Entre sécheresse et tweets : le rodéo risqué des agriculteurs américains sous l’ère Trump

Entre sécheresse et tweets : le rodéo risqué des agriculteurs américains sous l’ère Trump credit : lemorning.ca (image IA)

Quand le désert rencontre la politique

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C’est un décor de carte postale, un peu comme dans les vieux westerns que tout le monde connaît. Nous sommes dans l’ouest de l’Arizona, chez Brian Deganahl. C’est un éleveur de bovins, un vrai, la troisième génération à fouler cette terre aride où poussent les cactus et où se dressent des montagnes désertiques. Ici, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Comme le dit si bien Brian, « Ce désert, c’est soit le festin ou la famine ». Il faut avoir le cœur bien accroché.

Dans son ranch, le maniement du lasso est une seconde nature. Je l’ai vu faire : deux essais, et hop, il attrape un veau en anticipant ses moindres mouvements. C’est impressionnant de maîtrise. Sauf que cette année… disons que l’anticipation a été beaucoup plus compliquée. Ce ne sont pas les bêtes qui sont imprévisibles, c’est la politique.

Les éleveurs américains vivent des moments qu’on pourrait qualifier de montagnes russes. Tout ça à cause des politiques commerciales de Donald Trump. Le président a d’abord mis des tarifs sur le bœuf étranger, ce qui a fait grimper les prix. Bonne nouvelle ? Pas longtemps. Cet automne, revirement de situation pour soulager le portefeuille des consommateurs à l’épicerie. Les éleveurs, eux, ont les yeux rivés sur leur téléphone, attendant les messages du président sur Truth Social.

Brian Deganahl, qui est tout de même le président de l’Association des éleveurs de bétail de l’Arizona, se souvient très bien d’un message en octobre. Donald Trump y écrivait que les éleveurs devaient baisser leurs prix car « les consommateurs sont un facteur important » dans sa réflexion. Le résultat ? Immédiat et brutal. « Quand le président a publié ce message, les marchés des contrats à terme sur le bétail se sont effondrés pendant trois semaines », raconte Brian. Un simple message, et tout bascule.

Coton en berne et laitues sous tension

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Brian n’est pas le seul à se gratter la tête face aux décisions de la Maison-Blanche. Un peu plus loin, au sud de Phoenix, j’ai rencontré Paul Ollerton. Il nous a fait faire le tour de ses terres dans sa camionnette. Paul cultive du coton, mais les temps sont durs, vraiment durs. Il m’explique que 2021 a été la dernière année où la météo a été assez clémente pour cultiver toute sa ferme. Depuis, c’est la sécheresse.

Mais il n’y a pas que le manque d’eau. Il y a aussi cette fameuse guerre tarifaire. Le conflit ouvert avec la Chine a fait plonger la demande pour tout ce qui est coton, soja ou blé américain. Paul ne mâche pas ses mots : « L’année 2025 a probablement été l’une des pires que j’aie vues depuis 45 ans ». C’est dire l’ampleur du désastre. Le prix du coton reste scotché au plancher, autour de 65 cents US la livre, alors que tout le reste coûte plus cher à produire. L’inquiétude est palpable : les gens ont peur de perdre leur ferme, de ne rien pouvoir laisser à leurs enfants.

En descendant encore plus au sud, près de la frontière mexicaine, l’ambiance change un peu. On tombe sur Matt McGuire, directeur de l’agriculture pour JV Smith Companies. C’est une grosse exploitation : 15 000 acres de terres. On appelle cette région la capitale des légumes d’hiver ; c’est d’ici que viennent les légumes qui nourrissent le Canada, entre autres. Matt tient une belle laitue romaine bien croquante. Lui, il s’en sort un peu mieux que les producteurs de coton ou de soja face à la guerre commerciale, mais il n’est pas épargné.

Le problème pour lui, ce sont les coûts. Les droits de douane ont fait flamber le prix du matériel. « L’impact […] s’est fait sentir principalement sur les pièces détachées de tracteurs ou sur tout autre type de fournitures provenant de l’étranger », note-t-il. C’est un peu le revers de la médaille.

L’équation économique impossible et l’aide de l’État

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Pour comprendre ce qui se passe, il faut prendre un peu de recul. Chad Hart, un professeur d’économie à l’Université d’État de l’Iowa, résume bien la situation. C’est une attaque sur deux fronts pour les agriculteurs : d’un côté, leurs produits se vendent moins cher, et de l’autre, ça leur coûte plus cher pour travailler. C’est l’étau qui se resserre.

Et ce n’est pas comme si tout allait bien avant. Le professeur rappelle que l’économie agricole sortait déjà des années 2023 et 2024 qui avaient été plombées par une offre excédentaire. Il y avait trop de produits sur le marché. Alors, quand on ajoute à ça l’incertitude de 2025 concernant les politiques et la demande mondiale, ça prolonge juste la stagnation. On tourne en rond.

Face à cette grogne qui monte, Donald Trump a réagi. En décembre, il a mis 12 milliards de dollars américains sur la table. Une grosse somme, c’est sûr, pour aider ceux qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Mais est-ce que ça suffit à calmer les inquiétudes à long terme ? Je me le demande…

Conclusion : Une loyauté à toute épreuve ?

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Malgré tout ce chaos, c’est fascinant de voir la réaction sur le terrain. Paul Ollerton, le producteur de coton, s’impatiente un peu, c’est vrai. Il a l’impression que le président a perdu de vue l’objectif initial. Pour lui, les tarifs devaient servir à négocier des ententes plus justes, pas à s’éterniser. « Je pense que le président a beaucoup trop de choses dans son assiette », dit-il, regrettant que Trump ne se concentre pas uniquement sur la conclusion des accords. Pendant ce temps, la Chine va voir ailleurs, en Amérique du Sud par exemple.

Pourtant, et c’est là tout le paradoxe, aucun des agriculteurs que j’ai croisés ne semble prêt à lâcher Donald Trump. Matt McGuire pense même qu’un peu de protectionnisme est nécessaire car, insiste-t-il, le gouvernement chinois subventionne massivement son agriculture. Alors, pourquoi cet appui reste-t-il si fort dans l’Amérique rurale ?

Le professeur Hart a sa petite idée. Depuis son premier mandat, Trump a consolidé son statut de conservateur social, notamment en nommant trois juges conservateurs à la Cour suprême. C’est du solide pour cet électorat. Les agriculteurs savent que la politique tarifaire fait mal d’un côté, mais ils y voient des avantages ailleurs. « C’est un équilibre », dit Hart.

Quant à l’éleveur Brian Deganahl, son espoir repose sur la déréglementation. Pour lui, moins de règles vaudraient mieux que n’importe quelle autre mesure. « À long terme, nous aurons plus de bétail », assure-t-il. Sa conclusion est sans appel : « On a voté pour lui et on continue de le soutenir ». Dans ce coin de désert, la loyauté envers le président semble aussi enracinée que les vieux cactus.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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