Quand le rouleau compresseur numérique écrase la culture locale

credit : lemorning.ca (image IA)
Ces dernières semaines, on a beaucoup entendu parler du déclin du français, surtout à Montréal. Le premier ministre, François Legault, est souvent revenu sur ce chiffre qui fait peur : seulement 42,7 % des Montréalais parlent principalement français à la maison. C’est un fait, et ça baisse depuis un moment.Mais enfin… peut-être que c’est là qu’on se trompe de cible? L’analyste Gérald Fillion nous met en garde, et j’ai tendance à être d’accord avec lui : la vraie menace, l’ennemi le plus puissant, ce n’est pas l’immigration, non, mais plutôt le rouleau compresseur des géants du web. C’est la difficulté abyssale pour notre culture, pour nos artistes, de se faire découvrir au milieu de l’offre anglophone surpuissante. Ça, c’est un danger pour l’économie qui fait battre le cœur de notre Québec depuis la Révolution tranquille.
Le chiffre alarmant choisi par le gouvernement

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Il est exact que le pourcentage de personnes utilisant le français comme langue la plus souvent parlée à la maison sur l’île de Montréal a chuté. En 1996, on parlait de 53,8 %. En 2021, c’était 48,3 %. Les données les plus récentes de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) nous disent qu’on est maintenant à 42,7 %. C’est une baisse significative, ça ne fait aucun doute.Mais avouons-le, le premier ministre, lui, choisit souvent la statistique qui frappe le plus, celle qui donne l’impression d’une urgence absolue. Il y a pourtant d’autres indicateurs, et ceux-là racontent une histoire un peu plus nuancée, un peu plus encourageante si on y regarde de près.
Le français : fort dans la rue et au travail

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Si l’on regarde l’usage quotidien du français en dehors du foyer familial, la situation à Montréal semble tenir le coup. Par exemple, l’ISQ nous informe que 73,4 % des résidents disent utiliser le français au travail, même si certains emploient l’anglais ou d’autres langues aussi.Ensuite, ce qui est particulièrement réconfortant pour les aînés comme moi qui aiment faire leurs emplettes, c’est que 80,7 % des gens affirment utiliser le français le plus souvent dans les commerces. Oui, il y en a 17,3 % qui disent utiliser l’anglais à égalité avec le français, mais ces chiffres-là dessinent un portrait plus robuste de la langue dans la vie publique que ne le fait la seule donnée de la langue parlée à la maison. Ça ne veut pas dire qu’il faut se reposer sur nos lauriers, mais ça remet les pendules à l’heure.
Là où ça fait mal : le divertissement en ligne

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Où est le vrai point de rupture, alors? Le point noir, c’est notre consommation en ligne. Là, on parle d’une véritable catastrophe pour notre culture. Il faut lire ces statistiques de l’ISQ pour comprendre l’ampleur du problème : sur l’île de Montréal, à peine 28,6 % des gens regardent du contenu en français. Comparez ça à 66,1 % qui regardent du contenu en anglais! C’est le double, non, c’est plus que le double!Et si on regarde nos jeunes? C’est encore pire, voyez-vous. Chez les 18-34 ans, dans tout le Québec, seuls 30,6 % visionnent du contenu francophone. Pour la musique, c’est pareil : 42 % des Montréalais ne consomment que de la musique anglaise, contre seulement 11 % qui n’écoutent que du français. Ces plateformes, YouTube, Netflix, Spotify, elles sont programmées pour nous noyer sous la culture dominante, c’est l’évidence même.
L’appel des artistes pour cibler les « vrais ennemis »
Tania Kontoyanni, qui est la présidente de l’Union des artistes, a été très claire, elle. Elle l’a dit à la radio : « on a besoin de reconnaître les vrais ennemis ». Et ces ennemis, ce n’est pas le voisin qui vient d’arriver. Non. Ce sont les géants du web, l’intelligence artificielle qui, sans s’en cacher, rend nos œuvres locales presque invisibles.Elle a raison. Le risque, c’est de perdre tout ce qu’on a bâti avec tant de fierté depuis la Révolution tranquille. Ce n’est pas seulement une question linguistique; c’est une question de culture, d’identité, et de moyens de subsistance pour nos créateurs.
Un point de stabilité : la connaissance générale du français

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Même si les chiffres sur l’usage à la maison sont inquiétants, il y a quand même une donnée qui mérite notre attention, car elle relativise pas mal les choses : la connaissance générale du français. On demande aux gens, lors du recensement, s’ils sont capables de soutenir une conversation en français, en anglais, les deux, ou aucun.Résultat? En 2021, 84,4 % des résidents de l’île de Montréal affirmaient connaître le français. En 1996, c’était 84,2 %. Regardez bien ça : le taux n’a presque pas bougé en un quart de siècle. Alors oui, le taux de francophones de langue maternelle diminue, c’est clair, mais la capacité de parler le français, elle, reste stable. Bien sûr, il y a des variations dans la qualité de la langue – on s’entend, il y a le français de Gilles Vigneault et celui, disons, de Mark Carney – mais la base reste là.
La décision fédérale d’abandonner la taxe numérique

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Si on parle de menaces pour le français, on doit aussi s’arrêter sur une décision politique récente qui m’a vraiment chiffonné. Le geste le plus dommageable pour la découvrabilité, selon moi, fut l’abandon l’été dernier de l’imposition d’une taxe numérique de 3 % sur ces fameux géants du web par le gouvernement. C’était une occasion manquée, non?Officiellement, on a dit qu’il fallait « ménager les relations avec Donald Trump », ce qui, si on y pense bien, est une bien drôle d’excuse. Mais en renonçant à cette taxe, on a refusé de donner des outils importants pour financer et soutenir notre propre industrie culturelle face à ces mastodontes qui ne paient pratiquement rien ici tout en pompant toutes nos heures d’écoute.
Conclusion : L’enjeu n’est pas la langue, mais la présence culturelle
En définitive, cet examen des statistiques nous permet de dégager trois constats qui, je crois, devraient guider nos politiques. Premièrement, le français comme langue maternelle est effectivement en déclin. Deuxièmement, la connaissance générale du français par les citoyens du Québec reste stable, ce qui est important. Mais le point crucial, le « bât qui blesse », troisièmement, c’est l’hyperpuissance des plateformes web qui inondent nos écrans de contenu anglophone. C’est l’essence de notre culture qui est en jeu, pas seulement la grammaire.Comme l’a si bien résumé Tania Kontoyanni, tout ce que nous avons construit est « en danger » si nous ne continuons pas à bâtir. Il ne suffit pas de se lamenter sur les chiffres de la maison ; il faut impérativement trouver des solutions concrètes pour que nos films, nos séries, et nos chansons soient découverts et aimés par les jeunes sur l’internet. C’est la bataille du XXIe siècle pour le Québec francophone.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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