Un bond spectaculaire de la demande en électricité
credit : lemorning.ca (image IA)Accrochez-vous, car les chiffres qu’Hydro-Québec vient de dévoiler sont assez impressionnants. En tout juste quelques mois, la société d’État a complètement revu à la hausse sa prévision concernant la quantité d’électricité que vont nécessiter ces gigantesques boîtes remplies de serveurs, que l’on appelle centres de données. C’est le résultat direct de la nouvelle orientation économique prise par le gouvernement Legault, qui semble désormais vouloir dérouler le tapis rouge pour cette industrie.Actuellement, ces centres consomment environ 150 mégawatts (MW). Mais tenez-vous bien : Hydro-Québec anticipe qu’en 2035, il faudra fournir pas moins de 1102 MW. C’est une augmentation de 66 % par rapport à leur prévision initiale. Oui, vous avez bien lu, on parle d’une consommation qui sera multipliée par sept d’ici une décennie, sans même compter les centres voués à la cryptomonnaie!
Le revirement stratégique et l’opportunité ‘exceptionnelle’
Historiquement, il faut dire que ces centres n’étaient pas les préférés du gouvernement québécois, principalement parce qu’ils ne créent, disons-le franchement, pas beaucoup d’emplois. On les appelait un peu l’industrie mal aimée. Mais les choses changent, n’est-ce pas?Aujourd’hui, avec l’avènement de l’intelligence artificielle (IA) et de l’infonuagique (le fameux ‘cloud’), le gouvernement Legault a réalisé, peut-être un peu tard, que ces installations sont une infrastructure fondamentale pour l’économie numérique. La PDG d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, a d’ailleurs confirmé qu’il s’agit de « projets stratégiques pour le Québec ».Le premier ministre, François Legault, lui-même, a insisté : « Les centres de données, c’est une opportunité exceptionnelle pour le Québec, selon moi, dans les prochaines années. » L’objectif, c’est clair : devenir un chef de file en IA et assurer notre souveraineté numérique en gardant nos données ici.
Une consommation qui dépasse largement northvolt
Pour vraiment comprendre l’ampleur de ces 1102 mégawatts, il faut une comparaison parlante. Prenons le projet de la giga-usine de batteries Northvolt, celui qui a fait couler tant d’encre en Montérégie avant d’être avorté. Cette usine nécessitait 352 MW.Si l’on y pense, la demande projetée pour les centres de données d’ici 2035 sera donc trois fois supérieure à celle de Northvolt. Pour donner une image encore plus concrète : 352 mégawatts, c’est l’équivalent de la consommation de toutes les résidences de la ville de Longueuil. Ça fait réfléchir, non?
Le lobbying intensif et les terrains stratégiques
Forcément, un tel gâteau d’électricité attire les grands joueurs. Le lobbying s’est intensifié de façon assez nette. Google, par exemple, a réactivé son mandat auprès du bureau du premier ministre Legault. Leur objectif? Obtenir un bloc d’énergie pour concrétiser un projet de centre de données à Beauharnois, là où ils possèdent déjà un immense terrain de 62,4 hectares en zone agricole, qui appartenait, ironiquement, à Hydro-Québec.D’autres entreprises, comme Backbone Hosting Solutions Inc., sont sur les rangs et demandent également des blocs massifs, entre 100 et 250 MW. Quand on voit ces chiffres, on réalise que les multinationales sont prêtes à tout pour s’assurer leur part de notre énergie verte, si abondante…
Payer plus cher pour l’accès aux mégawatts
credit : lemorning.ca (image IA)
Alors, qu’est-ce qui a convaincu le gouvernement d’ouvrir les vannes à cette industrie énergivore? L’argent, bien sûr. L’argument qui a vraiment fait pencher la balance, selon nos sources, c’est que les promoteurs des centres de données se sont montrés disposés à payer un tarif beaucoup plus élevé que les entreprises manufacturières traditionnelles.Le premier ministre Legault s’est même réjoui qu’« on a des centres de données qui sont prêts à payer la totale ». Cela signifie qu’ils sont prêts à dépasser non seulement le tarif industriel de grande puissance (tarif L, 3,681 ¢/kWh), mais aussi le tarif des grands bureaux et hôpitaux (tarif LG, 4,165 ¢/kWh). C’est une manne de profits supplémentaires assurée pour Hydro-Québec. Un nouveau tarif, spécifiquement négocié pour eux, serait même en préparation.
Le besoin essentiel malgré les réserves de l’expert
Bahador Zabihiyan, un consultant en énergie pour Dara Energies et ancien journaliste, a observé ce revirement avec une certaine surprise, mais aussi un intérêt marqué. Il rappelle que, peu importe ce que l’on pense de leur consommation, les centres de données sont tout simplement essentiels. « Sans centres de données, Internet ne fonctionnerait pas », explique-t-il.Cependant, il insiste sur la prudence : 1102 MW, c’est « beaucoup » de centres de données pour le Québec. Il met en garde contre l’inflation des chiffres, car, avouons-le, certaines grosses boîtes soumettent des demandes de blocs d’électricité un peu partout en Amérique du Nord, ce qui peut fausser nos prévisions locales.
Les questions environnementales en suspens
credit : lemorning.ca (image IA)La consommation électrique n’est qu’une partie du problème. Il faut aussi parler des impacts environnementaux. Ces serveurs massifs génèrent une chaleur incroyable, et pour l’instant, on ne sait pas très bien si Hydro-Québec ou le gouvernement va exiger des efforts pour récupérer cette énergie. Le porte-parole d’Hydro-Québec, Cendrix Bouchard, a indiqué que cette exigence « ce n’est pas exclu », mais qu’aucune décision n’est prise.Il y a aussi l’épineuse question de l’eau. Ces centres en consomment énormément pour le refroidissement. Or, le bureau de la ministre Christine Fréchette nous rappelle que la disponibilité de l’eau est déjà un enjeu critique dans le sud et le centre du Québec. Ce sont des conditions qui devront être définies, mais il est encore « trop tôt » pour savoir lesquelles.
Le prix à payer pour la course au numérique
credit : lemorning.ca (image IA)
En fin de compte, l’explosion anticipée de la demande d’énergie des centres de données illustre parfaitement le pari du Québec sur l’économie numérique et l’IA. C’est une stratégie qui promet d’énormes profits pour Hydro-Québec – surtout si on leur fait payer le gros prix. Mais cette croissance n’est pas sans coût, tant au niveau de l’infrastructure (Hydro-Québec prévoit d’ailleurs d’investir 200 milliards de dollars d’ici 2035) qu’au niveau environnemental.
Nous sommes face à un équilibre délicat : s’assurer un avenir dans la nouvelle économie sans pour autant épuiser nos précieuses ressources hydroélectriques, ni, il faut le dire, compromettre la distribution pour d’autres secteurs. Le gouvernement a choisi sa voie; reste à voir comment il gérera l’impact réel de ces ‘gigas’ bâtiments sur notre réseau et sur l’environnement québécois.