Le pétrole s’envole de 30 % : l’onde de choc qui paralyse l’économie mondiale
Mathieu Gagnon - 2026-03-09 11:25
credit : lemorning.ca (image IA)
Une flambée historique sur fond de conflit

credit : lemorning.ca (image IA)
Lundi, les marchés de l’énergie se sont réveillés en état de choc. Le prix du baril de pétrole a littéralement flambé, bondissant de 30 % pour franchir la barre des 115 dollars. Cette envolée spectaculaire, d’une ampleur rarement vue, est la conséquence directe de l’aggravation du conflit au Moyen-Orient et du blocage persistant d’un point de passage maritime névralgique : le détroit d’Ormuz.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Dans le sillage de cette explosion des prix de l’or noir, les Bourses asiatiques ont entamé la semaine par une chute vertigineuse, marquant le début d’une journée de haute tension pour l’économie mondiale.
Des chiffres qui affolent les compteurs
Vers 22 h 30, heure de l’Est, les indicateurs affichaient des progressions vertigineuses. Le baril de West Texas Intermediate (WTI), qui sert de référence au marché américain, s’envolait de 30,04 % pour atteindre 118,21 dollars. De son côté, le baril de Brent de la mer du Nord, la référence mondiale, flambait de 27,54 % à 118,22 dollars. Depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le WTI a vu sa valeur s’apprécier de 70 %, une performance inédite sur une période aussi courte.
Pour mettre ces chiffres en perspective, même l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui avait pourtant propulsé le baril à 130,50 dollars début mars 2022, n’avait pas engendré de secousses aussi violentes et soudaines sur les marchés.
Le Moyen-Orient au cœur des perturbations

credit : lemorning.ca (image IA)
Au dixième jour de la guerre impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, tous les regards restent tournés vers le détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique, par lequel transitent environ 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), demeure quasi-paralysé. Lloyd Chan, de la banque MUFG, n’hésite pas à parler de « choc pétrolier », observant que « les perturbations de l’approvisionnement s’intensifient, les données de suivi des navires confirmant l’arrêt du trafic maritime ».
Les répercussions s’étendent à toute la région. L’Arabie saoudite a dû intercepter lundi deux drones visant le gisement pétrolier de Shaybah, dans le sud-est du pays, cible d’une attaque la veille. L’expert de MUFG précise l’ampleur des coupes de production : « Les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak ont réduit leur production de pétrole, l’Irak annonçant à lui seul une baisse d’environ 3 millions de barils/jour ».
Face à cette crise, le président américain Donald Trump a estimé dimanche soir que cette flambée était un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde ». En parallèle, l’Agence américaine de développement DFC a annoncé vendredi la mise en place d’un mécanisme de réassurance pouvant aller jusqu’à 20 milliards de dollars pour couvrir les risques liés au passage du détroit.

credit : capture d’écran tirée de la plateforme truth social
Les Bourses asiatiques emportées dans la spirale

credit : lemorning.ca (image IA)
L’impact sur les marchés financiers a été immédiat et brutal. Les places boursières d’Asie ont décroché à l’unisson. Vers 22 h 30 (heure de l’Est), l’indice vedette Nikkei de la Bourse de Tokyo plongeait de 6,97 % à 51 740 points. La vague de panique a touché toutes les places de la région : à Séoul, l’indice Kospi dévissait de 6,61 %, celui de Taipei lâchait 5,70 %, Sydney perdait 3,67 % et l’indice Hang Seng à Hong Kong abandonnait 2,87 %.
Les analystes de Moody’s mettent en garde contre les conséquences à long terme. Selon eux, « une hausse significative et durable des prix du pétrole mettrait à rude épreuve les régions importatrices d’énergie, notamment l’Europe et l’Asie ». Ils prévoient « une augmentation des prix à la consommation et des coûts de production à l’échelle mondiale, érodant le pouvoir d’achat et pesant sur l’investissement ». Cette inflation galopante pourrait contraindre les banques centrales à relever leurs taux directeurs.
L’Asie est en première ligne. La Corée du Sud est le quatrième importateur mondial de brut, avec une industrie technologique très énergivore. Le Japon, de son côté, est le cinquième plus gros importateur de pétrole et le deuxième de GNL. Stephen Innes, de SPI Asset Management, résume la situation : « Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises : les coûts des intrants explosent, les anticipations d’inflation grimpent, les estimations de bénéfices sont abaissées ».
Le dollar triomphe, le paradoxe de l’or

credit : lemorning.ca (image IA)
Dans ce climat d’incertitude, les investisseurs se sont rués vers les valeurs refuges traditionnelles, avec quelques surprises. Le dollar, à la fois monnaie de réserve et devise dans laquelle le pétrole est négocié, s’est apprécié, grimpant de 0,57 % face au yen pour s’établir à 158,69 yens.
En revanche, l’or a connu un sort inattendu. Alors que son statut de valeur-refuge aurait dû le faire briller, le métal précieux a vu son éclat se ternir, cédant 1,43 % pour tomber à 5 097 dollars l’once. Comment expliquer ce phénomène ? Stephen Innes y voit une réaction classique des marchés en panique. « Alors même que les tensions géopolitiques s’exacerbent, cela semble paradoxal. En réalité, c’est un signe classique de liquidation », analyse-t-il.
L’expert de SPI Asset Management conclut en expliquant la logique des investisseurs affolés : ils « vendent ce qu’ils peuvent et l’or est l’un des actifs les plus liquides au monde ». Dans la tempête, même les abris les plus solides peuvent être sacrifiés pour obtenir des liquidités immédiates.
Selon la source : lapresse.ca