Le coût d’un référendum ? Eric Girard lance un chiffre qui fait débat

Le coût d’un référendum ? Eric Girard lance un chiffre qui fait débat credit : Side-by-side fusion: "Eric Girard 29 février 2024 (cropped).png" by TVA Nouvelles licensed under CC BY 3.0 via Wikimedia Commons + "Flag-of-Quebec.jpg" by Makaristos (Public domain) via Wikimedia Commons

La promesse référendaire, un coût déjà tangible ?

C’est une affirmation qui secoue le paysage politique québécois. Le ministre des Finances de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Eric Girard, a joint sa voix aux critiques visant l’engagement du Parti Québécois à tenir un référendum sur la souveraineté à la fin d’un éventuel premier mandat. Mercredi, il a avancé des chiffres précis pour quantifier l’impact de cette seule promesse sur les finances de l’État.

Selon les calculs du ministre, la perspective d’une consultation populaire aurait déjà fait grimper la dette québécoise de 20 millions de dollars. Il traduit ce montant en un équivalent de cinq points de pourcentage additionnels par année en paiements d’intérêts. Dans une projection à plus long terme, Eric Girard n’a pas hésité à évoquer une somme qui pourrait atteindre 200 millions de dollars au bout de dix ans, cherchant ainsi à matérialiser le risque financier.

Des calculs basés sur des suppositions

La sortie du ministre des Finances a immédiatement soulevé des questions, notamment sur le fondement de ses affirmations. Celles-ci ne s’appuient sur aucune preuve tangible et semblent anticiper une réaction des marchés financiers à un calendrier encore lointain et hypothétique. Le Québec se trouve à huit mois d’une possible élection qui pourrait porter le PQ au pouvoir, et à quatre ans d’un éventuel troisième référendum.

Cette chronologie amène à s’interroger sur la capacité des marchés à réagir avec autant d’avance, et surtout sur la base de ce qui demeure pour l’instant de pures suppositions. Qualifié de chef du « club des agitateurs d’épouvantail », Eric Girard voit sa crédibilité remise en question par cette manœuvre perçue comme une tentative d’effrayer l’électorat.

Le bilan financier de la CAQ en question

L’ironie de la situation, pour les détracteurs du ministre, réside dans le bilan financier de son propre gouvernement. Depuis 2018, Eric Girard est présenté comme l’architecte de finances publiques qualifiées de désastreuses, ayant mené le Québec dans un trou financier. Cette situation contraste fortement avec l’héritage laissé par le gouvernement précédent de Philippe Couillard, qui avait réussi à atteindre l’équilibre budgétaire et à réduire le poids de la dette.

À son arrivée au pouvoir en octobre 2018, le premier ministre François Legault avait lui-même reconnu la saine gestion de ses prédécesseurs. « Il laisse la maison en ordre, les finances publiques en ordre, il n’y aura pas de surprises », avait-il alors déclaré. Si la pandémie a bien sûr pesé sur les comptes publics, de nombreuses voix estiment que les mauvaises décisions de la CAQ ont largement contribué à cette déroute financière.

Décote de 2024 : une toute autre explication

Cette gestion a culminé en 2024 avec une décote de la note de crédit du Québec par l’agence Standard and Poor’s. La même année, le ministre Girard déposait un budget affichant un déficit historique de 13,3 milliards de dollars. Or, les analystes qui ont scruté les raisons de cette décote n’ont trouvé aucune mention de la « menace » d’un référendum dans le rapport de l’agence de notation.

Standard and Poor’s a plutôt cité une série de facteurs bien différents pour justifier sa décision. Parmi eux : les déficits persistants, une hausse marquée des dépenses publiques, de lourds investissements prévus en infrastructures, un ralentissement démographique et l’impact des baisses d’impôts consenties par le gouvernement. À l’époque, l’ensemble des partis d’opposition avait unanimement dénoncé la mauvaise gestion de la CAQ, sans que personne n’évoque le spectre référendaire.

Une stratégie à l’approche des élections

Le moment choisi pour cette sortie soulève des interrogations sur ses motivations. Dans un contexte pré-électoral, alors que la CAQ sera sans chef jusqu’en avril, les élus sont décrits comme des « électrons libres » se permettant des déclarations chocs. D’autres dépenses du gouvernement sont rappelées, comme les 5 millions de dollars pour la venue des Kings de Los Angeles à Québec, perçue comme une manœuvre électoraliste pour entretenir le « mirage des Nordiques ». On évoque également des sommes dépassant 1,5 milliard de dollars dilapidées dans les dossiers de SAAQclic, Northvolt et Lion électrique.

La perspective d’un référendum, aujourd’hui brandie par les fédéralistes, était absente des débats lors de la décote. L’approche du scrutin à l’automne semble changer la donne. Cette stratégie, visant manifestement à faire peur aux Québécois, est vue par certains comme une insulte à leur intelligence et une manœuvre qui pourrait, au final, se retourner contre ses auteurs.

Selon la source : journaldequebec.com