Le grand virage du Canada en 2025 : de Trudeau à Carney

Le grand virage du Canada en 2025 : de Trudeau à Carney credit : © European Union, 1998 – 2025, Attribution, via Wikimedia Commons | CarletonU, Faculty of Public and Global Affairs, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Une année de ruptures

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Alors voilà, une décennie que le Parti libéral est au pouvoir à Ottawa, vous vous souvenez ? Avec Justin Trudeau d’abord, puis ce fameux remplacement en 2025 par Mark Carney. C’est un changement de garde, certes, mais c’est bien plus que ça. L’année 2025, c’est comme si le pays avait pris un virage à 90 degrés sur presque tous les sujets.

On peut se demander… est-ce que c’est la même politique ? Économie, environnement, relations avec le reste du monde, même la défense nationale : les priorités ont carrément été chamboulées. Pourquoi ? D’après les analyses, c’est un mélange de deux choses. D’abord, cette fameuse guerre commerciale lancée par les États-Unis qui a mis la pression sur tout le monde. Et puis, il y a le style du nouveau premier ministre. Mark Carney, c’est un ancien banquier central, pas vraiment le même profil que son prédécesseur. On sent que c’est un gestionnaire, quelqu’un qui regarde les chiffres et les réalpolitik avant tout. Ça se voit dans ses choix, et c’est ce qu’on va essayer de comprendre ensemble.

Scène politique : un gouvernement minoritaire qui tient bon

Il faut revenir un peu en arrière pour comprendre. Le Canada n’a pas eu de gouvernement majoritaire depuis… 2015, en fait. C’était la dernière fois avec la victoire éclatante de Justin Trudeau. Après, ce furent des gouvernements minoritaires. Pour tenir la barre, Trudeau avait dû conclure une sorte de pacte avec le Nouveau Parti démocratique en mars 2022. Cet accord, c’était simple : le NPD soutenait les libéraux sur les votes importants, et en échange, Ottawa mettait en place des programmes sociaux, comme les fameux soins dentaires nationaux.

Mais cette alliance a volé en éclats en septembre 2024. Quatre mois après, en janvier 2025, Justin Trudeau a jeté l’éponge. Ça a déclenché des élections au printemps. Et là, surprise ! Les résultats ont stupéfié tout le monde. Le NPD s’est effondré, passant de 25 à seulement 7 députés. Et Mark Carney, qui semblait perdu dans les sondages quelques mois plus tôt, a réussi un coup de maître en menant les libéraux à la victoire. Imaginez un peu !

Alors oui, il est à la tête d’un gouvernement minoritaire. Mais lui, il ne semble pas pressé de recoller les morceaux avec l’opposition. Il préfère jouer la carte de la fermeté, quitte à risquer des élections anticipées. Et pour l’instant, ça marche : son premier budget a été adopté à la Chambre des communes le 4 novembre dernier, de justesse, mais il a passé le test de confiance. C’est un début.

Le grand revirement vert et un choc en Alberta

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Là, c’est peut-être le chapitre le plus frappant. Dès son premier jour, Carney a agi. D’un trait de plume, il a aboli la taxe carbone pour les particuliers. Une mesure phare de Trudeau, supprimée du jour au lendemain. Pourtant, le directeur parlementaire du budget estimait qu’elle avait réduit les émissions de gaz à effet de serre d’environ 10%. Mais Carney l’a jugée trop « diviseuse ». On peut en penser ce qu’on veut, mais le signal était clair.

Ensuite, ça n’a fait qu’empirer – ou s’améliorer, tout dépend de votre point de vue. En juin, le gouvernement a fait adopter la Loi sur l’unité de l’économie canadienne (loi C-5). Ce texte permet de lancer plus vite de gros projets nationaux – des mines, des ports, des oléoducs – en contournant carrément certaines règles environnementales. Puis en septembre, sous la pression de l’industrie auto durement touchée par la guerre commerciale américaine, Carney a suspendu les quotas de vente de véhicules électriques. Une norme qui devait obliger les constructeurs à vendre 20% de véhicules zéro émission en 2026, 60% en 2030, et 100% en 2035. Terminé, pour l’instant.

Le budget de novembre laissait aussi entendre qu’Ottawa songeait à abandonner le plafonnement des émissions pour le pétrole et le gaz, ainsi que le cadre contre les subventions aux énergies fossiles. Mais le coup de grâce est venu le 27 novembre. Ce jour-là, Carney a signé un protocole avec l’Alberta. Ça ouvre la voie à un nouvel oléoduc et à l’élargissement d’un autre. Surtout, ça suspend l’application du Règlement sur l’électricité propre (REP) en Alberta. Or, cette province produit plus de 80% de son électricité avec du gaz naturel, elle était donc la cible numéro un de ce règlement.

L’architecte de ce règlement, c’était Steven Guilbeault, l’ancien ministre de l’Environnement de Trudeau. Réassigné à la Culture par Carney, il a démissionné le jour même de la signature, furieux. Il est toujours député libéral, mais il mène maintenant une campagne active contre la politique climatique de son propre chef. C’est dire le séisme.

Une diplomatie sans états d’âme et un réarmement massif

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Sur la scène mondiale, Carney a aussi opéré un virage à 180 degrés. Finie la politique étrangère « féministe » de Trudeau. Place à une diplomatie purement économique et pragmatique. L’objectif avoué ? Réduire la dépendance envers les États-Unis. En neuf mois seulement, Carney a visité 18 pays. Il est allé chercher des investissements partout, même dans des endroits que son prédécesseur évitait.

Prenez les Émirats arabes unis. Il s’y est rendé, le premier chef canadien à le faire depuis plus de 40 ans, et il en est revenu avec la promesse de plus de 70 milliards de dollars d’investissements. Il a ignoré les critiques sur les soupçons de transfert d’armes canadiennes vers des rebelles soudanais accusés de violations des droits. Même pragmatisme avec l’Arabie saoudite, avec qui Trudeau avait provoqué une crise, et avec l’Inde.

Avec New Delhi, les relations étaient glaciales depuis que Trudeau avait accusé le gouvernement indien d’être impliqué dans l’assassinat d’un militant sikh près de Vancouver en 2023. Carney, lui, a rencontré Narendra Modi à deux reprises déjà, au G7 en Alberta et au G20 en Afrique du Sud. Ils ont même relancé les discussions pour un accord commercial global, en sommeil depuis 2010. Même détente avec la Chine : une rencontre avec Xi Jinping en Corée du Sud en octobre, et une invitation à Pékin.

Mais le plus spectaculaire, c’est peut-être en matière de défense. Fin décembre 2025, le Canada est devenu le premier pays tiers à adhérer au programme européen d’achat d’armement, le SAFE (Action de sécurité pour l’Europe), doté de 245 milliards. C’est une initiative pour réduire la dépendance à la technologie américaine. Sous la pression de Donald Trump, Ottawa a aussi promis de consacrer 5% de son PIB à la défense d’ici 2035. Le budget Carney y consacre la part du lion : près de 82 milliards sur plusieurs années, dont 9 milliards dès 2025-2026. Un an plus tôt, le Canada était un quasi-paria à l’OTAN pour son manque d’investissement. Ce n’est plus le cas.

Conclusion : Reconnaissance de la Palestine et un cap nouveau

Et puis il y a eu ce geste qui a fait le tour du monde. Le 21 septembre 2025, Mark Carney a annoncé que le Canada reconnaissait officiellement l’État de Palestine. Il a suivi une dizaine d’autres pays comme la France, le Royaume-Uni et l’Australie. Il a justifié cela comme un effort pour préserver la solution à deux États, alors même que le gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou intensifiait ses opérations militaires à Gaza et la colonisation en Cisjordanie. La reconnaissance était conditionnelle : réformes de l’Autorité palestinienne et élections en 2026 sans le Hamas.

Israël a bien sûr crié au cadeau fait au Hamas. Mais Ottawa a changé son vocabulaire officiel, remplaçant « territoires palestiniens » par « Palestine », et permettant aux citoyens nés en Cisjordanie ou à Gaza d’inscrire ce pays sur leur passeport, un droit auparavant réservé aux personnes nées avant le 14 mai 1948.

Cette année 2025 a donc été un véritable tournant. On peut résumer ça en quelques dates clés. La démission de Trudeau le 6 janvier. L’élection de Carney le 28 avril. Sa rencontre avec Trump le 6 mai (sans accord commercial depuis). Le discours du Trône par Charles III le 28 mai. La reconnaissance de la Palestine le 21 septembre. La rupture des négos commerciales par Trump le 23 octobre après une pub anti-tarifs ontarienne. Le premier budget Carney le 4 novembre, qui a vu le député Chris d’Entremont quitter les conservateurs pour les libéraux. L’accord avec l’Alberta et la démission de Guilbeault le 27 novembre. Et enfin, le 11 décembre, un autre transfuge conservateur, Michael Ma, a rejoint les libéraux, portant leur total à 171 députés, à un seul siège de la majorité absolue.

Bref, de la politique intérieure à la scène internationale, en passant par l’environnement et la défense, le Canada de Mark Carney n’a plus grand-chose à voir avec celui de Justin Trudeau. L’année a été mouvementée, et 2026 s’annonce tout aussi cruciale.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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