Le trésor génétique du Brésil : les supercenténaires révèlent les secrets de la longévité humaine extrême

Le trésor génétique du Brésil : les supercenténaires révèlent les secrets de la longévité humaine extrême credit : lemorning.ca (image IA)

Une énigme biologique et une opportunité unique au Brésil

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Pourquoi certaines personnes franchissent-elles allègrement la barre des 110 ans, tandis que la plupart d’entre nous ne verront jamais l’aube de leur siècle ? C’est une question qui obsède les scientifiques depuis des lustres. Mais on se demande souvent si on ne cherche pas au mauvais endroit.

Dans un article publié dans Genomic Psychiatry, le Dr Mayana Zatz et son équipe du Centre de recherche sur le génome humain et les cellules souches de l’Université de São Paulo pointent du doigt un problème majeur : nos banques de données génétiques sont trop uniformes. Elles manquent cruellement de diversité. Or, c’est peut-être justement dans les populations métissées, comme celle du Brésil, que se cachent les secrets génétiques d’une longévité exceptionnelle.

« Ce fossé est particulièrement limitant dans la recherche sur la longévité », explique Mateus Vidigal de Castro, premier auteur de cette synthèse. « Les supercentenaires issus de populations métissées pourraient héberger des variants protecteurs uniques, totalement invisibles dans des populations plus homogènes. » L’équipe brésilienne a donc décidé de se pencher sur ce qui constitue, selon eux, une véritable mine d’or génétique sous-exploitée.

Le Brésil, un creuset génétique inégalé pour la science

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L’histoire du Brésil a façonné un patrimoine génétique unique au monde. Colonisation portugaise dès 1500, arrivée forcée d’environ 4 millions d’Africains réduits en esclavage, puis vagues successives d’immigration européenne et japonaise… Ce mélange a créé une diversité inouïe. Et pour la science, c’est une aubaine.

La première étude génomique d’un groupe de plus de 1000 Brésiliens de plus de 60 ans a déjà révélé 2 millions de variants génétiques nouveaux. Rien que chez les personnes âgées, on a trouvé plus de 2000 insertions d’éléments mobiles et plus de 140 allèles HLA absents des bases de données mondiales. Une étude plus récente encore a identifié plus de 8 millions de variants génomiques non décrits dans la population brésilienne, dont plus de 36 000 potentiellement délétères.

Mais les chercheurs ne se sont pas arrêtés aux chiffres. Ils ont constitué une cohorte exceptionnelle pour les étudier. Leur suivi longitudinal compte aujourd’hui plus de 160 centenaires, dont 20 supercentenaires validés, répartis dans tout le Brésil, avec des origines sociales, culturelles et environnementales très variées.

Parmi eux, il y avait Sœur Inah, reconnue comme la personne la plus âgée du monde jusqu’à son décès le 30 avril 2025 à 116 ans. Le groupe incluait aussi les deux hommes les plus vieux du monde. L’un est décédé en novembre dernier à 112 ans, et le second a aujourd’hui 113 ans. Le plus frappant, c’est que certains de ces supercentenaires brésiliens restaient lucides et autonomes dans leurs activités quotidiennes de base au moment de l’étude. Beaucoup viennent de régions défavorisées avec un accès limité aux soins modernes toute leur vie, offrant une chance rare d’étudier les mécanismes de résilience pure, en dehors de toute intervention médicale.

Familles extraordinaires et biologie du survivant

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Parfois, la longévité semble être une affaire de famille. Un cas remarquable dans la cohorte brésilienne en est la preuve : une femme de 110 ans a des nièces âgées de 100, 104 et 106 ans, formant l’une des familles les plus longévives jamais documentées au Brésil. La plus âgée, 106 ans, était même championne de natation à 100 ans ! Ça ne surprend pas totalement les chercheurs, car on sait déjà que les frères et sœurs de centenaires ont 5 à 17 fois plus de chances de devenir centenaires eux-mêmes. Étudier ces clusters familiaux rares, c’est comme avoir une fenêtre ouverte sur l’hérédité de la résilience.

Mais qu’est-ce qui distingue biologiquement ces supercentenaires ? Leurs lymphocytes sanguins maintiennent une activité protéasomale comparable à celle de personnes bien plus jeunes. Leurs mécanismes d’autophagie, ce processus de nettoyage cellulaire, restent fonctionnels et même renforcés, ce qui leur permet d’éliminer efficacement les protéines mal repliées.

Des analyses transcriptionnelles au niveau d’une seule cellule ont révélé une expansion marquée de lymphocytes T cytotoxiques CD4+, adoptant des programmes transcriptionnels normalement associés aux lymphocytes CD8+, un profil quasi absent chez les plus jeunes. Une analyse multi-omiques récente d’une supercentenaire américano-espagnole de 116 ans a, elle, mis en lumière des variants exclusifs ou rares dans des gènes clés liés à l’immunité, comme HLA-DQB1, HLA-DRB5 et IL7R, ainsi que dans des gènes associés à la stabilité du génome.

Les auteurs suggèrent que le vieillissement immunitaire chez les supercentenaires ne doit pas être vu comme un déclin général, mais plutôt comme une adaptation différentielle, une résilience fonctionnelle. Un détail amusant : contrairement à la supercentenaire américano-espagnole qui suivait un régime méditerranéen, les Brésiliens de l’étude ne mentionnaient aucune restriction alimentaire particulière.

Une résilience à toute épreuve, même face au COVID-19

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La preuve la plus spectaculaire de cette résilience biologique est peut-être venue de la pandémie. Trois supercentenaires brésiliens de la cohorte ont survécu au COVID-19 en 2020, avant même que des vaccins n’existent. Des tests immunologiques ont montré que ces individus présentaient des niveaux robustes d’anticorps IgG et neutralisants contre le SARS-CoV-2, ainsi que des protéines plasmatiques et des métabolites liés à la réponse immunitaire innée.

Comment des personnes de plus de 110 ans ont-elles pu monter une réponse immunitaire efficace contre un pathogène nouveau qui a tué des millions de personnes plus jeunes dans le monde ? C’est la convergence d’une fonction immunitaire robuste, de systèmes de maintenance des protéines préservés et d’une intégrité physiologique systémique qui fait des supercentenaires un modèle exceptionnel pour étudier la résilience biologique.

La place du Brésil dans les records mondiaux est d’ailleurs éloquente. Trois des 10 hommes supercentenaires validés les plus âgés du monde sont Brésiliens, dont l’homme vivant le plus âgé, né le 5 octobre 1912. C’est d’autant plus significatif que la longévité masculine extrême est bien moins commune que la longévité féminine. Parmi les femmes, les supercentenaires brésiliennes classées dans le top 15 mondial surpassent en nombre celles de pays plus peuplés et développés, comme les États-Unis.

Conclusion : Un appel pour une science plus inclusive et tournée vers l’avenir

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Alors, quelle suite pour cette recherche fascinante ? L’équipe ne se contente pas de séquencer des génomes entiers. Elle cultive aussi des lignées cellulaires à partir d’individus sélectionnés pour des tests fonctionnels et des analyses multi-omiques. Le but est double : valider les découvertes faites sur des cohortes non métissées, mais surtout découvrir de nouveaux variants protecteurs et mécanismes spécifiques à la population brésilienne. Ces découvertes pourraient nourrir une médecine de précision pertinente à l’échelle mondiale, mais adaptée localement à des populations diverses.

Les auteurs lancent un appel direct aux consortiums internationaux sur la longévité et la génomique : il faut élargir le recrutement pour inclure des populations ancestralement diverses et métissées comme celle du Brésil, ou bien fournir un soutien financier pour des études génomiques, immunologiques et longitudinales. Cela approfondirait nos connaissances scientifiques tout en renforçant l’équité dans la recherche mondiale en santé.

Les supercentenaires sont bien plus que des exemples de survie biologique prolongée. Ils incarnent la résistance, l’adaptabilité et la résilience – précisément les qualités que la recherche biomédicale doit chercher à démêler si son objectif n’est pas seulement d’allonger la durée de vie, mais d’améliorer la qualité de vie des populations vieillissantes. Ils ne survivent pas simplement à un âge extrême ; ils résistent activement aux marqueurs du vieillissement. Leurs secrets, enfouis dans la riche diversité génétique brésilienne, pourraient bien redéfinir notre compréhension de la longévité.

Selon la source : medicalxpress.com

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