Tiff Macklem enterre le libre-échange avec les États-Unis : une économie en transition et sous pression

Tiff Macklem enterre le libre-échange avec les États-Unis : une économie en transition et sous pression credit : lemorning.ca (image IA)

Une période de transition difficile pour l’économie

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Pour Tiff Macklem, le gouverneur de la Banque du Canada, les choses ne vont pas vraiment s’arranger. On peut même dire que ça risque de bouger beaucoup dans les prochaines années. Il en a fait part à Gérald Fillion sur les ondes de Zone économie, ICI RDI, disant que l’économie traverse une vraie période de transition structurelle.

Selon lui, ce mouvement amène avec lui son lot d’incertitudes et de perturbations. C’est un peu comme si on était sur une route pleine de nids-de-poule après avoir connu une autoroute bien lisse. Le principal facteur de ce tracas ? Sans conteste, les droits de douane imposés par les États-Unis.

Mais ce n’est pas le seul. Macklem évoque aussi l’arrivée massive de l’intelligence artificielle, les conflits un peu partout dans le monde, et bien sûr, les changements climatiques. Tous ces phénomènes, pris ensemble, viennent déstabiliser l’équilibre fragile qui nous permettait d’avoir une croissance sans que les prix s’envolent, comme on l’a malheureusement vécu durant la pandémie.

« Tout ça crée plus de chocs d’offre, et ce ne sont pas des choses que la Banque centrale peut vraiment atténuer », a-t-il prévenu, ajoutant un petit mot qui fait froid dans le dos : « Ce n’est pas pour le mieux. » Il admet, avec un soupir de soulagement, que les derniers mois ont finalement été un peu moins chaotiques qu’il ne l’aurait imaginé, c’est déjà ça.

Le spectre des tarifs américains et une accalmie relative

Au début de l’année, vous vous souvenez peut-être des menaces lancées par l’administration Trump en matière de tarifs douaniers. Ça avait fait monter d’un cran les risques d’une récession d’un côté, et de l’autre, d’une flambée de l’inflation à cause des barrières commerciales. C’était une situation délicate pour la Banque du Canada, prise dans un étau entre ces deux pressions contradictoires.

Finalement, la portée des tarifs a été moins grande que prévue. Pourquoi ? En grande partie à cause d’une clause d’exemption. Les produits qui respectent les règles de l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) ont été épargnés. Et c’est une des raisons qui a permis à notre économie de se relever un peu et d’éviter la récession lors du troisième trimestre.

Tout n’est pas noir, nuance Macklem. Les droits de douane sont certes sévères pour certains secteurs d’activité, mais pour la grande majorité des biens, « le libre-échange avec les États-Unis reste en place ». Les chiffres de la banque centrale parlent d’eux-mêmes : en moyenne, les produits canadiens exportés vers le sud sont assujettis à un taux de 5.9%. Ce qui, finalement, place le Canada parmi les pays les moins affectés par les politiques protectionnistes américaines. Une chance, si on peut dire.

L’incertitude de l’ACEUM et la fin d’une époque

Pour le moment, on a évité le pire. Mais M. Macklem reste sur ses gardes. L’inquiétude, elle, vient surtout de l’avenir. Une révision de l’ACEUM est prévue, et elle pourrait bien faire tomber la protection tarifaire qui profite à 90% des produits canadiens qui partent aux États-Unis. C’est énorme. Pire, il est question, du côté américain, de démanteler l’accord à trois pour passer à des ententes bilatérales séparées avec le Canada et le Mexique.

Même le premier ministre Mark Carney, dans une entrevue accordée à Patrice Roy mardi, a averti les Canadiens que l’accord de libre-échange risquait d’être modifié. Macklem, lui, est catégorique. Il ne faut pas s’attendre à un nouvel accord qui réduirait les tarifs. Non, pour lui, c’est clair comme de l’eau de roche : « L’époque des échanges commerciaux ouverts avec les États-Unis, c’est terminé. » Un constat franc et sans appel.

Dans ce contexte imprévisible, il ne donne aucun indice sur ce que fera la Banque du Canada prochainement avec son fameux taux directeur. « On va prendre les décisions une à la fois », se contente-t-il de dire. Et les experts sont divisés : certains imaginent une hausse si l’économie tient bon, mais la majorité des grandes institutions financières s’attendent plutôt à ce que la Banque reste « sur les lignes de côté » pendant plusieurs mois encore. « Nous sommes contents avec notre taux directeur, mais si la situation change, on est prêts à réagir », conclut-il, pragmatique.

La guerre contre l’inflation et le casse-tête de la productivité

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Le gouverneur n’oublie jamais sa mission première : la stabilité des prix. C’est sa boussole. Il l’a encore martelé mardi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « Il est essentiel de maîtriser les anticipations d’inflation, car si nous ne le faisons pas, rien ne fonctionnera correctement dans l’économie ». Ça, c’est son leitmotiv.

Et en matière d’inflation, il y a du mieux. Après la flambée à plus de 8% en 2022, elle est redescendue près de sa cible de 2% depuis plus d’un an. Ouf. Mais, attention, on sent une certaine nervosité à l’épicerie. Entre octobre et novembre seulement, le prix des aliments en magasin a bondi de 1.9%. Ça porte le taux d’inflation annuel de la bouffe à 4.7%, un record depuis 2023 quand même.

Macklem explique ce rebond par plusieurs facteurs qui tirent les prix de la chaîne alimentaire vers le haut : des mauvaises récoltes ici et là dans le monde, les effets des tarifs douaniers américains, et une hausse du prix des transports. « Dans les mois à venir, on pense que le taux d’inflation de la nourriture va baisser », tente-t-il de rassurer.

Mais pour régler le vrai problème, celui qui fait qu’on a le sentiment d’être pris à la gorge quand on paie nos courses, il faut attaquer à la racine. Et selon lui, cette racine, c’est la productivité. C’est un vieux mal canadien : la production par heure travaillée augmente moins vite ici que dans la plupart des autres pays développés, depuis des décennies. « On ne va pas résoudre le problème d’abordabilité sans augmenter la productivité », insiste-t-il avec conviction.

C’est peut-être là le plus gros défi de tous. Parce qu’entre les incertitudes commerciales, la lutte contre l’inflation, et maintenant cette quête de productivité, la Banque du Canada, et les Canadiens, ont encore du chemin à faire devant eux.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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