Violences mortelles en Iran : un mouvement de contestation né du coût de la vie
Adam David - 2026-01-04 12:10
credit : lemorning.ca (image IA)
Un mouvement de colère populaire et son prix

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Bon, c’est une nouvelle qui nous glace un peu le sang, même de loin. Samedi dernier, en Iran, la situation a encore basculé dans la violence. Au moins quatre personnes ont été tuées dans l’ouest du pays, selon deux organisations de défense des droits de l’homme. Les faits se sont produits lors d’affrontements entre des manifestants et les forces de l’ordre, et ces groupes accusent carrément les Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne, d’avoir ouvert le feu.
Le mouvement, lui, n’en est pas à ses débuts. Ça fait une semaine maintenant, depuis le 28 décembre, que la contestation gronde. Tout a commencé à Téhéran, à cause de l’économie, comme souvent là-bas. Des commerçants, excédés par l’hyperinflation galopante et par un marasme économique qui n’en finit pas, ont fermé boutique. Un geste fort, qui a rapidement pris une autre dimension. Parce qu’aujourd’hui, ce n’est plus seulement le prix de la vie qui est dénoncé, mais le régime dans son ensemble. Les revendications se sont politisées, et ça, le pouvoir ne le voit pas d’un bon œil.
Et le bilan est lourd. Depuis le début, au moins douze personnes ont perdu la vie dans ces affrontements, victimes civiles et aussi, comme on le verra, des membres des forces de sécurité. Les médias iraniens, eux, rapportent des scènes de violence et des dégradations, surtout localisées dans l’ouest du pays. Mais ils ne disent pas tout, loin de là. Et c’est peut-être ça, le plus inquiétant.
Le double discours de Khamenei et la répression sur le terrain

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Le samedi de ces violences, le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, s’est exprimé publiquement devant des fidèles, à l’occasion d’une fête chiite. Son discours était un étrange mélange de conciliation et de menace. Il a reconnu, ce qui est assez rare pour être noté, que les revendications économiques des manifestants étaient « justes ». Il a même affirmé que les autorités, le président et d’autres responsables, s’efforçaient de résoudre « ce problème ». « Les commerçants ont protesté contre cette situation, et c’est tout à fait juste », a-t-il ajouté, lui qui est au pouvoir depuis 1989, ce n’est pas rien.
Mais… il y a toujours un « mais ». Khamenei a ensuite tracé une ligne rouge très nette. « Nous dialoguons avec les manifestants », a-t-il dit, avant d’ajouter, et je cite : « mais il est inutile de dialoguer avec les émeutiers. Ces derniers doivent être remis à leur place. » Cette distinction entre « manifestants » légitimes et « émeutiers » à réprimer montre bien la stratégie du régime depuis le début : un peu d’apaisement sur les difficultés de la vie, et une fermeté de fer contre tout ce qui ressemble à une contestation politique. C’est ce qu’on appelle jouer sur les deux tableaux.
Et sur le terrain, cette répression a un visage et des noms. À Malekshahi, une localité d’environ 20 000 habitants à forte population kurde dans l’ouest, les heurts ont été meurtriers. L’agence de presse officielle Mehr a annoncé que Latif Karimi, un membre des Gardiens de la révolution, avait été tué « en défendant la sécurité du pays ». Un autre membre des forces de sécurité serait mort plus tôt, frappé à l’arme blanche et par balles. En face, l’agence Fars a rapporté que des « émeutiers » avaient tenté de pénétrer dans un commissariat et que deux assaillants avaient été abattus. Les versions s’affrontent, et on a du mal à y voir clair.
Et les incidents violents se multiplient. À Darehshahr, dans la même région occidentale, l’agence Fars a fait état d’environ 300 personnes lançant des cocktails Molotov, bloquant des rues et exhibant des kalachnikovs vendredi. À Qom, la ville sainte au sud de Téhéran, c’est un drame absurde qui s’est produit : un homme a été tué par l’explosion dans ses mains d’une grenade qu’il comptait utiliser, selon l’agence Tasnim. Et un jeune de 17 ans, blessé par balle dans cette même ville, n’a pas survécu à ses blessures. Des images difficiles à imaginer.
L’ampleur des manifestations et les réactions internationales

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L’échelle de ce mouvement est importante, même si elle reste pour l’instant moins massive que les soulèvements passés. D’après Human Rights Activists News Agency, une ONG basée aux États-Unis, les protestations, depuis une semaine, se sont propagées dans au moins 60 villes, réparties dans 25 des 31 provinces du pays. C’est loin d’être négligeable. Et Téhéran, la mégalopole d’environ 10 millions d’habitants, n’est pas épargnée. L’agence Fars a elle-même signalé des rassemblements la veille du samedi dans plusieurs de ses quartiers populaires.
Le pouvoir contrôle sévèrement l’information, c’est un fait connu. Les autorités et les médias iraniens ne communiquent pas tout, ni en détail, sur ce genre d’incidents. Ça rend la tâche très compliquée pour qui veut comprendre exactement ce qui se passe. Les réseaux sociaux sont inondés de vidéos montrant la mobilisation, mais beaucoup sont impossibles à authentifier. On navigue en eaux troubles.
Et en parallèle, on voit les slogans se radicaliser. À Karaj, en périphérie de Téhéran, des personnes ont brûlé le drapeau iranien en criant « Mort au dictateur ! » et « C’est pas la dernière bataille, Pahlavi revient ! ». Ce dernier slogan, appelant au retour de l’ancienne dynastie Pahlavi (qui a régné de 1925 à 1979 avant d’être renversée par la Révolution islamique), est très provocateur pour le régime. L’agence Fars, en rapportant ces faits, a même noté que ces cris avaient eux-mêmes suscité des protestations, montrant les clivages au sein de la société.
L’Union européenne, de son côté, n’est pas restée muette. Une porte-parole de la cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas, a fait part de son inquiétude samedi. Elle a dit être « préoccupée par les informations faisant état de victimes » et a appelé Téhéran à « une retenue maximale » face aux manifestants. Une position attendue, mais qui montre que le monde regarde, d’une certaine façon.
Conclusion : Un contexte économique explosif et le souvenir des précédentes révoltes

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Il faut bien voir que derrière tout ça, il y a une toile de fond économique désastreuse. Le marasme est exacerbé par la rapide dépréciation de la monnaie nationale, le rial, sur fond de sanctions occidentales très dures. L’hyperinflation ronge le pouvoir d’achat des Iraniens. C’est le terreau sur lequel pousse cette colère, et Khamenei lui-même l’a reconnu. Mais reconnaître le problème, c’est une chose. Le résoudre en est une autre, et bien plus complexe, surtout avec un régime isolé sur la scène internationale.
Il est important de remettre ces événements en perspective. Les experts et les Iraniens eux-mêmes le soulignent : les manifestations actuelles sont, pour l’instant, de moindre ampleur que deux grands mouvements récents. On se souvient de la vaste vague de protestation fin 2022, déclenchée par la mort en détention de Mahsa Amini, cette jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour une question de voile. La répression avait été féroce. Avant cela, en 2019, c’est l’annonce d’une soudaine envolée du prix de l’essence qui avait mis le feu aux poudres, faisant des dizaines de morts dans une centaine de villes, Téhéran en tête.
Alors, est-ce que la situation va s’apaiser ? Ou au contraire dégénérer comme par le passé ? Difficile à dire. Le régime semble vouloir jouer la montre, en concédant la justesse des griefs économiques tout en écrasant violemment ce qu’il qualifie d’émeute. Mais la frontière est mince, et la colère, elle, semble profondément ancrée dans le quotidien des gens. Une semaine après le début de cette nouvelle crise, le pays reste donc sur un volcan social qui n’a pas fini de gronder.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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