Succession à la CAQ : Bernard Drainville lance une offensive musclée pour remplacer François Legault
Mathieu Gagnon - 2026-02-07 11:54
credit : TVA Nouvelles, CC BY 3.0 Québec, le 7 février 2026 — Dans la course ouverte pour succéder à François Legault, Bernard Drainville ne perd pas de temps. L’ancien ministre, qui a quitté le cabinet pour briguer la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ), adopte une stratégie frontale face à sa rivale Christine Fréchette, tout en tentant de redéfinir son image politique.
Le combattant de l’arène politique
Ceux qui s’attendaient à une campagne feutrée en sont pour leurs frais. Bernard Drainville, fidèle à sa réputation de « bagarreur » décrite par son ami et analyste Pierre Duchesne, a choisi l’attaque. Dimanche dernier, il a publiquement mis au défi Christine Fréchette de l’affronter en débat, une manœuvre perçue par plusieurs observateurs comme une convocation en duel.
L’ancien député de Lévis n’a pas hésité à cibler les hésitations de sa collègue concernant le controversé dossier du troisième lien, l’accusant de nuire à l’image du parti. Cette agressivité tactique vise, selon M. Duchesne, à forcer Mme Fréchette à « ouvrir le jeu » et à se révéler davantage aux militants caquistes avant le vote fatidique du 12 avril prochain.

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Un héritage paradoxal
La position de Bernard Drainville est pour le moins délicate : il doit incarner le renouveau tout en ayant été un pilier du gouvernement sortant. Il tente de s’affranchir d’une partie du bilan caquiste, bien qu’il ait occupé des fonctions névralgiques jusqu’à tout récemment.
Son passage au ministère de l’Éducation a laissé des traces. Nicolas Prévost, ex-président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, se souvient d’un ministre parfois imperméable aux critiques du terrain. « Une fois que son idée était faite, il la gardait », confie-t-il, soulignant toutefois la détermination de l’homme à mener ses projets à terme, qu’il s’agisse de l’interdiction des cellulaires en classe ou du retour du vouvoiement.
Plus récemment titulaire du portefeuille de l’Environnement, M. Drainville a dû gérer le report des cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) et le recul sur les objectifs liés aux véhicules électriques, des décisions qu’il assume désormais sous une bannière de « centre droit » pragmatique, prônant une collaboration accrue avec le secteur privé en santé.

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De l’âme sociale-démocrate au centre droit
L’évolution idéologique du candidat retient l’attention. En 2015, lors de sa tentative pour prendre la tête du Parti Québécois, Bernard Drainville en appelait à « l’âme sociale-démocrate » du parti et défendait la souveraineté. Une décennie plus tard, le ton a changé : il parle de collaboration avec Ottawa et se distancie des lobbys pour s’adresser au « vrai monde », rappelant ses origines rurales à La Visitation-de-l’Île-Dupas.
Pour Pierre Duchesne, qui a côtoyé Drainville à la fois comme journaliste à Radio-Canada et comme ministre sous Pauline Marois, cette transformation reflète l’évolution de l’électorat québécois. Il note cependant que l’instinct politique de Drainville reste le même, tout comme son penchant pour « la politique de l’émotion ». Un trait de caractère illustré par des moments spontanés, comme son hommage a cappella à Karl Tremblay avec la Toune d’automne en 2023.
Reste à voir si cette combinaison de combativité et d’émotion suffira pour convaincre les membres de la CAQ de lui confier les clés du parti, et potentiellement celles du Québec.
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