Le Groenland : le test de l’Union européenne face à Trump
Simon Kabbaj - 2026-01-10 10:10
credit : lemorning.ca (image IA)
Un test de force pour une Europe déjà divisée

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Ça devait être une occasion de montrer de quoi elle est capable. Pourtant, face aux prétentions répétées de Donald Trump sur le Groenland, l’Union européenne semble, une fois de plus, hésitante et à la recherche de la bonne posture. Vous savez, c’est un peu comme si elle n’arrivait pas à se mettre d’accord sur la réponse à donner.
Déjà, l’Europe est divisée sur la manière d’aider l’Ukraine, ce qui n’est pas rien. Et voilà que Trump remet le couvert avec cette île danoise. Le Groenland, avec ses paysages de glace et ses 55 000 habitants, majoritairement des Inuit, devient le symbole d’un autre défi de taille.
La défense de la souveraineté du territoire groenlandais pourrait être l’occasion parfaite pour l’Union européenne (UE) de prouver son utilité, sa cohésion, vous voyez ? Saura-t-elle la saisir, au moins ? Et franchement, aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? Quand on observe les premiers signes, on ne peut pas dire qu’ils soient très encourageants, et c’est le moins qu’on puisse dire.
Des mots forts, mais des actes concrets ? Les réactions à la menace américaine
Cette semaine, il y a quand même eu un mouvement. La France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et même le Royaume-Uni ont publié un communiqué commun avec le Danemark. Leur message était clair : ils rappellent la souveraineté territoriale et l’inviolabilité des frontières du Groenland, qui fait partie du Danemark et qui est membre de l’OTAN.
Mais est-ce que de simples mots vont suffire à faire reculer les ambitions de Donald Trump ? Ça paraît peu probable, non ? Et puis, une déclaration commune, c’est une chose, mais les actes en sont une autre, complètement différente.
En coulisses, par exemple, ça bouillonne un peu plus. Plusieurs députés européens de haut rang ont laissé entendre qu’ils pourraient bloquer l’accord commercial entre l’UE et les États-Unis si Washington ne renonce pas à ses velléités d’annexion. Pour eux, c’est devenu une rupture politique directe, avec des conséquences économiques.
Seulement, voilà… Cette menace de fermer l’accès au marché européen, est-ce qu’elle se concrétisera vraiment ? On peut en douter.
Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a appelé l’Europe à se montrer forte, unie, et à croire en elle-même. Il a averti qu’une Europe « faible et divisée » ne serait prise au sérieux par personne. Mais bon, c’est toujours plus facile à dire qu’à faire, face à un éventuel envahisseur américain.
Du côté danois, certains politiciens vont encore plus loin. Ils réclament carrément le déploiement de troupes allemandes et françaises au Groenland pour dissuader les États-Unis. « Nous devons clairement faire comprendre qu’il s’agirait d’un conflit armé », a ainsi affirmé le dirigeant de gauche Pelle Dragsted, en renchérissant sur les propos du député conservateur Rasmus Jarlov qui parlait d’augmenter le prix d’une invasion pour les Américains.
Le général français Nicolas Richoux, ancien attaché de défense à Berlin, a donné son avis d’expert cette semaine. Il estime qu’il faut envoyer d’urgence des renforts européens sur place, en tant que force de réassurance. « Ils n’oseront pas tirer sur leurs alliés », a-t-il dit, ajoutant qu’une attaque américaine mettrait l’infamie sur les États-Unis.
Et le Danemark, de son côté, ressort une directive vieille de la guerre froide, datant de 1952 : en cas d’invasion, les soldats danois au Groenland ont l’ordre d’ouvrir le feu immédiatement, sans attendre d’instructions ou même une déclaration de guerre. Le ministère de la Défense danois a réaffirmé cette directive cette semaine, histoire d’envoyer un signal clair à Washington.
La défense européenne : une puissance de papier ?

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Pas étonnant que le Danemark se démène autant, en vérité. Il mène une offensive diplomatique sur les deux rives de l’Atlantique, pour essayer de rallier les pays européens et de convaincre les législateurs américains que Copenhague ne lâchera pas le Groenland.
À Washington, cette semaine, l’envoyé du Danemark Jesper Møller Sørensen et le représentant du Groenland Jacob Isbosethsen ont fait pression sur les élus au Capitole. Leur espoir, peut-être ténu, est d’obtenir que le Congrès s’oppose à une prise de contrôle hostile.
C’est un effort louable, d’autant que Trump campe sur ses positions. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, doit d’ailleurs rencontrer des responsables danois la semaine prochaine. Ça va être un moment crucial.
Alors, que peut faire l’Union européenne de plus ? Une idée a été avancée : pourquoi ne pas menacer de mettre les Américains dehors, tout simplement ? Après tout, Trump a répété : « Nous serons toujours là pour l’OTAN, même si elle ne sera pas là pour nous. » Il oublie un peu vite que le fameux article 5 du traité n’a été invoqué qu’une seule fois, et c’était pour aider les États-Unis après les attentats de 2001.
Il y a en ce moment 31 bases permanentes et 18 bases militaires américaines en Europe, avec environ 84 000 militaires, et des commandements principaux en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni. Mais virer les Américains ? Ce serait très, très compliqué.
Pour Elisabeth Gosselin-Malo, correspondante européenne pour Defense News, « l’Europe dépend tellement des États-Unis. » Elle explique que si l’annexion du Groenland allait clairement à l’encontre de l’article 5 de l’OTAN, il y aurait peut-être des mesures plus radicales, « mais je ne vois pas l’Europe étant comme la première qui prendrait cette décision-là. »
Et elle a raison sur un point essentiel : la base industrielle de la défense européenne est extrêmement fragmentée. Chaque pays, même uni par l’OTAN et l’UE, fait un peu cavalier seul. Les budgets et les priorités, c’est national. « Pendant des décennies, il n’y a pas eu assez d’argent qui a été mis dans le réarmement », ajoute-t-elle, ce qui force aujourd’hui certains pays à dépendre des États-Unis.
Pourtant, regardons les chiffres, ils sont parlants. En 2024, l’Union européenne à 27 a un PIB de près de 18 000 milliards d’euros (environ 30 000 milliards $ CA), ce qui en fait la deuxième puissance économique mondiale. Derrière les États-Unis (25 600 milliards d’euros, soit plus de 41 000 milliards $ CA, environ 26% du PIB mondial) mais devant la Chine (17 800 milliards d’euros).
C’est aussi une puissance financière avec l’euro, deuxième monnaie de réserve mondiale. Elle abrite 450 millions d’habitants.
Mais côté militaire, le tableau est tout autre. Le budget de défense de l’UE (y compris le Royaume-Uni) est d’environ 450 milliards de dollars américains (plus de 600 milliards $ CA). Ça représente moins de la moitié de celui des Américains. Et Trump voudrait justement le faire passer de 1000 à 1500 milliards de dollars.
L’éditorialiste Jean Quatremer, du journal Libération, a été cinglant cette semaine. Il parle d’un « tigre de papier ». « Nous avons 27 armées. Si on les additionne, ça semble être important… sauf que nous avons 27 chars différents, donc en gros, nous ne sommes pas intégrés. Aujourd’hui, on n’aurait pas la capacité en tant qu’Union européenne de mener une guerre sans les Américains », a-t-il déploré.
Il va plus loin : l’UE « doit louer des avions pour transporter ses militaires à l’étranger. C’est ça, la réalité, on n’a pas les capacités de défense antimissiles, on ne peut pas mener une guerre. » C’est un constat assez brutal, vous en conviendrez.
Conclusion : Un paradoxe, et un petit espoir de solidarité retrouvée

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Et si, dans cette affaire, Donald Trump faisait finalement un cadeau, bien malgré lui, à l’Europe ? C’est un paradoxe, mais la situation du Groenland pourrait bien lui donner un coup de pouce.
Parce que regardez : Trump a des soutiens sur le Vieux Continent, chez les partis d’extrême droite. Des figures comme Giorgia Meloni en Italie, Viktor Orban en Hongrie, Marine Le Pen en France ou Nigel Farage au Royaume-Uni s’inspirent plus ou moins de son mouvement MAGA (qu’on rebaptise parfois MEGA, pour « Make Europe Great Again »).
Mais ses prétentions impérialistes sur le Groenland, après son intervention militaire au Venezuela, commencent à créer des malaises au sein même de cette nébuleuse. Ces partis, qui sont très loin – et c’est un euphémisme – d’être pro-européens, pourraient bien y perdre des plumes dans l’opinion publique. Ils pourraient apparaître trop « collés » au trumpisme, et donc moins fiables pour défendre les intérêts européens.
Ce sentiment de rassemblement derrière le drapeau européen, face à une menace extérieure, pourrait créer un ressac contre l’extrême droite. Il pourrait, peut-être, raffermir l’idée d’une union continentale forte.
Alors, l’Union européenne est-elle à la croisée des chemins ? Faute de moyens militaires cohérents, elle pourrait au moins se redécouvrir une nouvelle fierté de défense commune, une forme de solidarité retrouvée face à l’agresseur. C’est ce que suggère, avec un peu d’optimisme, l’analyse.
L’avenir le dira. Mais en attendant, cette crise aura au moins révélé les faiblesses criantes de la défense européenne, mais aussi une petite lueur : parfois, c’est face à un danger extérieur que les gens se serrent les coudes. C’est toujours ça de pris, comme on dit.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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