Analyse : Le prix générationnel du budget Champagne, entre défense et recul climatique

Analyse : Le prix générationnel du budget Champagne, entre défense et recul climatique credit : lemorning.ca (image IA)

Ce fameux budget ‘générationnel’

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J’étais sur place, au huis clos, ici à Ottawa, pour décortiquer la présentation de ce budget. Croyez-moi, nous avons passé la journée entière, avec les experts et les collègues, à éplucher le document, à faire nos tableaux, à relever les mesures. Mais, toute la journée durant, une question me revenait sans cesse : en quoi diable ce budget est-il vraiment « générationnel », comme le ministre Champagne l’a seriné mille fois?

Honnêtement, ce que j’y vois, c’est surtout un gros déficit qui enfle, une dette qui prend de la hauteur, mais pas grand-chose qui va fondamentalement, je dis bien *fondamentalement*, transformer le paysage économique du pays. On verra que le vrai enjeu générationnel est peut-être là où on l’attend le moins, et pas toujours pour le meilleur.

La défense : l’injection massive qui change la donne

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En réalité, si l’on cherche l’élément qui frappe le plus, celui qui représente vraiment un engagement massif et qui va peser sur les décennies à venir, c’est bien la décision du gouvernement Carney d’injecter des sommes astronomiques dans la Défense : 82 milliards de dollars sur cinq ans.

C’est colossal. Le quart de cette somme est directement destiné au recrutement et à l’amélioration des salaires de nos militaires canadiens. Un autre quart servira à remettre à niveau les infrastructures de défense, ainsi qu’à l’entraînement et aux munitions. On parle aussi de modernisation numérique et de nouveaux véhicules. À mon sens, oui, une dépense de cette ampleur, c’est indiscutablement générationnel, car elle redéfinit notre capacité militaire pour longtemps.

Infrastructures : nécessaires, mais pas une révolution

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Pour le reste des dépenses, même si les montants sont importants, on ne peut décemment pas affirmer qu’elles vont chambouler le Canada. Prenez l’exemple du nouveau fonds d’infrastructures de 51 milliards de dollars sur dix ans. C’est un geste très positif pour l’économie, c’est certain.

Mais était-ce révolutionnaire? Non. C’était tout simplement nécessaire. Le Canada se devait de relancer un plan d’infrastructures pour aider les provinces à mener à bien des projets vitaux. D’ailleurs, rappelez-vous que le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, réclamait 100 milliards de dollars. Sa déception au lendemain du budget était palpable, ce qui nous rappelle que, même si on injecte des milliards, on est peut-être juste en train de rattraper le retard.

La ‘superdéduction’ : un coup de pouce temporaire face aux géants américains

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Il y a aussi la fameuse « superdéduction » visant à stimuler la productivité des entreprises, une mesure qui a été plutôt bien accueillie. Le ministre Champagne a, disons-le, eu la main lourde sur le qualificatif « super ».

L’idée, c’est que les entreprises pourront amortir à 100 % leurs dépenses d’achat d’équipements ou de construction dès la première année. C’est un avantage fiscal indéniable. Mais est-ce suffisant pour transformer radicalement l’économie? Les économistes de Desjardins notent que cette mesure est prometteuse, mais qu’elle ne fait pas le poids face aux incitatifs des États-Unis, où l’amortissement immédiat est devenu permanent. Chez nous, la déduction commencera à disparaître à partir de 2030. De plus, avec un coût estimé à seulement 1,5 milliard de dollars, c’est une faible part des nouvelles dépenses. Peut-on vraiment rivaliser avec les avantages fiscaux puissants des États-Unis, qu’ils soient sous Biden ou sous Trump?

Le grand recul climatique : une dette transférée aux générations futures

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Voilà, à mon avis, l’aspect le plus marquant — et le plus inquiétant — de ce budget, surtout quand on parle de « générationnel ». Si le gouvernement Carney avait réellement voulu transformer l’économie, il aurait fait des choix audacieux sur le plan environnemental. Au lieu de ça? Il fait carrément machine arrière.

On ouvre la porte à l’abandon du plafond d’émissions pour les hydrocarbures. On dit au revoir au programme de plantation de deux milliards d’arbres. La subvention pour les maisons plus vertes? Terminée. Même la promesse de rétablir l’aide à l’achat de véhicules électriques pour les particuliers est mise de côté. On recule sur les lois concernant l’écoblanchiment… et on ne mentionne plus que la cible théorique de carboneutralité en 2050. Qu’en est-il des cibles intermédiaires de 2030 et 2035? Silence radio.

Le professeur d’économie François Delorme parle de coûts générationnels. Oui, il y a l’endettement financier, mais en se désengageant de la lutte climatique, on transfère carrément une dette climatique aux jeunes. C’est une stratégie laxiste, basée sur l’espoir que le secteur privé, stimulé par des mesures fiscales douces, atteindra nos objectifs. Comme le dit Delorme, parler de carboneutralité en 2050 sans donner de trajectoire, c’est comme annoncer qu’on sera canonisé en 2100 : c’est symbolique, mais ça ne dit rien sur ce qu’on fait aujourd’hui.

Le déficit de 78 milliards : inquiétant, mais sous contrôle relatif

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Ah, le chiffre qui fait peur à tout le monde : un déficit annoncé à 78 milliards de dollars. C’est le troisième plus élevé de notre histoire en dollars courants. C’est beaucoup, on ne va pas se mentir.

Toutefois, il faut relativiser. En pourcentage du Produit Intérieur Brut (PIB), ce niveau est loin d’atteindre les 6, 7 ou 8 % que nous avons connus dans les années 1980. Moi, ce que je dis, c’est qu’on est encore à des niveaux considérés comme prudents, pas excessifs. Les agences de notation comme Desjardins ne s’inquiètent pas d’une dégradation de la note de crédit à court terme, car le Canada maintient une position budgétaire enviable par rapport à d’autres économies avancées.

Ceci dit, prudence est mère de sûreté. Chaque fois qu’on augmente le déficit et le ratio dette-PIB, on réduit d’autant notre marge de manœuvre pour les prochaines crises ou pour d’autres investissements majeurs. C’est là que le déficit, même s’il est gérable aujourd’hui, devient un poids pour demain.

Conclusion : Un budget de nécessité et de renoncement

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Pour résumer, ce budget est une contradiction intéressante. D’un côté, il est défini par des gestes forts et francs, comme le massif investissement de 82 milliards de dollars dans la défense, et par la nécessité d’un fonds d’infrastructures pour soutenir les provinces. Ce sont des choix concrets qui auront un impact durable.

D’un autre côté, il sera probablement aussi retenu pour son virage arrière sur le climat, qui transfère une dette écologique colossale aux générations futures. Financièrement, bien que le déficit de 78 milliards soit élevé en chiffres absolus, il reste gérable par rapport à la taille de notre économie. Mais il nous rappelle, tout de même, que nos choix d’aujourd’hui, surtout nos renoncements, sont les fardeaux de nos enfants.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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