Le sort des éleveurs nomades obligés de choisir entre vendre leurs bêtes ou nourrir leurs enfants, ou celui des agriculteurs qui perdent tout à cause d’un surplus d’eau inattendu, sont des rappels que l’urgence climatique est déjà là. Soutenir les efforts des ONG, c’est soutenir la vie, en donnant des outils concrets comme l’aménagement de jardins en hauteur et l’accès à l’eau potable, des gestes qui, dans ces régions, sont littéralement salvateurs.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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