Deux organismes d’aide dénoncent un retournement de dernière minute de Québec sur leurs subventions
Mathieu Gagnon - 2025-12-27 10:20
credit : lemorning.ca (image IA)
Un coup de théâtre budgétaire qui laisse deux organismes dans l’incompréhension

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C’est une histoire qui, franchement, a de quoi laisser un goût amer. Deux organismes québécois de solidarité internationale, Ingénieurs Sans Frontières Québec (ISFQ) et le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), se retrouvent soudainement privés d’un financement promis. Et tout cela à quelques jours de Noël, ce qui n’arrange rien.
Le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) a effectué ce qu’ils appellent une « volte-face », annulant un versement crucial. Ce qui est troublant, c’est que cette décision est survenue juste après qu’un reportage de Radio-Canada ait mis en lumière les difficultés d’un autre organisme, la Fondation PGL. Comme si le gouvernement réagissait au coup de projecteur médiatique, vous voyez ce que je veux dire ?
Ces deux organisations, l’une une OSBL et l’autre une ONG, comptaient sur ce programme « Québec sans frontières » (QSF). Le gouvernement Legault lui-même s’était engagé à leur verser deux fois par an des sommes importantes – on parle de plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers de dollars – et ce, jusqu’en 2028. Alors, imaginez leur stupeur.
La chronologie chaotique d’un gel et d’un dégel problématique

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Pour comprendre le cafouillage, il faut revenir en arrière. Tout a commencé le 1er novembre. À ce moment-là, le gouvernement provincial a gelé toutes les subventions par décret ministériel, dans le cadre de sa révision budgétaire. Un gel général, donc.
Le 18 novembre, le Conseil du Trésor a annoncé le dégel de ces subventions. Ouf, pensaient les organismes. Mais pas si vite. Le MRIF a gardé la sienne suspendue, parce qu’il devait, lui aussi, participer à l’exercice de révision. L’attente a continué.
Le 19 décembre, par courriel, le ministère a enfin donné des nouvelles, mais pas bonnes pour tout le monde. Il a expliqué qu’il ne pourrait pas respecter tous ses engagements et qu’il devrait réduire l’aide aux organismes ayant une « meilleure capacité financière », comme Oxfam Québec et la Fondation PGL. Par contre, bonne nouvelle pour ISFQ et le CISO : ils ont reçu une confirmation écrite qu’ils recevraient leur deuxième versement annuel comme prévu. Un soulagement de courte durée.
Le 21 décembre, Radio-Canada a diffusé un reportage où la Fondation PGL, justement, lançait un cri du cœur. Et là, rebondissement. Quelques minutes à peine après la diffusion, la Fondation PGL reçoit un courriel du cabinet du ministre pour lui dire qu’elle recevrait finalement son versement. Motif invoqué ? Une simple « erreur administrative ».
Mais cette bonne nouvelle pour l’un a fait le malheur des deux autres. Le 23 décembre, Pierre-Luc Huot, le directeur général d’Ingénieurs Sans Frontières Québec, reçoit un appel du MRIF. On lui annonce qu’il ne recevra finalement pas les 100 000 $ promis. Même son de cloche pour le CISO. La raison ? Encore et toujours cette fameuse « erreur administrative ». Pour le moment, cette suspension ne touche que l’exercice financier 2025-2026, mais le choc est bien réel.
Colère et incompréhension face à ce qui ressemble à une manœuvre politique
La réaction des deux organisations lésées est sans équivoque. « Je ne sais pas comment vous expliquer à quel point nous sommes dégoûtés et anéantis par cette situation », lâche Pierre-Luc Huot, le directeur d’ISFQ. Le mot est fort, mais il traduit un sentiment profond d’injustice.
Et lui, il ne croit pas à la version de l’erreur administrative. Pas une seconde. Son analyse est plus politique. Il est persuadé que le ministre, Christopher Skeete, a simplement choisi de retirer l’argent promis à son organisme et au CISO pour le redonner à la Fondation PGL, sous la pression médiatique. « Ils [la Fondation PGL] ont lutté médiatiquement pour faire entendre leur voix et ils ont été entendus », insiste-t-il. « Le gouvernement semble avoir réagi à la pression médiatique, en voulant éteindre des feux qu’il a lui-même allumés. » C’est clair, net et sans bavure.
M. Huot a d’ailleurs pris soin de préciser qu’il n’accusait en rien la Fondation PGL d’avoir « pris » leurs fonds. Il s’est même parlé avec son directeur général, qui, apparemment, était tout aussi dans le flou sur les raisons de ce revirement. Ça montre bien que la pagaille vient d’en haut, du ministère.
De son côté, le ministre Skeete a fourni une réponse écrite assez standard. Il dit comprendre les préoccupations sur l’importance de l’aide internationale, mais rappelle que « dans le contexte budgétaire actuel, il est essentiel de revoir nos investissements afin de maximiser notre impact ». Il affirme que « le Québec reste fermement engagé sur la scène mondiale » et que ses équipes travaillent à limiter les impacts. Mais concrètement, il n’a pas commenté les choix opérés ni expliqué la méthodologie derrière cette redistribution soudaine.
Conclusion : Une opacité qui mine la confiance et l’action sur le terrain

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Au final, cette affaire laisse un sentiment plutôt moche. Deux petites organisations, qui faisaient du bon travail sur des projets concrets – on pense à cette école construite à Madagascar par ISFQ en 2017 – se retrouvent pénalisées par ce qui ressemble à de l’improvisation, ou pire, à de la gestion au gré de l’actualité.
Pierre-Luc Huot exige maintenant des explications claires de la part du ministre Skeete. Ce qu’il veut, c’est de la transparence. Comment choisit-on qui reçoit quoi ? Sur quels critères objectifs ? Parce que là, on a l’impression que tout s’est joué en quelques heures, entre un reportage télévisé et des coups de fil paniqués.
Le programme Québec sans frontières était sensé être un pilier stable pour la coopération internationale québécoise. Cette séquence de gel, de dégel, de promesses et de rétropédalages « administratifs » sape la confiance des partenaires et, surtout, met en péril des projets sur le terrain qui dépendent de cette aide. C’est le vrai coût, humain, de ces décisions prises dans l’opacité des bureaux ministériels.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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