Opacité énergétique : pourquoi Québec cache la réserve d’électricité disponible pour l’industrie

Opacité énergétique : pourquoi Québec cache la réserve d’électricité disponible pour l’industrie credit : lemorning.ca (image IA)

Le changement de ton au sujet de nos mégawatts

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C’est un changement de cap qui soulève de vraies questions. Avant, on savait, plus ou moins, où le Québec se situait dans ses réserves électriques pour les nouveaux projets industriels. Maintenant, c’est le silence radio. Le gouvernement Legault, par l’entremise de la ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Christine Fréchette, a décidé de ne plus communiquer ce chiffre crucial. Pourquoi ce revirement? On invoque le secret commercial. C’est toute une histoire, surtout quand on sait que l’ancien ministre, Pierre Fitzgibbon, avait joué la carte de la transparence, justement.

Selon ce que nous avons pu apprendre de nos sources, la marge est mince, vraiment mince : quelques centaines de mégawatts (MW) tout au plus seraient disponibles. Est-ce suffisant pour concrétiser les grandes ambitions économiques du premier ministre Legault? Difficile de répondre quand les chiffres sont devenus tabous.

Quand pierre fitzgibbon donnait l’heure juste

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Il n’y a pas si longtemps, la situation était plus claire. C’était l’époque où Pierre Fitzgibbon occupait le poste. En mai 2023, par exemple, il n’avait pas hésité à déclarer publiquement qu’il restait environ 1000 mégawatts pour les projets. Il avait même avoué que cela mettait le gouvernement « dans l’embarras », car il faudrait refuser ou retarder des initiatives. Hydro-Québec avait confirmé ce chiffre. C’était honnête, je trouve.

Puis, la situation a empiré, et M. Fitzgibbon l’a admis sans détour. En janvier 2024, il révélait qu’il ne restait plus que 500 MW de disponibles. Et il avait mis le doigt sur un enjeu majeur : les demandes énergétiques sur le bureau du ministère s’élevaient à 30 000 mégawatts. La disparité est colossale!

Malgré tout, des mégawatts continuent d’être distribués. On pense aux 307 MW pour H2gen sur la Côte-Nord, ou aux attributions plus modestes, comme 15 MW à Hitachi et 25 MW à Agnico Eagle. Mais combien reste-t-il après ça? Mystère total.

Le ‘secret commercial’ comme justification

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La nouvelle ligne de défense, que ce soit du côté du cabinet de la ministre Fréchette ou d’Hydro-Québec, repose entièrement sur le secret commercial. C’est la réponse qu’on reçoit en boucle, une information confidentielle nécessaire « dans le contexte de discussions en cours avec différents promoteurs industriels. »

Radio-Canada a quand même réussi à obtenir une explication, un peu alambiquée, par courriel de la directrice des communications, Catherine Pelletier. L’idée, c’est que si l’on révèle combien il reste dans la banque totale, et qu’ensuite on annonce un projet sans dévoiler son attribution exacte (pour respecter son secret commercial à lui), il suffirait de faire une simple soustraction pour découvrir combien l’entreprise a reçu. Franchement, je comprends l’argument, mais est-ce que ce secret commercial passe avant l’information due aux citoyens? Ça fait réfléchir.

L’enjeu majeur et l’attente jusqu’en 2028

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Il faut être clair sur l’enjeu économique. Sans électricité, pas de projets. C’est la base. Et pendant qu’on jongle avec les chiffres confidentiels, la ministre Fréchette a elle-même admis cet été que les mégawatts étaient une « rareté ces années-ci ».

Le gros souci, c’est le calendrier d’Hydro-Québec. Malgré les annonces de vastes développements, la nouvelle production électrique majeure n’arrivera pas avant 2028. Ça veut dire que pendant quatre longues années, on doit gérer la pénurie avec ce qui reste. Et ce qui reste, c’est très peu.

Pour la chercheuse principale à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Johanne Whitmore, le gouvernement ferait mieux d’être plus transparent. Elle le dit bien : « La puissance électrique du Québec, c’est une richesse collective. Les Québécois et Québécoises en sont tous, un peu, les actionnaires. » Difficile de ne pas être d’accord avec ça.

La course aux mégawatts pour les centres de données

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Tiens, parlons des centres de données. Le premier ministre Legault, dans sa nouvelle vision économique, a fait une soudaine ouverture pour ces énormes consommateurs d’énergie. C’est un changement par rapport à la politique antérieure, non?

Hydro-Québec a vite estimé que rien que cette industrie aurait besoin de 1102 mégawatts d’ici 2035. C’est beaucoup, si on considère qu’il ne reste que quelques centaines de MW disponibles. Des géants comme Google font déjà pression, j’imagine qu’ils activent leurs lobbyistes à fond la caisse pour obtenir des blocs d’énergie.

Il y a quand même une petite lueur d’espoir dans ces mauvaises nouvelles : l’échec du projet Northvolt. Comme l’entreprise suédoise a fait faux bond, les 354 MW qui lui avaient été attribués pourraient être réalloués. Peut-être même qu’on pourrait faire la même chose avec le ralentissement de la filière batterie à Bécancour. C’est un mal pour un bien, si vous voulez.

Conclusion : les citoyens resteront dans le noir

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La position du gouvernement est prise : la transparence, c’est fini, du moins jusqu’en 2028, le temps que les projets éoliens et le développement d’Hydro-Québec (qui prévoit ajouter 8000 à 9000 MW d’ici 2035) commencent vraiment à produire. C’est la stratégie.

Mais pour l’instant, c’est frustrant pour le public. Si Hydro-Québec promet de dévoiler d’ici quelques jours un plan d’évolution du réseau et les capacités de raccordement, cela ne servira qu’aux promoteurs industriels. C’est une information technique, certes, qui leur donnera une idée du « où » ils peuvent se brancher. Par contre, le « combien » il reste dans le réservoir collectif, la marge de manœuvre réelle de notre province, ce chiffre crucial, les citoyens ne le connaîtront pas.

Est-ce que l’excuse du secret commercial justifie cette opacité sur une richesse qui appartient à tous les Québécois? C’est la question que l’on doit se poser en tant qu’actionnaires de cette énergie collective. Peut-être que le gouvernement devrait y penser deux fois.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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