Une situation alarmante : un emploi stable ne protège plus de la faim au Canada

Une situation alarmante : un emploi stable ne protège plus de la faim au Canada credit : lemorning.ca (image IA)

Un constat statistique qui fait froid dans le dos

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C’est une réalité qui aurait été inimaginable il y a quelques années à peine, et pourtant les chiffres sont là, implacables. Être salarié, avoir un bon emploi stable, ne garantit plus du tout de pouvoir se nourrir convenablement. Je trouve ça effrayant, personnellement. Un nouveau rapport de Statistique Canada, publié récemment, vient confirmer ce que les organismes d’aide alimentaire voient sur le terrain depuis des mois : l’insécurité alimentaire gagne du terrain, et elle ne fait plus du tout la distinction entre les types de revenus.

Le document analyse une période clé, celle de la pandémie de COVID-19 et ses suites, de 2019 à 2023. Et ce qu’il dit, c’est que la probabilité de vivre cette précarité alimentaire a augmenté pour absolument tous les groupes, peu importe leur situation économique ou démographique. Et la plupart de ces hausses sont significatives, pas juste des petits écarts. En 2024, c’est carrément le quart de la population des dix provinces canadiennes qui vivait dans un ménage touché par cette insécurité. Un Canadien sur quatre. Pensez-y un instant.

La fin d’une protection : salariés et travailleurs autonomes au même niveau

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Il y a quelques années, il y avait encore une différence notable. Didier Garriguet, chercheur principal à Statistique Canada, l’explique très clairement. En 2019, si vous étiez un travailleur salarié, vous aviez statistiquement moins de risques de souffrir de la faim ou de ne pas savoir d’où viendrait votre prochain repas. À l’inverse, quelqu’un dont le revenu provenait majoritairement du travail autonome avait 42% plus de chances de connaître cette insécurité. Un écart énorme.

Mais en 2023 ? Cette différence s’est complètement évaporée. Pouf, disparue. Les ménages qui tirent au moins 50% de leurs revenus d’un emploi stable sont devenus tout aussi vulnérables que ceux qui dépendent du travail autonome. C’est un basculement majeur, et il en dit long sur l’état de notre économie et du pouvoir d’achat.

Sur le terrain, Chantal Vézina, directrice générale de Moisson Montréal, n’est pas surprise du tout. Elle constate que les familles où les deux parents ont un emploi régulier sont de plus en plus nombreuses à pousser la porte des banques alimentaires. « C’est l’une des catégories dans la population qui est le plus en augmentation », confirme-t-elle. Souvent, ces parents travaillent tous les deux, ils ont des enfants… et pourtant, joindre les deux bouts devient un défi quotidien. Pourquoi ? Parce que l’alimentation, elle l’explique bien, est une dépense « compressible ». C’est une variable d’ajustement dans le budget familial. Quand tout coûte plus cher, on commence par rogner sur la nourriture, à se priver, ou à acheter des aliments de moins bonne qualité, moins chers. C’est triste à dire, mais c’est la première chose qu’on sacrifie.

Une crise qui s’installe : l’aide devient récurrente et les organismes sont à bout

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La situation a vraiment dégénéré en 2022, un vrai tournant. Jusque-là, pendant le pire de la pandémie, l’insécurité alimentaire était restée stable, voire avait légèrement baissé, grâce aux aides gouvernementales d’urgence, comme le rappelle Didier Garriguet. Mais en 2022, tout a changé. Le prix des aliments a explosé, avec une inflation alimentaire de 9,8%, la pire depuis la crise économique de 1981 ! Et en même temps, les prestations liées à la COVID-19 se sont arrêtées. Double coup dur.

Ajoutez à cela la hausse générale du coût de la vie, surtout le logement qui devient hors de prix dans bien des villes, et vous avez le cocktail explosif de la crise actuelle. Le résultat, sur le terrain, est sans appel. « Les familles reviennent plus régulièrement chercher de l’aide. Ce n’est plus nécessairement une aide ponctuelle… mais là, c’est une aide qui est récurrente », témoigne Chantal Vézina.

Les chiffres du réseau des Banques alimentaires du Québec (BAQ) donnent le vertige : près de 3 millions de demandes d’aide par mois en 2024. Un record absolu. Et pire, cette tendance grave dure depuis des années sans aucun signe de ralentissement, selon le regroupement. Malek Batal, professeur de nutrition à l’Université de Montréal, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences sanitaires. Pour lui, cette insécurité alimentaire est un indicateur terrible : « On est en train d’aggraver les conditions de santé… On va avoir des maladies chroniques, des maladies mentales, et donc la société va finir par payer plus pour régler ces problèmes-là. » C’est un cercle vicieux.

Les plus pauvres sont, bien sûr, les plus durement touchés. Le rapport note qu’ils consacrent une part encore plus grande de leur revenu à se nourrir, alors qu’ils achetaient déjà les articles les moins chers. Leur pouvoir d’achat s’effondre. Et les facteurs de risque restent les mêmes : avoir un faible revenu, être locataire plutôt que propriétaire, vivre dans une famille monoparentale, ou dépendre de l’aide sociale ou de l’assurance-emploi.

Conclusion : Un filet social qui s’effrite et un avenir incertain

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Face à cette marée montante, les organismes comme Moisson Montréal tentent de s’adapter. Ils multiplient les interventions avec leurs partenaires et cherchent à fournir davantage de produits de base essentiels : du lait, des œufs, des fruits et légumes frais. Mais, et c’est peut-être le plus inquiétant, ils sont à bout de souffle.

Chantal Vézina le dit sans détour : le tissu social s’effrite. « On ne recule pas en termes de nombre de personnes qui ont besoin d’aide alimentaire. Au contraire, on annonce continuellement des augmentations qui ne devraient pas arriver parce qu’on a toutes les capacités pour pouvoir nourrir ces gens-là. » Cette phrase résume tout le drame. Dans un pays aussi riche que le Canada, la faim ne devrait tout simplement pas être un problème pour les familles qui travaillent.

Le constat de ce rapport est donc un signal d’alarme criant. L’insécurité alimentaire n’est plus un problème marginal qui ne touche que certaines franges de la population. Elle frappe maintenant la classe moyenne, les travailleurs stables, et crée une pression intenable sur les services d’aide. Sans une réponse forte et coordonnée, on s’achemine vers une crise sociale et sanitaire dont les coûts, à tous les niveaux, seront bien plus élevés que les mesures nécessaires pour l’enrayer aujourd’hui. C’est un peu décourageant, mais il faut en parler.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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