Un an après, Terre-Neuve-et-Labrador va examiner l’accord provisoire sur Churchill Falls

Un an après, Terre-Neuve-et-Labrador va examiner l’accord provisoire sur Churchill Falls credit : lemorning.ca (image IA)

Un anniversaire sous le signe de l’attente et de la révision

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Un an pile après l’annonce d’une entente provisoire historique sur l’avenir des gigantesques chutes Churchill et du site de Gull Island, au Labrador, l’air est moins à la célébration qu’à l’examen minutieux à Terre-Neuve-et-Labrador. La province, dirigée depuis peu par les progressistes-conservateurs, s’apprête en effet à lancer une révision indépendante de cet accord de principe avec le Québec, une promesse de campagne clé du nouveau premier ministre Tony Wakeham.

Les partis d’opposition, quant à eux, sont sur les dents. Ils attendent avec impatience, et une certaine dose de scepticisme, de connaître les détails de cette révision. La date butoir d’avril 2026 pour une entente finale, qui semblait déjà ambitieuse, paraît aujourd’hui de plus en plus lointaine, alors que des élections provinciales au Québec sont attendues pour octobre prochain, ce qui pourrait rebattre les cartes. Un vrai sac de nœuds, en somme, pour un dossier qui brasse des milliards et de lourdes passions.

La promesse de révision et les critiques de l’opposition

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Tony Wakeham avait fait de la révision de l’entente une de ses pierres angulaires électorales. Il s’est engagé à nommer un comité d’experts d’ici Noël, un comité qui devra être composé de trois personnes et qui devra rendre ses conclusions au gouvernement d’ici la fin février, selon ses déclarations du mois dernier. Mais voilà, le flou semble régner pour l’instant autour de ce processus.

Le chef libéral, John Hogan, ne cache pas son agacement. « Tout ce qu’on nous dit, c’est que ce sera un comité de trois personnes et que le premier ministre parcourt les CV », lâche-t-il. Il soulève une inquiétude majeure : comment garantir l’indépendance du comité si ses membres sont choisis uniquement par le premier ministre ? Hogan s’inquiète aussi du calendrier politique québécois, craignant qu’un changement de gouvernement à Québec ne vienne tout chambouler.

Le chef du NPD, Jim Dinn, enfonce le clou sur le manque de transparence. « Pour le moment, il y a pas mal de flou pour un gouvernement et un parti qui faisaient la morale sur la transparence », critique-t-il. Dans une lettre envoyée jeudi au premier ministre, il demande carrément que les partis d’opposition puissent participer à la sélection des experts indépendants. Une manière de dire que ce dossier est trop important pour être laissé à la seule discrétion du pouvoir.

L’ombre du passé et les détails de l’entente provisoire

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Pour comprendre toute l’ampleur de l’enjeu, il faut revenir à l’accord en lui-même, annoncé le 12 décembre 2024. Cette entente cherche à remplacer le vieux contrat de 1969, toujours en vigueur jusqu’en 2041. Un contrat qui est, il faut le dire, extrêmement avantageux pour Hydro-Québec, qui achète pour une bouchée de pain – des ‘miettes’ selon l’expression employée – presque toute la production de la centrale de Churchill Falls, qui pèse 5428 mégawatts.

Le Québec a accepté de déchirer ce vieux contrat, mais à une condition : que Terre-Neuve-et-Labrador autorise la construction par Hydro-Québec de deux nouvelles centrales, l’une aux chutes Churchill elle-même, l’autre à Gull Island. En échange, une grande partie de la production de ces nouvelles installations serait réservée à la société d’État québécoise.

Cette entente provisoire ne fait pas l’unanimité dans la province. Ses défenseurs mettent en avant un chiffre qui fait tourner les têtes : 225 milliards de dollars en revenus pour Terre-Neuve-et-Labrador d’ici 2075. Une somme mirobolante pour la province la plus endettée du Canada, qui pourrait littéralement changer son avenir.

Mais les détracteurs, eux, ont des doutes. Ils estiment que la province ne profite toujours pas assez de l’énergie produite sur son propre sol. Ils s’interrogent aussi sur la durée très longue de l’entente et sur l’efficacité réelle de la clause d’indexation qui est censée faire monter le prix de l’électricité avec le temps. Pendant la campagne, Tony Wakeham lui-même avait qualifié l’accord d’« extraordinaire pour le Québec et mauvaise pour Terre-Neuve-et-Labrador », sans jamais vraiment détailler ce qu’il comptait y changer.

Le précédent comité et l’incertitude sur l’échéance de 2026

Cette nouvelle révision ne sera pas la première du genre. L’ancien gouvernement libéral, celui qui avait annoncé l’entente il y a un an, avait déjà mis sur pied un comité indépendant en janvier 2025, présidé par le défenseur du consommateur Dennis Browne. John Hogan rappelle d’ailleurs que ce dernier a pu choisir son équipe sans ingérence gouvernementale. Un comité qui, chose intéressante, n’a toujours pas été démantelé par l’actuel gouvernement.

Mais ce comité Browne a vite été critiqué pour ses rapports jugés laconiques. Les trois rapports trimestriels publiés jusqu’ici ont fourni très peu d’informations sur l’état des négociations entre Hydro-Québec et Hydro Terre-Neuve-et-Labrador. Son impartialité a même été remise en cause par les progressistes-conservateurs, à cause des liens supposés de Dennis Browne avec le Parti libéral provincial. Pour couronner le tout, un membre du comité, le comptable agréé Michael Wilson, a claqué la porte en mai 2025, invoquant une indépendance compromise du processus.

Tout cela crée un climat d’incertitude qui met à mal l’échéancier initial. Hydro T.-N.-L. et Hydro-Québec espéraient boucler les accords définitifs d’ici avril 2026. Un objectif que John Hogan juge maintenant « de moins en moins réaliste », d’autant que Tony Wakeham a également promis de soumettre toute entente finale à un référendum. Dans une déclaration écrite, la porte-parole du premier ministre, Ashley Politi, a simplement affirmé que le gouvernement lancerait prochainement son examen et que l’objectif était de le faire « rapidement, mais surtout, qu’il soit fait correctement ». Autant dire que le chemin vers une signature finale est encore long et semé d’embûches.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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