La nouvelle consigne du Québec crée un «fléau» frontalier: des Ontariens traversent pour encaisser des bouteilles sans avoir payé de dépôt

La nouvelle consigne du Québec crée un «fléau» frontalier: des Ontariens traversent pour encaisser des bouteilles sans avoir payé de dépôt credit : lemorning.ca (image IA)

Le phénomène de la consigne inversé

Pendant des années, c’était un peu une tradition : les Québécois traversaient la frontière vers l’Ontario, surtout pour aller échanger leurs bouteilles de vin et récupérer leur consigne là-bas. Mais, tenez-vous bien, la situation a fait volte-face, et de manière spectaculaire, depuis l’élargissement du système de consigne au Québec.Depuis que le gouvernement Legault a inclus les contenants en plastique comme les bouteilles d’eau, de jus et de lait – des contenants qui ne sont pas consignés en Ontario – on observe un nouveau phénomène plutôt inattendu. Les résidents de la province voisine, particulièrement dans l’Outaouais, font le chemin inverse. Ils viennent au Québec pour percevoir le montant de la consigne sur des contenants pour lesquels ils n’ont jamais déboursé le moindre cent au départ. C’est ce que plusieurs appellent désormais le « meilleur des deux mondes », mais pour le Québec, l’addition devient salée.

L’outaouais débordé par l’afflux quotidien de contenants

credit : lemorning.ca (image IA)

À Grenville, en Outaouais, un petit village de moins de 2000 habitants, l’impact est criant. Lorraine Richard, qui travaille dans un commerce local, raconte qu’elle voit des clients ontariens arriver « presque tous les jours » avec des montagnes de bouteilles qui ne sont pas consignées chez eux. « On a vu une grosse différence. Des sacs pleins de canettes, on en voit beaucoup », confie-t-elle.Sa collègue, Rebecca Kuhn, confirme le tour de force logistique : comment refuser? C’est impossible. « Nous autres, on les échange, on ne peut pas dire : tu es Ontarien, on ne les prend pas. On ne peut pas déterminer si la canette a été achetée en Ontario ou au Québec. C’est la même canette, les mêmes codes-barres. » Le résultat? Plus de la moitié des contenants traités par ce commerce viendraient de la province voisine. C’est l’anarchie, et elles doivent parfois refuser des sacs, faute de place pour tout entreposer!

Un revenu pour certains : quand la consigne devient un métier

credit : lemorning.ca (image IA)

Le phénomène va au-delà du simple geste civique de recycler. Pour certains résidents ontariens, c’est devenu une véritable activité lucrative. Denise, une habitante de Hawkesbury, l’a dit sans détour : « Ce qui est ridicule, c’est qu’on ne paie pas en Ontario et qu’on se fait créditer ici. C’est le meilleur des deux mondes. »Ce trafic n’est pas discret. L’épicerie du coin serait tellement débordée qu’elle a dû installer une machine de plus. Mais même avec l’ajout d’équipement, les attentes restent interminables. Gaston Léger, un autre résident de Hawkesbury, déplore que « ça ne fournit pas. Des fois, on est trois ou quatre à attendre en ligne. Ça prendrait une autre machine. » Imaginez l’ambiance à l’ouverture, avec des gens arrivant avec une vingtaine de sacs! Une employée est même allée jusqu’à qualifier cela de « fléau » pour son épicerie. C’est quand même fou.

Un volume «énorme» pour un petit village

credit : lemorning.ca (image IA)

Si l’on veut comprendre l’ampleur du problème, il faut écouter Michel Cyr. Il est camionneur et sa job, c’est de ramasser les contenants consignés chez les détaillants. Il était stupéfait de la quantité récupérée à Grenville. Pour un village d’à peine 2000 âmes, ramasser « environ 80 sacs de canettes et de bouteilles d’eau en plastique à l’épicerie, c’est énorme, c’est énorme », affirme-t-il.Ce volume colossal, bien supérieur à ce que la population locale pourrait générer, met en lumière que la majorité de ces contenants viennent de l’extérieur. L’élargissement du système québécois, bien intentionné, crée un appel d’air pour la consommation ontarienne, notamment celle qui se fait du côté d’Ottawa.

Les détaillants et l’adéquation difficile avec la loi

credit : lemorning.ca (image IA)

L’Association de détaillants en alimentation du Québec (ADAQ) connaît très bien cette réalité, surtout dans l’Outaouais et à Gatineau. Leur PDG, Pierre-Alexandre Blouin, est formel : dans la région frontalière, cela s’apparente à une véritable fraude du système. Pourquoi? Parce que la consigne n’a jamais été payée sur ces produits achetés et consommés en Ontario. En les remboursant, on ajoute directement des coûts au système québécois.Le hic, c’est que les détaillants sont pris entre l’arbre et l’écorce. La loi québécoise les oblige à reprendre tous les contenants consignés identifiés comme tels. « On ne peut pas se mettre à contrôler les consommateurs à l’entrée. On ne peut pas savoir où ils ont pris les produits », explique M. Blouin. En plus, les machines automatiques, les fameuses gobeuses installées dans les magasins, ne font aucune distinction entre les produits vendus au Québec et ceux du reste du Canada. Franchement, c’est un problème pratique énorme qui exige une solution politique ou administrative.

L’impuissance de consignaction et l’appel à l’harmonisation

Même Consignaction, l’organisme responsable du système au Québec, se retrouve désarmé face à cette situation. Jean-François Lefort, vice-président, reconnaît le phénomène, même s’il estime que le volume global provenant de l’Ontario reste « minime ». Mais, il admet une chose fondamentale : « On n’a pas de levier. On n’a aucun pouvoir. On n’est pas le législateur. Si on voit un camion arriver avec une plaque de l’Ontario, on ne peut rien faire. » C’est une question de droit, semble-t-il.D’ailleurs, le ministère de l’Environnement confirme que cette pratique n’est absolument pas permise : le système est fait pour les contenants consignés ici, au Québec. Sinon, cela augmente les coûts totaux du système, car on rembourse des montants qui n’ont jamais été versés. La seule vraie solution, selon le PDG de l’ADAQ? Que le Québec et l’Ontario arriment enfin leurs systèmes de consigne.

Conclusion : trouver une sortie à ce coûteux paradoxe

credit : lemorning.ca (image IA)

Ce petit jeu de traversée des frontières pour recycler gratuitement, ou du moins profitablement, souligne un paradoxe environnemental coûteux. Si l’objectif principal de l’élargissement de la consigne par le gouvernement Legault était louable – augmenter la récupération des plastiques – la disparité des règles avec l’Ontario a créé une faille dont les citoyens profitent activement. Les détaillants de l’Outaouais se retrouvent à gérer un volume de déchets disproportionné, ce qui sature leurs installations et augmente les frais de fonctionnement du système.Tant que l’Ontario n’appliquera pas de consigne sur ces mêmes contenants (boissons non alcoolisées), il sera pratiquement impossible pour les commerçants de la frontière de refuser ces retours, puisque la loi les y oblige. Il est clair que, pour stopper ce qui est qualifié par certains d’« apparente fraude », une harmonisation interprovinciale s’impose de toute urgence. Espérons que nos voisins de l’Ouest et nos législateurs se parlent rapidement pour régler cette situation avant que les gobeuses ne débordent vraiment pour de bon!

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.