Donald Trump : La stratégie du discrédit comme méthode de gouvernance
Simon Kabbaj - 2026-02-15 11:19
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Du « gros bon sens » à la gestion par l’absurde
Lors de ses trois campagnes présidentielles successives, Donald Trump a constamment invoqué le « gros bon sens » comme boussole politique. Pourtant, l’observation de sa méthode de gouvernance actuelle révèle une approche radicalement différente, que certains observateurs qualifient de gestion par l’absurde. Face à des réalités qui ne servent pas ses intérêts ou qui contredisent ses plans, le président américain ne cherche pas à engager un processus de changement logique ou transparent.
La stratégie adoptée est plus directe et systématique : il s’agit de discréditer purement et simplement ce qui le dérange, peu importe l’imprécision ou la variabilité des faits en question. Cette mécanique du déni et de la décrédibilisation est devenue la marque de fabrique de son administration, remplaçant l’argumentation factuelle par une remise en cause fondamentale des informations contradictoires.
Chaque semaine apporte son lot d’exemples illustrant cette dynamique. Le jeudi dernier, par exemple, le président a officiellement écarté le « constat de mise en danger », un concept qui constituait pourtant l’une des pierres angulaires de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis.
L’environnement et la science sous pression
Dans le domaine environnemental, la rupture avec le consensus scientifique est consommée. Lee Zeldin, nommé directeur de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA), a procédé à la suppression des données les plus significatives sur les changements climatiques du site officiel de l’agence. Il soutient désormais la thèse selon laquelle les activités humaines n’ont aucun impact sur l’évolution du climat, une position qui va à l’encontre des conclusions tirées par l’immense majorité des chercheurs.
Cette offensive ne se limite pas aux discours, elle se traduit par une réorientation massive des financements qui bouleverse la recherche scientifique américaine, des laboratoires universitaires aux agences fédérales. Le magazine The Economist a récemment mis en lumière l’ampleur de ces coupes budgétaires : la recherche sur l’énergie solaire a été amputée de 31 %, celle sur l’énergie éolienne de 27 %, et celle sur la bioénergie de 11 %.
À l’inverse, les énergies fossiles bénéficient d’un regain d’intérêt spectaculaire de la part de l’administration. Dans le même temps où les énergies renouvelables voient leurs crédits fondre, les investissements consacrés à la recherche sur le charbon ont explosé, enregistrant une hausse de 260 %.
La guerre déclarée aux éoliennes
Au-delà des chiffres, les déclarations du président concernant les infrastructures d’énergie renouvelable, et plus particulièrement les éoliennes, atteignent un niveau de virulence surprenant. Donald Trump ne se contente pas de critiquer leur esthétique, les jugeant laides ; il leur attribue des conséquences écologiques et sanitaires graves.
Selon ses propos, ces installations tueraient un nombre « phénoménal » d’oiseaux. Plus surprenant encore, il affirme que les éoliennes rendraient les baleines « folles ». Sur le plan de la santé humaine, le président a également avancé que le bruit émis par ces structures serait une cause de cancers.
Ces affirmations, qui défient les connaissances scientifiques actuelles, s’inscrivent dans cette volonté de discréditer une technologie concurrente aux énergies fossiles qu’il privilégie, en utilisant des arguments anxiogènes et des hyperboles.
Santé publique : coupes budgétaires et confessions
Le secteur de la santé publique traverse lui aussi une zone de turbulences sous la supervision de Robert Kennedy Jr. Ce dernier, connu pour croire que les vaccins causent l’autisme et d’autres maladies malgré les preuves scientifiques contraires, est désormais en charge de domaines nécessitant un soutien crucial. Sa gestion s’est traduite par le retrait d’au moins 1,2 milliard de dollars de subventions du département de la Santé, fonds initialement destinés au développement de vaccins à ARNm, technologie ayant notamment servi contre la COVID-19.
Le profil de Robert Kennedy Jr suscite des interrogations, alimentées par ses propres déclarations récentes. Vendredi dernier, lors de son passage dans le balado populaire de Theo Von, il a évoqué ses décennies de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie. Il a notamment affirmé ne pas craindre les microbes, justifiant cette absence de peur par son passé tumultueux : il a déclaré avoir déjà sniffé de la cocaïne sur des sièges de toilette.
Cette désinvolture affichée face aux risques sanitaires, couplée à des décisions budgétaires drastiques, installe un climat d’incertitude au sein des institutions de santé américaines, alors même que les besoins en financement et en recherche restent importants.
Insultes et tensions au sein du camp républicain
Sur le plan politique, la méthode Trump se caractérise par une agressivité verbale dirigée même contre son propre camp. Cette semaine, sa réaction face aux élus républicains ayant approuvé au Congrès l’abrogation des droits de douane contre le Canada a viré à l’insulte et aux menaces. L’objectif est clair : décrédibiliser et entacher la réputation de ceux qui osent le défier.
Les attaques personnelles sont précises et violentes. Le représentant républicain du Kentucky, Thomas Massie, habitué aux colères présidentielles, a été qualifié d’« imbécile » (moron). De son côté, le sénateur Rand Paul, également républicain, s’est vu traiter de « fou malade » (sick Wacko) pour avoir exprimé son désaccord.
Cet arsenal rhétorique, composé de dénigrements et d’attaques ad hominem, sert d’outil de discipline interne. Il permet au président de maintenir sa ligne directrice en isolant et en humiliant les voix discordantes au sein même de sa famille politique.
Une philosophie assumée face aux médias et à l’avenir
Cette stratégie de la terre brûlée n’est pas une improvisation, mais une philosophie théorisée par Donald Trump lui-même. En 2016, il avait explicité sa démarche à Lesley Stahl, correspondante de l’émission 60 Minutes sur CBS. Lorsqu’elle lui demandait, hors caméra, pourquoi il attaquait les médias sans raison précise, il lui avait spontanément répondu : « Je le fais pour vous discréditer et vous rabaisser, afin que personne ne vous croie lorsque vous écrirez des articles négatifs sur moi ».
Cette confession éclaire sa méthode actuelle : Trump ne cherche pas à convaincre par la raison, mais à contraindre par la force du discrédit. Il tord les faits, la science et la réalité pour les soumettre à sa narration. Cette approche laisse présager des tensions futures majeures.
Les observateurs avertissent qu’il faut se méfier des échéances à venir : si Donald Trump venait à perdre les élections de mi-mandat, la logique voudrait qu’il ne remette pas en question son autorité ou sa politique, mais la légitimité des élections elles-mêmes.
Selon la source : journaldemontreal.com
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